CHAPITRE IV. RESPIRATION
ment. M. Bert a montré que si on augmente la pression de l'air en diminuant les proportions de l’oxygène (en d’autres termes si on augmente la tension non pas à la fois de l’oxygène et de l’azote, mais seulement celle de ce dernier gaz, en laissant à l’oxygène sa densité initiale) l’animal peut supporter des pressions considérables sans en être incommodé. Mais il n’en est plus de même quand on comprime l’air fortement avec ses proportions normales d’oxygène (c’est àdire quand on augmente la tension de l’oxygène) et à plus forte raison quand on comprime l’animal dans un mélange à parties égales d’oxygène et d’azote 1. Le sang se sursature alors d’oxygène, l’acide carbonique produit diminue, des contractions tétaniques surviennent et l’animal meurt.
Dans l’air atmosphérique ordinaire l’oxygène est sous la pression de 15cm,2, c’està-dire le cinquième de la pression totale (le 1/5 de 76cm). On peut sans inconvénient tripler cette pression, de la même manière qu’on peut placer un animal, sans dommage pour lui, dans un air contenant trois fois plus d’oxygène que dans l’atmosphère normale. Mais si on augmente la tension de l’oxygène jusqu’à 3 atmosphères 1/2, ce qu’on obtient, soit en comprimant Y air ordinaire à 17 atmosphères, soit en comprimant à 7 atmosphères un mélange à parties égales d’oxygène et d’azote, soit en comprimant de l’oxygène pur à 3 atmosphères 1/2, alors l’animal chancelle, l’acide carbonique exhalé diminue et la température s’abaisse jusqu’à la mort accompagnée de contractions tétaniques. Lorsqu’on analyse le sang on trouve qu’il renferme jusqu’à 30 et 33 centimètres cubes d’oxygène pour 100 centimètres cubes de sang. Le sang est donc sur-oxygéné et ce sang paraît agir comme un excitant violent et mortel du système nerveux central. Voilà pourquoi M. Bert assimile à une sorte de poison tétanique l’oxygène respiré sous une pression de 3 atmosphères 1/2 à l’état de pureté, ou sous line pression de 17 atmosphères dans l’air ordinaire (composé de 21 d’oxyg. et 79 d’azote).
Les effets de l’air comprimé sur l’homme, et à des pressions modérées 2, ont été étudiés avec beaucoup de soin depuis quelques années. MM. Vivenot, Gunsburg, Waldenburg, Georges de Liebig, Drosdow, Botschetschkarow, Mosso, etc., ont surtout fixé leur attention sur 1 influence qu’exerce l’augmentation de pression sur la circulation et sur la respiration.
Lorsqu’on entre dans une chambre à air comprimé, le phénomène qui attire tout d’abord l’attention, c’est une surdité passagère ou plutôt une certaine dureté de l’ouïe qui tient au défaut d’équilibre entre l'air extérieur qui pèse sur la surface externe de la membrane du tympan et l’air contenu dans la caisse (oreille moyenne). Quelques mouvements de déglutition rétablissent assez promptement cet équilibre1, et l’ouïe reprend sa netteté.
M. Gunsburg, qui s’est principalement occupé del’influence de l’air comprimé sur la circulation, a fait cette remarque qu’après une légère élévation de la tension sanguine qui dure très peu de temps, environ 1 minute, et qui-peut passer inaperçue, ce qu’on constate surtout dans l’air comprimé, c’est un abaissement de cette
1 Mélange que l’animal supporte parfaitement (nous l’avons vu) à la pression ordinaire.
2 L’air comprimé à i/4, à t/2, à 3/4 ou à 1 atmosphère., en sus de la pression normale, peut être supporté facilement par l’homme. M. Tabarié, et d’autres après lui, ont construit des chambres closes dans lesquelles l’homme peut séjourner plusieurs heures consécutives.
3 II faut quelque temps pour que l’air pénètre des fosses nasales dans la caisse par la trompe d’Eustache. La contraction des péristaphylins (c’est-à dire de la déglutition) facilite singulièrement cette pénétration (voy. § 3 1 'Q.
tension. Ce degré d’abaissement est en proportion avec la compression de l’air. En même temps les mouvements du cœur s’accélèrent et par conséquent le pouls. Lorsque l’expérience est faite sur un animal et qu'on le fait passer rapidement de l’air comprimé dans l’air raréfié, on observe une élévation rapide de la tension du sang et un ralentissement des mouvements du cœur et par conséquent du pouls l. M. de Basch a également observé sur les chiens placés dans l’air comprimé, et à l’aide de l’hémomanomètre, une légère diminution dans la tension sanguine artérielle pendant toute la durée de l’expérience.
Pour dégager de toute influence étrangère l’action qu’exerce l’air comprimé sur la respiration, M. Waldenburg a imaginé un appareil qui s’applique à l’ouverture des voies respiratoires, de telle sorte que l’homme est placé dans son milieu habituel et que les différences de pression ne se font sentir que sur la surface pulmonaire. La bouche ou le nez peuvent communiquer alternativement avec des réservoirs qui contiennent soit del’airàlapression ordinaire soit de l’air comprimé, soit de l’air raréfié.
Dans un premier procédé, l’inspiration peut se faire dans l’air comprimé et l’expiration dans l’air raréfié; dans un second procédé, l’inspiration peut se faire dans l’air raréfié et l’expiration dans l’air comprimé.
Toutes les variantes se rapportent forcément à ces deux manières de faire. En effet, quand l’inspiration se fait dans l’air ordinaire, et l’expiration dans l’air raréfié, les différences de pression sont dans le sens du premier procédé ; il en est de même quand l’inspiration se fait dans l’air comprimé, et l’expiration dans l’air ordinaire; les différences de pression sont également dans le sens du premier procédé.
Les variantes en sens opposé appartiennent au second procédé.
Dans presque toutes les recherches qui ont été faites à l’aide de la méthode de M. Waldenburg, l’homme ou l’animal ont été placés dans les conditions du premier procédé ; ou bien ils inspirent dans l'air comprimé et expirent dans l’air ordinaire, ou bien ils inspirent dans l’air ordinaire et ils expirent dans Tair raréfié, ce qui revient au même 2.
Dans les expériences de MM. Drosdow et Botschetschkarow, les animaux étaient endormis à l’aide de l’opium, et une canule fixée dans la trachée était mise en rapport avec l’appareil de Waldenburg. Les soupapes étaient disposées de telle sorte que l’inspiration se faisait dans l’uir comprimé, et l’expiration dans l’air ordinaire. Les mouvements des soupapes étaient réglés par les mouvements normaux de la respiration de l’animal endormi. Un hémomanomètre était placé dans la carotide pour indiquer et enregistrer la tension sanguine. Le phénomène constant, aussitôt que l’animal respire l'air comprimé, c’est un abaissement de la tension sanguine, abaissement qui s’évanouit aussitôt que l’animal est replacé dans les conditions de la respiration normale. Ainsi qu’il était aisé de le prévoir, à cet abaissement de la tension sanguine correspondent des oscillations respiratoires de la circulation 3, plus étendues, ainsi qu'on peut le
1 Pour se mettre en garde contre les influences émotives, M. Gunsburg a soin de curariser les chiens en expérience.
2 Les expériences dans lesquelles l’homme ou les animaux inspirent de l’air à une pression moindre que le milieu dans lequel ils expira, t sont peu nombreuses. Les résultats obtenus peuvent être considérés comme opposés à ceux que nous rapportons.
3 Voyez pour l’explication des oscillations de tension liées aux mouvements d’inspiration et d’expiration, la page 245.