CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE
insectes, les mollusques, les crustacés, ne présentent également que des différences qui portent sur 1 ou 2 degrés, et plus souvent encore sur des fractions de degré l.
En résumé, tous les animaux produisent de la chaleur, mais d’une manière très inégale. Les mammifères et les oiseaux, qui en produisent beaucoup, ont généralement une température assez élevée, eu égard à la température moyenne du milieu atmosphérique: ils jouissent, en outre, de la faculté de conserver d’une manière permanente leur température propre, au milieu des abaissements et des élévations de la température extérieure. Les reptiles, les poissons et les invertébrés, qui produisent peu de chaleur, ont, au contraire, une température ordinairement peu supérieure à celle du milieu qui les contient, et ils sont assujettis aux élévations et aux abaissements de la température extérieure. Au lieu de diviser les animaux en animaux à sang chaud et en animaux à sang froid, on peut donc aussi désigner les premiers sous le nom d 'animaux à température constante , et les seconds sous celui d 'animaux à température variable.
Moyens d’apprécier la température animale. — 'Instruments de recherche.
— Lorsqu’on veut apprécier la température de l’homme ou des animaux, on se sert généralement du thermomètre à mercure. Le thermomètre, toutes les fois qu’il peut être employé, est sans contredit le meilleur des instruments pour la constatation des températures ; il est le seul, en effet, qui donne des indications directes.
Le thermomètre peut avoir des formes diverses : il en est de droits, de courbes, de coudés. Les thermomètres droits, dont le calibrage est toujours plus exact, sont préférables. Le réservoir du thermomètre ne doit pas être trop volumineux afin de ne pas refroidir la partie dont on veut apprécier la température ; il ne doit pas être trop petit, parce que la masse mercurielle échauffée offrirait dans le tube ascensionnel de trop courtes excursions. Enfin ce réservoir
1 1ci nous devons signaler deux faits très curieux observés par J. Davy. Sur une Bonite (poisson) pêchée dans les mers tropicales il a trouvé que la température des masses musculaires l’emportait de 10° sur celle du milieu ambiant, c’est-à-dire sur la température de la mer qui était -|- 27°, 20. Cette Bonite avait donc une température de + 37°, absolument comme un mammifère. Plus tard, dans la mer de Marmara il pêcha plusieurs pélamides (poissons), la température de l’eau était de + 16°, 67. Le thermomètre monta dans l'abdomen de l’un de ces poissons à + 52°, 78 et dans les masses musculaires du môme animal à 23°, 89. La température de l'animal l’emportait, par conséquent, de 6°, 1 1 dans l’abdomen, et de 7°, 22 dans les muscles, sur celle du milieu.
Donc, dans certaines circonstances, des animaux même à sang froid, lorsqu’ils se trouvent placés dans des milieux relativement chauds et qu’ils développent dans un court espace de temps une grande énergie, peuvent élever temporairement leur température d’une manière notable, au-dessus de la température du milieu qui les entoure. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet.
On a vu aussi, et dans d'autres conditions, la température des insectes et celle des reptiles s’élever d’une manière assez remarquable. Les abeilles, qui vivent en ruches, par exemple, et les serpents, qui couvent leurs œufs, peuvent offrir une température supérieure de 5, 7, 8 et jusqu’à 10° à celle de l’atmosphère extérieure. Ces faits sont faciles à concevoir. Dans la ruche, qui représente un espace limité entouré de corps mauvais conducteurs de la chaleur, les pertes de chaleur des abeilles, dues au rayonnement et au contact, échauffent pou à peu le milieu qui les entoure et ce milieu, une fois échauffé, ne tarde pas à communiquer à l’insecte lui-même une partie de sa chaleur. Le serpent qui couve est à peu près dans le môme cas. En se repliant en rond autour des œufs, il emprisonne au-dessous de lui un espace limité, ne communiquant plus librement avec le milieu ambiant. Cet espace s’échauffe par le rayonnement dû aux pertes de chaleur de l'animal, et il communique à l’animal une partie de la chaleur qu’il lui a empruntée.
allongé doit être disposé de manière à ne pas dépasser le calibre du tube ascensionnel ; de telle sorte que l’instrument représente dans sa totalité un cylindre allongé et uniforme. Le calibre intérieur du tube ascensionnel doit être assez fin pour qu’on puisse distinguer aisément des fractions de degrés (des cinquièmes ou des dixièmes). Pour que l’instrument n’ait pas une longueur exagérée qui en rendrait le maniement incommode, il peut être gradué de manière que l’échelle soit^comprise entre 30 et 50 degrés de la division centigrade, C’est-à-dire entre les limites les plus ordinaires des oscillations thermométriques de la température animale.
Il sera généralement utile, pour l’usage médical, de se servir de thermomètres à maxima, c’est-à-dire à index intérieur. Lorsqu’on retire l’instrument de la partie où il avait été introduit (ou l’aisselle ou la bouche ou le rectum), la colonne thermométrique descend rapidement. On comprend qu’il est commode pour l’observateur d’avoir à l’intérieur même de l’instrument un témoin indicateur du point maximum où s’est élevée là colonne mercurielle.
Pour les recherches délicates de physiologie on peut avoir des thermomètres de diverses sortes, dont l’échelle variée est appropriée à la recherche spéciale qu’on se propose de faire. Nous avons fait construire autrefois des thermomètres dont l’échelle des divisions ne comprenait que 3 degrés divisés en cinquantièmes l.
On peut, aussi, avoir recours à un instrument qui remplace tous • ces thermomètres spéciaux, je veux parler du thermomètre à échelle mobile de M. Walferdin. Cet ingénieux instrument consiste en un tube à réservoir inférieur (réservoir du thermomètre) et à renflement supérieur (ce renflement est vide). La masse de mercure qui remplit le réservoir est telle, que quand on la chauffe, même légèrement, le mercure remplit le tube ascensionnel et vient se déverser en partie dans le renflement supérieur. Lorsqu’on veut se servir de cet instrument, on expose son réservoir à une température un peu supérieure à celle qu’il s’agit d’apprécier, et par un léger choc on divise la colonne mercurielle au point ou cette colonne communique avec le renflement supérieur. Toute la portion du mercure qui a pénétré dans ce renflement, ne fait plus pour le moment partie du thermomètre, et celui-ci est, dès lors, disposé pour la recherche spéciale. On laisse refroidir l’instrument et on introduit le réservoir dans la partie dont on veut connaître la température. Le tube ascensionnel de ce thermomètre, peut, on le conçoit, ne comprendre qu’un très petit nombre de degrés (trois, deux, du même un seul) divisés en cent parties 2.
Lorsqu’on veut prendre directement la température des réservoirs intérieurs profondément placés, tels par exemple que la vessie ou l’estomac, on peut aussi se servir du thermomètre ; mais s’il s’agit de l’homme, il est nécessaire de se prémunir contre les accidents qui pourraient résulter de la rupture du verre.
1 II s’agissait clans ces recherches d’apprécier des températures de surfaces. Les trois degrés étaient compris entre 32° et 35° de la division centigrade (Voy. § 165 bis).
2 La lecture des températures données par cet instrument est des plus simples. Le Irait de séparation entre le tube du thermomètre et le renflement supérieur correspondant à une température connue (température donnée par la préparation même de l'instrument) sert de point de départ.
Quand ce thermomètre a été utilisé à la recherche spéciale pour laquelle il avait été amorcé, on le désamorce par une succession de petits chocs.