CHAPITRE I. DIGESTION
taire , graduée ; dans le vomissement elle n’est que passagère , elle a lieu par secousses brusques et involontaires.
Le releveur de l'anus 1 se contracte énergiquement dans l’acte de la défécation. Ce muscle, complété par Vischio-coccygien , ferme par en bas la cavité de l’abdomen, comme le diaphragme la ferme par en haut. A l’état de relâchement, le releveur de l’anus présente une voussure dont la concavité regarde par en haut et la convexité par en bas.’ Dans les mouvements de la défécation, il agit en se contractant, c’est-à-dire en se rapprochant de la direction horizontale et en effaçant sa concavité. Il s’élève du côté du diaphragme en même temps que celui-ci s’abaisse vers lui, et que les parois abdominales antérieures rentrent du côté de la colonne vertébrale. L’abdomen représente dans son ensemble une poche contractile quipresse sur les organes contenus dans son intérieur, à la fois par en haut, par en bas et en avant. Le muscle releveur de l’anus vient, par conséquent, puissamment en aide aux muscles abdominaux et au diaphragme.
Le muscle releveur de l’anus a encore une autre action ; il élève le rectum en haut, et le fait eu quelque sorte glisser de bas en haut sur la masse fécale, qui se trouve mise ainsi, à découvert. Les contractions abdominales chassent en même temps cette masse au dehors, et une contraction du sphincter externe divise ce qui a passé.
Le rectum présente, dans toute son étendue, une couche musculaire, relativement épaisse quand on la compare à celle des autres parties de l’intestin. Cette couche musculaire agit, dans l’acte de la défécation, avec une certaine énergie, et par ses fibres circulaires et par ses fibres longitudinales. Ces dernières contribuent, conjointement avec le releveur de l’anus, à raccourcir le rectum (ou plutôt à élever par en haut son extrémité inférieure mobile avec les parties molles), le long de la masse fécale, et à transmettre ainsi celle-ci au dehors. 11 est facile de constater les mouvements propres du rectum sur l’animal récemment tué. Il suffit, pour cela, d’exciter directement cet organe, ou d’appliquer l’excitant aux nerfs qui s’y distribuent. Les contractions du rectum sontcapables, à elles seules, d’expulser les matières qu’il contient, en dehors même de l’influence des contractions abdominales. Tous ceux qui ont pratiqué des vivisections savent que le rectum peut, par ses contractions propres, se vider complètement des matières fécales qu’il contient, alors même que l’abdomen de l’animal vivant est ouvert.
L’énergie avec laquelle agissent les diverses puissances musculaires qui concourent à l’acte de la défécation est proportionnée aux résistances à vaincre, et ces résistances, nous l’avons déjà dit, sont relatives surtout au volume et à la consistance des matières fécales. Lorsque celles-ci sont peu résistantes, les contractions du rectum et celles du releveur de l’anus suffisent presque à elles seules ; les muscles de l’abdomen et le diaphragme n’agissent que faiblement. Dans le cas contraire, ces muscles se contractent violemment, et les phénomènes de Y effort surviennent (Voy. § 240).
Lorsque le besoin d’aller à la garde-robe est impérieux et qu’il ne doit pas être satisfait, les sphincters ont à lutter contre la contraction des fibres musculaires
1 Le muscle releveur de l’anus s’insère à la partie postérieure de la symphyse pubienne et au détroit supérieur du bassin par l'intermédiaire de l’aponévrose pelvienne. Complété par le muscle ischio-coccygien (qui s’insère à l’épine sciatique et sur les côtés du coccyx), il forme une cloison musculaire traversée par l'urèthre et le rectum, et aussi par le vagin chez la femme.
supérieures du rectum, contre celle des releveurs et des autres muscles de la cavité abdominale, contractions qui, à la longue, finissent par se manifester alors d’une manière involontaire. Dans ces conditions, nous contractons d’une manière exagérée les sphincters externes, nous refoulons ainsi par en haut la masse fécale, et nous sommes affranchis pour un instant de ce besoin ; mais il reparaît bientôt avec une nouvelle énergie, et il arrive un moment où le pouvoir rétentif du sphincter est vaincu. Le moindre effort ou un accès de toux sont souvent accompagnés, dans ces circonstances, de la sortie involontaire des matières1.
Des vents accompagnent souvent la défécation. Le mécanisme de leur expulsion est exactement le même que celui des matières solides et liquides. Lorsqu’ils sortent seuls, la contraction musculaire qui détermine leur sortie est tantôt modérée, tantôt assez intense. Dans ce dernier cas, ils produisent le plus souvent un bruit analogue à celui de l’éructation. Ce bruit est déterminé par les vibrations de l’ouverture anale, qui représente en ce moment une anche membraneuse (Yoy. § 255). 11 n’est pas rare que l’intestin distendu par des vents les laisse échapper malgré la volonté. Cet effet a lieu le plus souvent chez les individus dont le resserrement du sphincter est gêné par des bourrelets hémorrhoïdaux.
Rôle mécanique des gaz intestinaux. — Les intestins, ainsi qu’il est aisé de s’en assurer en ouvrant l’abdomnen d’un animal vivant, n’ont pas leurs parois appliquées les unes contre les autres. Ils offrent une cavité intérieure, et cette cavité, dans les points où elle n’est pas remplie par les aliments, est maintenue par des gaz. Ce sont ces gaz qui s’échappent parfois parles extrémités supérieure ou inférieure du tube digestif. Les gaz intestinaux, dont le développement est lié aux phénomènes chimiques de la digestion, existent dans toute l’étendue de l’intestin grêle et du gros intestin : ils y jouent évidemment un rôle mécanique. Le paquet intestinal qui les contient ressemble à une sorte de coussin d’air , qui contribue, indépendamment des mésentères ou des replis péritonéaux, à maintenir dans leur position et à soutenir dans les divers mouvements du tronc les organes de l’abdomen. A leur aide, il n’y a rien, ou du moins à peu près rien, de changé dans la position respective des organes abdominaux, que le tube digestif contienne des aliments ou qu’il n’en contienne point; caries intestins, qui remplissent les vides, ont, dans ces deux cas, à peu près le même volume. A l’aide de cos gaz, les pressions déterminées sur un point de l’abdomen sont transmises de toutes parts, et se répartissent également dans tous les autres points. C’est ainsi que la contraction des parois abdominales, celle du diaphragme, celle du releveur de l’anus, dans les phénomènes du vomissement ou de la défécation, agissent par transmission de pression sur des organes qu’ils ne touchent point, et sans en comprimer douloureusement aucun.
Les gaz intestinaux agissent parleur élasticité, pour amortir, dans les organes de l’abdomen, les ébranlements de la course et du saut. Ces gaz favorisent aussi la progression du bol alimentaire dans l’intestin, en maintenant béant le canal dans le calibre intérieur duquel celui-ci s’engage successivement.
1 Les mouvements associes qui concourent à la défécation seraient, d’après M. Masius, sous la dépendance d'un centre nerveux, qui se trouve à la partie inférieure de la moelle lombaire, et auquel cet auteur a donne le nom de centre ano-spinal (Voy. Physiol. de Ici moelle).