CHAPITRE Y. CHALEUR AMIMALE
Cet appareil consiste en un réservoir élastique rempli d’air et d’un assez grand volume, lequel transmet à un tambour polygraphe enregistreur (voyez fig.44et 52, pages 222 et 249) tous les changements de densité que la température détermine dans la masse d’air que l'appareil contient.
Les divers instruments (thermomètres, appareils thermo-électriques, thermoscopes) que nous venons rapidement de passer en revue nous donnent la température du corps, ou, pour parler plus rigoureusement, la température de la partie du corps au contact de laquelle ils sont appliqués; mais ils ne nous renseignent ni sur les quantités de chaleur produites en un temps donné, ni sur les quantités de chaleur perdues, envisagées, soit dans l’ensemble du corps, soit dans ses diverses régions. Cette partie du problème ne peut être abordée qu’à l’aide d’appareils spéciaux (calorimètres) introduits dans la science par Lavoisier, Dulong, Despretz, etc., et dont il sera question plus loin. Le problème de la chaleur animale se compose, en effet, de deux ordres de questions. D’abord la recherche de la température des diverses parties, à l’aide des thermomètres ou des appareils analogues, c’est-à-dire la thermométrie ; ensuite, la recherche des sources, et la mesure de la chaleur produite et perdue, c’est-à-dire la colorimétrie.
Température des diverses parties du corps humain. — La température moyenne du corps de l’homme, avons-nous dit, est de -f- 37° (centigr.) environ. Cétte moyenne résulte de l’ensemble des températures prises dans les cavités naturelles. Mais les diverses parties n’ont pas toutes la même température. La production de chaleur ne se fait pas, en effet, également partout. Le sang et les parties très vasculaires, c’est-à-dire les organes où la production de chaleur a toute son énergie, ont une température plus élevée que les autres.
Les membres éloignés du centre circulatoire ont une température moins élevée que le tronc; les parties peu vasculaires, la surface de la peau continuellement en contact avec l’atmosphère, ont aussi une température moins élevée que les cavités extérieures formées par le rapprochement des parties, telles que l’aisselle et l’intervalle compris entre la partie supérieure des cuisses et le périnée. Enfin, les cavités intérieures, bouche, vagin, rectum, ont une température un peu supérieure aux cavités extérieures. Ainsi, par exemple, la température des pieds et des mains est généralement inférieure de 5 ou 6 degrés à celle des parties centrales, elle s’élève rarement au-dessus de 32 degrés. Quand la température de l’aisselle marque -J- 37, celle delà bouche est de -f-37°,2; celle du rectum est de -f- 37°, 4.
En ce qui concerne la distribution de la température dans l’économie animale, on peut dire, d’une manière générale, et en tenant compte de toutes les observations : que la température va croissant à mesure qu’on s’avance de l’extrémité des membres vers leurs racines ; on peut dire aussi que la température du tronc lui-même va croissant de ses extrémités vers le diaphragme, c’est-à-dire vers le foie et vers le cœur.
Davy avait déjà vu, en examinant les divers organes d’un agneau qu’on venait de mettre à mort, que la température est plus élevée dans les organes intérieurs que dans les membres; plus élevée dans l’intérieur des membres qu’à leur surface. C’est aussi ce qu’avaient constaté expérimentalement MM. Bec-
Béclard, 7° édition. 33
quorelet Breschet, et ce qui a été constaté depuis partousles expérimentateurs.
Examinons d’abord la température du sang, et disons tout d’abord que le sang peut être considéré comme le distributeur ou le répartiteur de la chaleur. Parcourant à la fois, et dans le même temps, des tissus dans lesquels il se produit beaucoup de chaleur et d’autres dans lesquels il s’en produit moins, le sang prenant de la chaleur aux uns et en cédant aux autres tend sans cesse vers une égalisation que l’inégalité des pertes de chaleur qu’éprouvent les diverses parties ne lui permet pas d’atteindre.
Pour prendre la température du sang on peut procéder de deux manières : ou bien introduire, comme l’avait fait autrefois Davy, des thermomètres à très petits réservoirs dans les vaisseaux sanguins des animaux vivants (ce procédé est très préférable toutes les fois qu’il est possible) ou bien pousser dans les vaisseaux, comme l’ont fait MM. Becquerel et Breschet, des aiguilles thermo-électriques (ou mieux des sondes thermo-électriques).
La première question que se sont posée les expérimentateurs est celle-ci : le sang artériel et le sang veineux ont-ils la même température?
En comparant la température du sang de l’artère carotide à la température du sang de la veine jugulaire, J. Davy a trouvé que la température du premier l’emporte sur celle du second d’environ -f- 0°,G de degré centigrade. La même observation a été faite par MM. Becquerel et Breschet, non seulement sur le sang de l’artère carotide comparé au sang de la veine jugulaire, mais aussi sur le sang de l’artère fémorale comparé au sang de la veine fémorale. MM. Becquerel et Breschet avaient remarqué, en outre, que la température du sang est un peu moindre dans les vaisseaux éloignés du cœur que dans les vaisseaux plus rapprochés.
De ces diverses observations, parfaitement exactes d’ailleurs, la plupart des physiologistes avaient, à cette époque, prématurément conclu que la température du sang artériel est partout supérieure à celle du sang veineux. D’autant mieux que, dans d’autres expériences, Davy (ainsi que l’avait dit Saissy avant lui) avait aussi annoncé que le sang contenu dans le ventricule gauche du cœur (cœur artériel) était plus chaud d’environ 0sr, 5 que le sang contenu dans le ventricule droit (cœur veineux).
Cependant, dès l’époque dont nous parlons, A. Cooper et Authenriet avaient cru voir le contraire. M. Malgaigne (1832) et M. Berger (1833) avaient aussi trouvé sur des chiens expirants le sang du ventricule droit un peu plus chaud que le sang du ventricule gauche. MM. Magendie et Bernard (1844) en opérant sur des animaux vivants chez lesquels des thermomètres étaient descendus dans le ventricule droit du cœur par les veines jugulaires, et dans le ventricule gauche par l’artère carotide, étaient arrivés aux mêmes résultats ainsi que M. G. Liebig, M. Fick, etc.
Plus tard encore, M. Bernard, à l’aide des thermomètres de M. Walferdin, avait confirmé par de nombreuses expériences les résultats de ses premières recherches, ettrouvé en définitive que le sang du ventricule droit du cœurest plus chaud que le sang du ventricule gauche d’environ 0°,2 centigrades 1.
i Ce qui avait induit Davy en erreur (Davy toujours si exact), c’est qu’il opérait sur des animaux murts au lieu d’opérer sur des animaux vivants. Lorsque la poitrine est ouverte et le cœur mis il découvert dans ces conditions, comme les parois du ventricule droit sont beaucoup plus minces que les parois du ventricule gauche, le sang contenu dans le ventricule droit se refroidit plus rapidement au contact de l'air que le sang contenu dans le ventricule gauche, et au bout de