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CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE

sanguin assez considérable aux veines jugulaires et sous-clavières qui vont se jeter dans la veine cave supérieure, ainsi qu'aux veines fémorales et iliaques qui vont en définitive dans la veine cave inférieure.

Voilà pourquoi, quand on prend la température du sang qui circule dans l’artère carotide et dans la veine jugulaire au même niveau (au cou), quand on prend la température du sang qui circule dans l’artère fémorale et dans la veine fémorale au même niveau (au pli de l’aine), la température du sang veineux est toujours inférieure à celle du sang artériel, et cette différence peut être de 1 degré et même davantage. Voilà pourquoi le froid extérieur augmente cette différence et pourquoi la chaleur de l’appartement ou du laboratoire l’atténue. Ici se montre nettement le rôle que joue le refroidissement, les veines de la périphérie, étant plus superficielles que les artères, sont plus exposées aux déperditions de chaleur : voilà pourquoi dans les membres, dans la tête et au cou le sang pris dans les principaux troncs artériels ou veineux présente dans les veines une température moins élevée que dans les artères, et ainsi se trouvent expliqués les résultats obtenus autrefois par Davy et par MM. Becquerel et Breschet. La capacité plus grande des veines et la vitesse moins grande du cours du sang dans ce département de l’arbre circulatoire quand on le compare au département artériel sont encore des circonstances adjuvantes. Au reste, rien de plus mobile que ces différences qui s’accroissent, je le répète avec le refroidissement extérieur et qui s’atténuent quand la température extérieure s’élève ; aussi quand on pratique ces expériences en été ne retrouve-t-on jamais les mêmes écarts que quand on les pratique en hiver.

Si maintenant nous pénétrons dans la profondeur des parties et notamment dans l’intérieur des cavités splanchniques, le rapport se renverse, c’està-dire que la température du sang veineux l’emporte sur celle du sang artériel *.

Voici à cet égard une expérience bien démonstrative que nous empruntons à M. Cl. Bernard. On prend deux sondes thermo-électriques de 70 centimètres de longueur. L’une est introduite dans l’artère fémorale, l’autre dans la veine fémorale. Ces deux sondes étant reliées entre elles et comprises dans un circuit galvanométrique, un courant se produit qui indique (nous l’avons vu) un faible excès de température en faveur du sang artériel. Cela fait, on pousse les sondesplus profondément, en les dirigeant vers le haut. Quand la sonde de l’artère est arrivée vers la partie inférieure de l’aorte, et la sonde de la veine dans un point correspondant de la veine cave inférieure, la différence s’est déjà atténuée ; si on pousse plus haut la sonde engagée dans l’aorte et la sonde engagée dans la veine cave inférieure, il arrive un moment où l’aiguille du galvanomètre revient à zéro, où, par conséquent, toute différence de température s’efface.

Ce point correspond au niveau de l’embouchure de veines rénales dans la veine cave inférieure. A partir de ce point, et à mesure qu’on remonte dans l’aorte et dansla veine cave, l’avantage appartient à la veine cave. Lorsqu’on pousse les sondes jusqu’à un point correspondant à l’embouchure des veines sus-hépatiques dans la veine cave inférieure, la différence est au maximum, et ceci nous explique pourquoi le sang des cavités droites du cœur (dans lequel va se jeter le sang de la veine cave inférieure) est plus chaud que celui des cavités gauches.

1 Al. Georges Liebig (1853) et M. Wurlitzer (1858) ont publié sur ce sujet un grand nombre de résultats expérimentaux.

Le sang de la veine cave inférieure apporte donc au cœur un sang plus chaud que celui qui circule dans l’aorte. Mais ceci s’applique à la veine cave inférieure et non à la veine cave supérieure. Le tribut sanguin des veines superficielles de la tète, du cou, et des membres supérieurs, a une importance trop grande eu égard au tribut sanguin des veines profondes de cette région pour que le sang qui arrive à l’oreillette droite parla veine cave supérieure ne soit pas un peu plus froid que celui des artères correspondantes. Il en résulte que le cœur droit reçoit parla veine cave inférieure un sang plus chaud que celui de l'aorte, et par la veine cave supérieure un sang qui l’est un peu moins. L’élément refroidissant vient de la périphérie, l’élément réchauffant vient des viscères. Ces deux sangs se mélangent dans le cœur droit, où, en somme, l’élément réchauffant l’emporte sur l’autre.

Voici pour fixer les idées, et sous forme de tableaux, quelques résultats numériques empruntés aux recherches de M. Cl. Bernard.

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