CHAPITRE IV. RESPIRATION
Lorsque le tégument extérieur est placé dans un milieu autre que celui avec lequel les poumons se trouvent en communication, et lorsque l’état hygrométrique de ces deux milieux est très différent, les rapports normaux entre les deux évaporations peuvent être complètement changés. Lorsqu’on se place dans une enveloppe imperméable, et, par conséquent, dans un milieu promptement saturé, tandis que les poumons communiquent librement avec l’air extérieur, la quantité d’eau évaporée par le poumon reste normale, tandis que la quantité d’eau évaporée par la peau diminue. Si l’expérience est suffisamment prolongée, les deux évaporations peuvent paraître égales.
§ 158 bis.
Me la suppression aies fonctions «le la peau par l’applicatiou d’enduits imperméables. — Lorsque, à l’aide de moyens appropriés, on supprime sur les animaux l’évaporation cutanée, et qu’on s’oppose ainsi d'une manière absolue à la sortie de la vapeur d’eau et à celle de l’acide carbonique, il s’établit peu à peu des désordres graves, qui se terminent par la mort des animaux. Pour supprimer les fonctions de la peau, on a imaginé de mettre à nu, par la tonte du poil, la peau du chien, du mouton, du lapin, du cheval, et de recouvrir la surface rasée avec une substance imperméable. Les animaux ainsi préparés ont succombé au bout d’un temps variable : il est rare qu’ils aient survécu plus de 6, 8, 10 ou 12 heures. L’animal est profondément sidéré ; sa température baisse rapidement : elle était de 39° dans le rectum chez le chien, par exemple, elle tombe au moment de la mort à 22 et même à 20°. Les mouvements respiratoires baissent de moitié : bientôt ils ne sont plus que le quart de ce qu’ils étaient.
Il est probable que ce n’est pas à la rétention de l’eau qu’une mort aussi rapide doit être attribuée. La sécrétion urinaire constitue, en effet, une voie succédanée à l’évaporation supprimée. Il n’est pas probable non plus que ce soit l’acide carbonique non exhalé par la peau qui, s’accumulant dans le sang, détermine une asphyxie lente. La quantité d’acide carbonique exhalé normalement par la peau est très peu considérable, puisqu’elle n’est guère, chez l’homme, que la 130° partie de l’exhalation pulmonaire, et qu’elle est moindre encore chez les animaux à poil. D’ailleurs la quantité d’acide carbonique engendrée dans l’économie des animaux recouverts d’un vernis diminue, ainsi que le démontrent les recherches récentes de M. Eler, dans une proportion qui l’emporte sur celles que l’animal n’a pu perdre par la peau. Il faut donc chercher ailleurs la cause de la mort.
Les recherches de MM. Berne, Edenhuisen, Balbiani, Sokolow, Laschkewitsch, Lang, laissent entrevoir la cause probable de la mort.
Les expérimentateurs ont employé : soit une dissolution de dextrine (Balbiani) qui a l’avantage de pouvoir être enlevée par de simples affusions de manière à arrêter l’expérience au moment voulu par l’expérimentateur; soit plusieurs couches superposées d’huile de lin (Sokolow) ; soit un vernis à la gomme-laque et à l’essence de térébenthine ; soit une dissolution de gomme arabique (Lang) ou de eollodion (Berne).
Les animaux sont morts d’autant plus rapidement que la substance employée était plus adhésive à la peau et qu’elle supprimait plus complètement les fonctions cutanées. C’est ainsi par exemple que la moyenne de la survie des animaux dans les expériences de M. Balbiani (lapins et cochons d'Inde) a été de
S heures et qu’elle n’a été que de 4 heures dans celles de M. Berne, le collodion étant de toutes les substances employées celle qui se prête le mieux à toutes les inégalités delà peau et partant la plus imperméable.
Il n’est pas nécessaire, du reste, que l’enduit imperméable soit immédiatement appliqué sur la peau. L’application préalable d'une couche épaisse d’ouate maintenue par un tour de bande et recouverte d’un vernis n’empêche l’animal ni de se refroidir, ni de succomber. S’il y a quelquefois un peu de retard dans ces conditions, la cause doit en être attribuée à la difficulté d’obtenir ainsi une clôture absolument hermétique.
Lorsqu’on attend que l’animal soit près de succomber, c’est-à-dire quand la respiration est très ralentie et que la température, prise dans le rectum, n’est plus que de 22° environ, si on le débarrasse de son enduit (dextriné) et qu’on le réchauffe dans un milieu à 35 ou 40°, il recouvre les apparences de la santé, mais il succombe le lendemain.
Une conséquence à peu près constante de ces expériences, et qui a été signalée par tous les expérimentateurs, c’est l’abondance de l’urine et l’apparition de l’albumine dans ce liquide.
On observe aussi une diminution dans le nombre des battements du cœur, des syncopes fréquentes et des mouvements convulsifs dans les derniers moments. Après la mort on trouve des lésions des canalicules des reins. M. Sokolow a signalé, en outre, des lésions dans le foie, dans l’intestin et dans les muscles.
Lorsque les animaux qui ont été recouverts d’un enduit imperméable sont placés immédiatement dans un calorimètre, c’est-à-dire dans un milieu échauffé au degré de leur température propre, on ne les empêche pas, il est vrai, de succomber, mais on peut retarder beaucoup le moment de la mort et les conserver vivants un jour et même plus, alors qu’ils auraient succombé au bout de quelques heures (Feinberg, Laschkiewitsctf.
M. Edenhuisên a cherché à graduer la durée de la survie chez les lapins, avec l’étendue de la couche de vernis appliquée sur la peau. Un lapin entièrement couvert de vernis succombait en 8 ou 10 heures. Lorsque la moitié, le quart, le cinquième, le sixième de la surface du corps étaient recouverts de vernis, l’animal pouvait survivre 24 heures, 48 heures, 96 heures ; mais il finissait par succomber. Quand il n’y avait que le douzième, le dixième, le huitième de la surface de recouvert, l’animal survivait. Au bout d’un certain temps, le poil qui repoussait sous la partie enduite détachait et faisait tomber le vernis.
Beaucoup de physiologistes attribuent la mort des animaux recouverts d’un vernis au ref 'raidissement. Nous verrons en effet qu’un animal mammifère (chien, lapin) auquel on enlève de la chaleur (en le plaçant dans un milieu très refroidi) succombe fatalement quand sa température prise dans le rectum est descendue de 37° (température normale) à 20°.
Mais si nous observons que les animaux enduits, quoique survivant pluslbngtemps, quand on les place dans des étuves chauffées, succombent néanmoins fatalement, il nous semble que le refroidissement de l’animal ne peut pas être considéré comme la cause de la mort, mais comme le de la diminution des
combustions organiques*. Il est vraisemblable en effet que la mort est laconsé-
1 M. Sokolow attribue la mort des animaux recouverts d’un enduit imperméable à uné sorte d’intoxication. Mais il n’a pas montré le poison organique qui déterminerait la mort. 11 reconnaît