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CHAPITRE IV. RESPIRATION

Mais si la quantité d’acide carbonique exhalée par la peau est peu considérable chez l’homme, il n’en est pas de même de la vapeur d’eau. Celle-ci est très abondante et l’emporte généralement sur la quantité de vapeur d’eau exhalée par le poumon dans le même temps, ainsi que nous l’établirons dans un instant. Et ici nous ne parlons pas de l'eau excrétée à l’état liquide sous forme de sueur, mais uniquement de cette évaporation invisible et continue qui se dérobe à la vue et qu’on a souvent désignée sous le nom de transpiration insensible. La respiration cutanée, envisagée dans son essence, est donc tout à fait analogue à la respiration pulmonaire. Mais elle en diffère, chez l’homme tout au moins, en ce sens que la quantité d’acide carbonique exhalé parla peau et la quantité d’oxygène absorbé sont beaucoup plus petites que dans le poumon, tandis que la quantité de vapeur d’eau qui s’échappe par évaporation cutanée est plus considérable.

La respiration cutanée, n’introduisant dans le sang que de très faibles quantités d’oxygène et ne débarrassant ce liquide que de quantités également très faibles d’acide carbonique, ne peut, dans aucun cas, suppléer la respiration pulmonaire de l’homme. Aussi ne peut-il survivre au delà de quelques minutes à la suspension des mouvements respiratoires. 11 n’en est pas de même pour les animaux chez lesquels les besoins de la respiration sont moins impérieux et chez lesquels les combustions de nutrition (et, par conséquent, la production de l’acide carbonique) sont lentes. Lorsque ces animaux, en général à sangfroid, ont en même temps la peau nue et humide , la respiration cutanée peut suppléer celle-ci pendant un temps plus ou moins long. M. Edwards, ayant supprimé l’entrée de l’air dans les poumons des grenouilles à l’aide d’un capuchon ciré fixé autour du cou de ces animaux, a constaté qu’elles peuvent vivre ainsi, au contact de l’air, un ou plusieurs jours; lorsque le même expérimentateur submergeait complètement des grenouilles et supprimait ainsi la respiration cutanée et la respiration pulmonaire, elles ne vivaient guère au delà de huit ou dix heures l. Chez les animaux à branchies et à peau molle, la respiration par la peau est généralement assez développée. Quant aux animaux sans appareil respiratoire distinct, il va sans dire que la respiration par les surfaces organiques molles atteint ici son plus haut degré de développement.

Les animaux à sang chaud, couverts de poils ou de plumes, ont une respiration cutanée plus restreinte que celle de l’homme.

De l’exhalation cutanée <le l’acirte carbonique et »le l’absorption il’oxygène.

— L’exhalation de l’acide carbonique par la peau a été établie expérimentalement, depuis longtemps, sur les animaux inférieurs, par Spallanzani. Des grenouilles auxquelles il avait enlevé les poumons n’en ont pas moins continué à exhaler l’acide carbonique, pendant le temps qu’elles ont survécu. La réalité de ce phénomène chez l’homme peut être mise hors de doute par l’expérience suivante: lorsqu’on introduit la main et la partie voisine de l’avant-bras dans une cloche remplie d’air atmosphérique, renversée sur une cuve contenant de l’eau

1 Si les grenouilles ont vécu encore dix heures à l’état de submersion, cela tient à une respiration rudimentaire à l’aide de l’air contenu dans l’eau. Dans l’eau privée d’air, la mort est plus rapide.

distillée, il suffit, au bout d’une demi-heure ou d’une heure, de retirer son bras et de verser dans cette atmosphère un peu d’eau de chaux, pour y déterminer un précipité de carbonate de chaux caractéristique.

On peut doser la quantité d’acide carbonique exhalé par la peau de l’homme dans un temps donné, en recueillant tous les produits de l’exhalation cutanée et pulmonaire, et en déduisant de cette somme totale la quantité d’acide carbonique exhalé dans le même temps par le poumon seul (Yoy. § 138). Pour recueillir ensemble les produits gazeux de l’exhalation cutanée et pulmonaire, il suffit de placer l’homme ou les animaux dans des enceintes fermées et de mettre l’individu dans des conditions sensiblement analogues à celles où il se trouve dans l’atmosphère : d’un côté de cette enceinte arrive l'air atmosphérique destiné à subvenir aux fonctions de respiration pulmonaire et cutanée ; de l’autre côté s’opère, à l’aide d’un appareil aspirateur, le départ des produits de l’expiration cutanée et pulmonaire. Ces produits sont recueillis et dosés.

MM. Scharling et Hannover ont fait sur l’homme un certain nombre d’expériences d’où il est permis de conclure que la quantité moyenne d’acide carbonique exhalée par la peau est à la quantité exhalée dans le même temps par le poumon :: 1 : 130. En d’autres termes, l’exhalation de l’acide carbonique parla peau- chez l’homme serait 130 fois moindre que l’exhalation par le poumon.

Plus récemment M. Ambert, en se plaçant comme M. Scharling dans une guérite en bois (mais en maintenant la tète placée au dehors) dans un courant d’air convenablement renouvelé et en prolongeant les expériences pendant une durée de deux heures, est arrivé à des résultats qui diffèrent peu des précédents. Il conclut, en effet, que la proportion d’acide carbonique exhalé par la peau de l’homme dans les vingt-quatre heures est la 20ü° partie de celle qui est exhalée parle poumon I.

L’exhalation d’une faible proportion d’azote par la peau, annoncée autrefois par M. Collard de Martigny, et considérée depuis les expériences de MM. Régnault et Reiset comme un fait douteux, a été de nouveau annoncée par M. Gerlach.

Il y a aussi, avons-nous dit, une petite proportion d’oxygène absorbée par la peau. La réalité de cette absorption peut être démontrée par une expérience très simple. Prenez huit ou dix grenouilles, et, après leur avoir excisé les poumons, placez-les dans une cloche renversée sur le mercure et renfermant une quantité déterminée d’air atmosphérique. Au bout de vingt-quatre heures on retire les grenouilles, on fait pénétrer de l’eau de chaux dans la cloche pour absorber l’acide carbonique produit, et l'on constate, en mesurant de nouveau l’air atmosphérique à l’aide d’une cloche graduée, que le volume en a diminué. La quantité d’oxygène disparu est à peu près équivalente à la quantité d’acide carbonique produit.

Dans ses recherches sur la respiration cutanée, M. Gerlach a constaté que l’absorption de l’oxygène par la peau augmente chez l’homme en mouvement . Ces proportions peuvent être doublées quand on les compare à ce qu'elles sont chez l’homme en repos. Il est probable que chez l’homme en mouvement la quan-

1 C’est ici le lieu de rappeler que dans leurs expériences MM. Régnault et Reiset ont trouvé que chez le chien la quantité d’acide carbonique exhalé par la peau est les 3 ou 4 millièmes de l’acide carbonique exhalé par le poumon. Chez le lapin cette proportion est des 8 à 10 millièmes.

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