CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE
11 ne faudrait donc introduire ces thermomètres qu’entourés de sondes uréthrales ou œsophagiennes, composées d’un tissu mince, élastique et résistant *.
Dans les cas où il n’est pas possible d’employer les thermomètres à la recherche des températures, on peut se servir d’un appareil thermo- électrique. Un thermomètre ordinaire, même avec un petit réservoir, possède une masse encore suffisante pour refroidir sensiblement les parties dans lesquelles on le plonge. L’appareil thermo-électrique n’offre pas cet inconvénient : il fournit d’ailleurs des notions que ne pourrait toujours donner le thermomètre. On peut, à l’aide de fils métalliques, pénétrer facilement dans l’épaisseur même des tissus et jusque dans les canaux où circule le sang, et comparer ainsi les températures de toutes ces parties. Cet appareil consiste en une pile thermo-électrique combinée avec le galvanomètre (Yoy. pour plus de détails § 165 bis ) 1 2.
Lorsqu’on veut prendre la température des animaux de très petit volume, et surtout des animaux inférieurs dont la température diffère peu de celle du milieu ambiant, on les rassemble quelquefois en masse dans une enceinte limitée dans laquelle on plonge le réservoir d’un thermomètre. Ce procédé, qui suffit, à la rigueur, pour prouver que ces animaux engendrent de la chaleur, ne permet pas de mesurer avec précision la température propre de l'animal. Confiné dans un milieu limité, celui-ci ne se trouve plus dans ses conditions normales d’existence, c’est-à-dire exposé aux causes habituelles de refroidissement (par rayonnement, par contact et par évaporation) ; aussi une pareille évaluation serait absolument fautive. Appliquer sur un petit animal isolé le réservoir d’un thermomètre à mercure dont la masse l’emporte sur celle de l’animal, conduirait, en refroidissant l’animal, à des évaluations plus fautives encore. Le seul procédé applicable ici, ce sont aussi les appareils thermo-électriques sous leur forme la plus déliée, c’est-à-dire sous la forme d’aiguilles (Yoy. § 165 bis).
M. Marey a construit un appareil à l’aide duquel on peut obtenir la température des parties(il s’agit des parties qui offrent un certain volume), et en même temps et surtout étudier et fixer sur le papier les variations que peut éprouver celte température pendant un temps déterminé. L’appareil, auquel M. Marey donne le nom de thermoscope (fig. 94), consiste en une sorte de thermomètre à air, dont le réservoir métallique creux communique à l’aide d’un conducteur creux et flexible avec un tube de verre demi-circulaire dont la partie fermée
1 Pour prendre la température maximum de l'intestin sur l’animal vivant, M. H. Kronecker a dernièrement construit un appareil thermométrique composé d'une petite sphère do cire creuse, percée sur un point et contenant dans cette petite ouverture un tube capillaire. Ce petit appareil est rempli de mercure et on en prend très exactement le poids. On le fait alors avaler à l’animal ; la température s’élevant, le mercure se dilate, et il en sort une petite quantité par le tube capillaire. Quand l’animal a rendu ce thermomètre ambulant, on apprécie par une pesée la quantité de mercure qui a disparu : elle correspond à une température donnée. D’après l’auteur on peut apprécier ainsi la température à 1 /10e de degré près. Dans les recherches de M. Kronecker la température maximum de l’intestin du chien s’est toujours montrée supérieure de quelques dixièmes de degré à la température du rectum.
2 La température de l’enveloppe cutanée est assez difficile à obtenir à l’aide du thermomètre ordinaire, car le réservoir ne peut être appliqué sur la région explorée que par une partie de sa surface. Les aiguilles thermo-électriques, bien disposées pour prendre la température des parties profondes, ne peuvent pas non plus être employées utilement à l’examen de la température de la peau ; ce qu’il faudrait ici évidemment, ce ne sont plus des fils soudés, mais des lames soudées. M. Gavarret a proposé d’employer à cette détermination deux couples thermo-électriques, bismuth et cuivre, terminés à leur partie inférieure par un disque de bismuth doublé d’une mince lame de cuivre.
constitue un réservoir séparé de l’air atmosphérique par un index de mercure qui occupe la partie déclive de ce tube. Le conducteur creux et flexible en communication avec le réservoir du thermomètre à air traverse cet index de mercure et débouche dans la masse d’air emprisonnée dans le tube de verre demi-circulaire. Lorsque l’air renfermé dans le réservoir du thermomètre à air s’échauffe, et par conséquent se dilate, la masse d’air emprisonnée dans le tube
de verre augmente de volume; l’index de mercure se déplace ; le centre de gravité du tube de verre demi-circulaire avec lequel fait corps le levier-aiguille se déplace également, et par conséquent le levier-aiguille se meut. Ces mouvements de l’aiguille peuvent être enregistrés à la surface d’un cylindre animé d’un mouvement circulaire uniforme, sous forme d’indications continues qui accusent soit la constance, soit les abaissements ou les élévations de température, ainsi que leurs durées relatives.
M. Marey a encore construit un autre thermoscope sur le principe général des transmissions de mouvement à l’aide des ampoules élastiques (voyez p.219).