‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 264 sur 429 · OM · texte numérisé non relu

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Dans l’un de ses derniers enseignements, M. CI. Bernard a fait de la chaleur animale l’objet d’études et de recherches nouvelles, et après avoir constaté une fois encore l’excès de température du sang des cavités droites du cœur comparé au sang des cavités gauches, il a recherché s’il existait des conditions soit physiologiques soit anormales capables de changer ce rapport. Il a trouvé que si on refroidit brusquement et énergiquement la surface du corps d’un animal on peut rendre le sang du cœur droit un peu moins chaud que le sang du cœur gauche, parce que le refroidissement excessif du sang, à la périphérie de l’animal, c’est-à-dire dans le réseau vasculaire périphérique, amène vers le cœur droit une grande quantité d’un sang anormalemeut refroidi. Et pour démontrer que c’est bien ainsi qu’il faut interpréter ce résultat, au lieu de refroidir l’animal il X échauffe brusquement et énergiquement. Dans ces conditions nouvelles la masse du sang périphérique échauffé qui aborde au cœur droit élève anormalement la température du sang, de telle sorte que l’excès de température du sang contenu dans le ventricule droit est souvent de 1 degré centigrade.

Il est donc hors de toute contestation que le sang veineux qui afflue au cœur droit est un peu plus chaud que le sang contenu dans le cœur gauche, c’est-àdire que le sang qui vient des poumons et que le cœur gauche chasse dans le système artériel. Il résulte de là que le sang qui traverse le poumon, s’il trouve dans les actes nutritifs qui s'accomplissent dans le tissu de cet organe, de même que dans les autres tissus, une source de chaleur, perd en définitive, par suite du refroidissement amené par le courant d’air de la respiration, plus de chaleur qu’il n’en gagne2.

peu de temps il est effectivement un peu moins chaud. C’est un fait qu’on peut vérifier par .expérience.

1 Une seule fois on n’a pu constater de différence appréciable.

Dans les recherches de M. Heidenhain, la poitrine de l’animal est toujours restée intacte. On introduisait des thermomètres dans le cœur droit par la veine jugulaire et dans le cœur gauche par l’artère carotide. Tantôt on introduisait, par les mêmes voies, des sondes thermo-électriques très sensibles.

En somme, la moyenne générale de toutes les expériences est identique avec celle de M. Bernard, c’est-à-dire 0°,2 de différence en faveur du sang du ventricule droit.

2 Nous avons vu précédemment que l’air expiré est plus chaud que l’air inspiré; cette chaleur, l’air ne peut l’emprunter qu’à l’organe pulmonaire et au sang qui le pénètre.

Examinons maintenant dans les divers régions de l’économie quelle est la répartition de la température dans les divers départements de la circulation.

Mais, avant de comparer le sang artériel au sang veineux, recherchons d’abord si le sang artériel présente la môme température sur tous les points de son parcours.

On avait annoncé il y a quelques années que le sang artériel se modifiait à mesure qu'il s’éloigne du cœur et qu’au moment d’arriver au réseau capillaire il avait déjà pris une couleur plus foncée et commençait à se rapprocher du sang veineux. Sans doute, si on renferme du sang artériel entre deux ligatures il se produira dans la masse emprisonnée (aux dépens de l’oxygène qu’il contient), des phénomènes d’oxydation, par conséquent de l’acide carbonique, et le sang artériel présentera au bout de peu de temps une couleur un peu plus foncée. Sans doute du sang artériel extrait hors de ses vaisseaux offrira les mômes phénomènes, si on l’abandonne à lui-même au contact de l’air. Mais sur le vivant on ne voit rien de semblable ; la rapidité de la circulation ne permet pas à ces effets de se produire d’une manière appréciable.

Ce qu’on peut constater, sous le rapport de la température, c’est que le sang artériel se refroidit à mesure qu’il s’éloigne du cœur. Si, sur un même animal, et simultanément, à l’exemple de M.C1. Bernard, on introduit une aiguille thermoélectrique1 dans la partie supérieure de l’aorte, et une aiguille thermo-électrique appartenant au même circuit, dans l’artère crurale, il se produit un courant qui indique un excès de température dans le sang de l’aorte. Si l’aiguille qui répond à la partie supérieure de l’aorte, étant maintenue dans sa position, on pousse celle qui est dans l'artère crurale jusqu’à la bifurcation des iliaques primitives, on constate que la différence de température s’amoindrit ; si cette dernière aiguille est poussée jusque dans l’aorte abdominale, la première étant toujours maintenue à la partie supérieure de l’aorte, on constate une égalité de température.

On peut donc dire que le sang artériel diminue de température en s’éloignant du cœur vers la périphérie, c’est-à-dire à mesure que de la profondeur il se rapproche'des parties plus superficielles. Ainsi, le rein, le foie, les intestins reçoivent un sang artériel un peu plus chaud que les muscles des membres et que l’enveloppe tégumentaire. Mais ce ne sont là, en définitive, que d’assez faibles difiérences, à cause de la rapidité et de l’uniformité de la circulation artérielle, et aussi parce que le sang qui circule dans le système des artères procède d’un seul et même organe, le cœur.

Dans le système veineux, dans lequel la circulation ne présente pas la même uniformité et dans lequel le sang procède des organes les plus divers, il en est autrement. Le système veineux présente sous le rapport de la température deux départements, assez différents. Il y a, indépendamment des veines qui accompagnent ou qui avoisinent les artères et qu’on désigne sous le nom de veines satellites, tout un ensemble de veines assez volumineuses qui n’a point son analogue dans le système des artères ; ces veines cheminent dans des plans voisins du tégument extérieur, ce sont les veines superficielles. Ces veines superficielles qu’on rencontre aux membres, au tronc, à la tête et au cou, fournissent un apport

i Les aiguilles thermo-électriques, à soudures terminales , qu’on introduit dans les vaisseaux, sont entourées d’une gaine flexible, mince et isolante, et on leur donne pour cette raison le nom de sondes thermo-électriques (Voyez g 1G5 bis).

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