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CHAPITRE IV. RESPIRATiON

d’autant plus probable, que les individus qui ont survécu dans les circonstances que nous venons de rappeler ont, pour la plupart, été pris de fièvres graves, ce qui, généralement, n’a pas lieu chez les personnes asphyxiées par l’acide carbonique produit par la combustion du charbon et qu’on parvient à rappeler à la vie.

L’acide carbonique accumulé dans l’air altéré par la respiration n’est pas, à la manière de l’azote et de l’hydrogène, nuisible seulement parce qu’il tient la place de l’oxygène disparu, mais il a par lui-même une action nuisible sur l’économie ? Les expériences que nous avons rapportées plus haut le démontrent clairement.

L’homme peut respirer, dans des circonstances spéciales, des gaz très divers et de nombreuses expériences ont été tentées, à cet égard, sur les animaux, pour déterminer leur mode d’action.

L’oxyde de carbone, qui se produit toutes les fois que le charbon brûle lentement au contact de l’air, est beaucoup plus toxique que l’acide carbonique, et nous avons vu pourquoi (page 440). Il suffit de placer des oiseaux dans une atmosphère qui contient 4 ou 5 pour 100 de ce gaz, pour les faire périr en peu d’instants. D’un autre côté, les expériences de M. Gréhant ont démontré que le sang (c’est-à-dire l’hémoglobine) a une si grande affinité pour l’oxyde de carbone que l’air qui ne renferme que 25 centilitres d’oxyde de carbone pour 100 litres d’air ou même seulement 10 centilitres de ce même gaz pour 100 litres d’air (par conséquent seulement 1 millième) ne peut pas être impunément respiré par les animaux. Quand ceux-ci séjournent longtemps dans ce mélange, l’oxyde de carbone attiré et fixé par les éléments figurés du sang y reste attaché et s’y accumule, de sorte que la proportion d'hémoglobine disponible pour les échanges gazeux de la respiration normale va sans cesse diminuant. Le sang d’un chien, par exemple, qui pendant une heure dix minutes avait respiré un air contenant seulement 0,1 pour 100 d’oxyde de carbone, renfermait pour 100 centimètres cubes de sang, 10 centimètres cubes d'oxyde de carbone, c’est-àdire cent fois autant qu’il y en avait dans l’air qu’il respirait.

Dans le cas d’asphyxie par le charbon, on peut donc affirmer que l’oxyde de carbone agit plus efficacement pour déterminer la mort, que l’acide carbonique lui-même. En d’autres termes, il n’y a pas seulement asphyxie, mais encore empoisonnement.

L’hydrogène sulfuré, l’hydrogène arséniqué, l’hydrogène carboné et phosphoré, le chlore, le gaz nitreux ou rutilant, le cyanogène, l’ammoniac gazeux, etc., ont par eux-mêmes aussi une action délétère.

»e la mort par asphyxie. — Lorsqu’une cause mécanique quelconque s’oppose à la libre entrée de l’air dans les poumons, ou lorsque le milieu gazeux qui entoure l’animal ne contient pas d’oxygène ou n’en contient que des proportions insuffisantes, la sortie de l’acide carbonique du sang se trouve diminuée. Le sang se débarrasse incomplètement ou ne se débarrasse plus de ce gaz dans son passage à travers les poumons ; alors, recevant peu ou point d'oxygène et recevant toujours de l’acide carbonique (produit incessant des combustions de nutritio î), il ne tarde pas à acquérir les qualités du sang veineux.

A cet état il est impropre, ainsi que l’a montré Bichat, à entretenir régulièrement les fonctions nerveuses. Des troubles du côté des organes des sens surviennent et ouvrent le cortège des phénomènes d’asphyxie. Cet effet est très rapide. L’action non vivifiante du sang veineux sur le système nerveux réagit, par l’intermédiaire de ce système, sur la mécanique respiratoire qui n’est plus mise en jeu par les nerfs moteurs ; elle agit aussi sur les battements du cœur, qui, bien que persistants, n’en sont pas moins altérés dans leur énergie et dans leur rythme : d’où résulte, comme conséquence, un embarras croissant apporté à la circulation capillaire, et notamment à la circulation capillaire dans les poumons. Ce sont même ces divers phénomènes, conséquence immédiate du trouble nerveux par suite de la non-oxygénation du sang, qui marquent les débuts de la période asphyxique plutôt que la non-oxygénation du sang ellemême. La disparition de l’oxygène dans le sang constitue, il est vrai, l’essence même de l’asphyxie , mais c'est par l’arrêt de respiration et de circulation qu’elle se traduit.

Les animaux chez lesquels la respiration pulmonaire n’est pas établie, tels que les fœtus encore contenus dans le sein maternel, peuvent survivre à la mort de leur mère pendant un temps plus considérable. Lorsque Legallois asphyxiait des lapines pleines, en leur plongeant la tête sous l’eau, les fœtus renfermés dans le sein de la mère asphyxiée pouvaient être retirés vivants (c’est-àdire respirants), 12, 15 et 20 minutes après la mort de leur mère.

Ce qui se produit chez le fœtus encore contenu dans le sein de sa mère se produit également sur l’animal nouveau-né, pendant les premiers jours de son existence. On peut, en effet, plonger de jeunes chiens ou de jeunes chats dans de l’eau tiède, quelques heures après leur naissance, les y laisser séjourner pendant un quart d’heure et plus, après quoi ils reprennent spontanément leurs mouvements respiratoires. On peut même, comme l’a fait Buffon, répéter cette expérience plusieurs fois de suite sur le même animal, en ayant soin de le laisser respirer pendant un pareil espace de temps, au moins, entre chaque épreuve. Cette faculté se perd du reste assez promptement.

La faculté que possèdent les animaux qui viennent de naître de résister pendant un temps relativement long à la privation de la respiration se retrouve aussi et dans des proportions plus accentuées encore sur quelques animaux supérieurs parvenus à l’âge adulte, pendant la période de X hy ber nation ; c’està-dire à cette époque pendant laquelle les actes de nutrition s’amoindrissent et durant laquelle l’animal à sang chaud semble vivre comme un animal à sang froid l.

11 faut enfin ne pas oublier qu’avanl l’asphyxie confirmée il y a une période, dont la durée est encore indéterminée, durant laquelle les individus, en état de mort apparente (ne respirant plus), et fatalement voués à la mort réelle s’ils sont abandonnés à eux-mêmes, peuvent encore, par des moyens appropriés, être rappelés à la vie. M. Bôhm a publié sur ce sujet des résultats d’expériences d’un grand intérêt. Des animaux à sang chaud (des chats) asphyxiés ont pu être rappelés à la vie, 40 minutes après que toute respiration et toute circulation avaient cessé. L'asphyxie était obtenue soit par la compression de la trachée, soit par l’inhalation du gaz hydrogène; elle était considérée comme complète quand la tension

Pour plus de détails voir le chapitre : Chalevu animale.

du sang mesurée dans l’artère carotide était descendue à zéro. La manœuvre à l’aide de laquelle M. Bôhm ressuscite en quelque sorte l’animal consiste à établir une respiration artificielle suivant les procédés connus et en même temps à comprimer le cœur au travers de la cage pectorale à chaque mouvement d’expiration. Cette compression agit, soit en déterminant dans la sphère cardiaque une faible circulation artificielle, soit en excitant directement le cœur. Toujours est-il que ce sont les pulsations du cœur qui reparaissent les premières, les mouvements respiratoires spontanés ne se rétablissent qu’ensuite 1 ; on voit ensuite reparaître les mouvements d’ordre réflexe, puis peu à peu les mouvements volontaires. La sensibilité reste longtemps émoussée ; l’animal paraît aveugle, et peut-être sourd, pendant plusieurs jours : en somme, ce sont les fondions nerveuses d’ordre supérieur qui se rétablissent les dernières. Pendant cette période de reviviscence, toujours l’urine s’est montrée fortement chargée de sucre.

Ces faits nous expliquent comment des enfants nouveau-nés, retrouvés dans des mares ou dans des fosses d’aisances, ont pu être rappelés à la vie, alors que tout espoir de salut semblait perdu pour eux; comment des enfants cachés sous les cendres ou empaquetés dans des langes ont pu être ranimés par une respiration artificielle. Il faut donc se tenir en garde contre de pareils événements, et, lors même que le temps qui s’est écoulé depuis la mort apparente des nouveau-nés paraîtrait incompatible avec le maintien de la vie, essayer néanmoins tous les moyens usités en pareil cas2.

L’asphyxie est plus prompte chez les animaux qui, en un temps donné, absorbent plus d’oxygène et dégagent plus d’acide carbonique, c’est-à-dire, en d’autres termes, chez lesquels les combustions de nutrition et la température animale sont le plus développées. Les mammifères et les oiseaux, animaux à sang chaud, résistent moins bien à l’asphyie que les reptiles, les poissons et généralement tous les animaux à sang froid, qui peuvent supporter des jours, et même des semaines entières, la privation plus ou moins complète de l’air.

1 M. Bôlim a aussi réussi à rappeler à la vie des animaux empoisonnés (chez lesquels il n’y avait plus ni respiration, ni circulation), mais les manœuvres doivent être continuées beaucoup plus longtemps.

2 Les adultes asphyxiés peuvent être eux-mêmes rappelés à la vie après un temps plus long qu’on ne le suppose généralement.

M. Marshall Hall a proposé une méthode de respiration artificielle destinée à être appliquée aux asphyxiés, et qui, d'après l’auteur, pourrait remplacer tous les systèmes d’insufflation mis en usage. .Le patient est placé et attaché sur une planche, avec un poids sur la poitrine et le ventre ; puis on imprime à la planche un mouvement lent de révolution, de manière que l’asphyxié ait tantôt la face en haut, tantôt la face on bas. Les mouvements respiratoires s’accomplissent ainsi d’eux-mêmes. En effet, quand la face est tournée en haut, le poids presse sur la poitrine et le ventre, le patient est à l’état d’expi' ation; quand la face est tournée en bas, le poids se détache, le patient est à l’état d 'inspiration, et, de plus, la langue tombe aussi par en bas, entraînant avec elle l’épiglotte et ouvrant largement l’entrée des voies respiratoires. On gradue le mouvement de révolution de manière à imiter le rhythme normal do la respiration (18 mouvements par minute).

MM. Bowles, Légat, ïladden, ont, par l’emploi de ce système, rappelé à la vie des noyés qu’on avait en vain cherché à, ranimer il l’aide de l’ancien système. Dans l’application de ce moyen, d’un emploi d’ailleurs très facile, il ne faut pas désespérer trop vite d’un résultat favorable. M. Hadden a dû prolonger l’opération pendant plus de quinze minutes, avant que les premiers signes du retour à la vie se manifestassent.

Cette méthode, d’un emploi facile, nécessite toutefois un appareil qu’on n'a pas toujours à sa disposition. Un procédé plus simple, efficace aussi, et qu’on peut employer il défaut du précédent, ou de tout autre, consiste à étendre le patient sur le sol et à mouvoir les deux membres supérieurs suivant l’axe du corps en les élevant successivement au-dessus de la tête et en les replaçant le long du corps. De cette manière on élève et on abaisse alternativement les côtes et on imite, bien qu’imparfaitement, le mécanisme de l’inspiration et de l’expiration.

La mort par asphyxie est définitive et confirmée, lorsque l’oxygène introduit dans le sang par les respirations antécédentes a été consommé. Il résulte des expériences deM. Setschenow que, lorsque l’animal a succombé, la consommation de l'oxygène contenu dans le sang peut être considérée comme complète. Le sang artériel d’un chien bien portant donnait à l’analyse (pour 100 centimètres cubes) 16cc,4 d’oxygène, lcc,20 d’azote, et 30cc,6 d’acide carbonique; le sang du même chien ne donnait plus, après avoir été asphyxié ‘, que des traces d’oxygène, lcc,20 d’azote et 42cc d'acide carbonique. Le sang d’un second chien pareillement asphyxié ne donnait à l’analyse (pour 100cc) que des traces d’oxygène, lcc,9 d’azote et 40cc,6 d’acide carbonique.

§ 153 bis.

Phénomènes physico-chimiques de la respiration. — Indications bibliographiques.

(Voyez la Bibliographie du sang page 447).

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1 L’animal avait un tube de caoutchouc fixé à la trachée : l’asphyxie était déterminée par la compression du tube de caoutchouc.

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