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CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE

D’après les développements dans lesquels nous sommes entrés on voit pourquoi toutes les parties n’ont pas une température égale; pourquoi les parties les plus éloignées du centre circulatoire, pourquoi les parties superficielles plus exposées aux causes de refroidissement ont une température moins élevée que les parties profondes. Le sang veineux qui revient des organes, et qui rapporte vers le centre la chaleur sans cesse engendrée, n’en rapporte qu’une partie, d’autant plus grande que les veines dans lesquelles ilcircule sont moins exposées aux causes de refroidissement. Quant au sang artériel, la chaleur qu’il a repue il la distribue et la répand d’un seul coup sans grandes déperditions. La chaleur tend ainsi, d’une manière continue, vers une uniformité qui n’est jamais et ne peut jamais être réalisée, non seulement à cause de la variabilité du milieu extérieur, mais aussi à cause des modifications locales de circulation.

Ces considérations nous donnent l’explication des résultats que nous allons maintenant passer rapidement en revue. Si on met, en même temps, des thermomètres bien réglés, l’un dans le rectum, l’autre dans la bouche, l’autre dans l’aisselle, celui durect um marquera par exemple 37°, 4, celui delà bouche 37°, 2, et celui de l’aisselle 37° : tel est le résultat moyen de nombreux essais comparatifs entrepris à cet effet par M. P. Rédard. M. Forel a également posé comme moyenne d’un grand nombre d’observations du même genre 0°, 3 en moins dans la bouche que dans le rectum, quand ces températures sont prises, bien entendu, sur le même sujet et au même instant.

La température de l’aisselle est donc toujours un peu moins élevée que celle du rectum et de la bouche. En tenant compte de cette différence, on peut prendre des températures comparatives dans cette région, mais comme l'aisselle n’est qu’une cavité artificielle, il faut avoir soin de faire d 'abord fermer l’aisselle pendant environ dix minutes avant l’introduction du thermomètre. 11 suffit alors d’attendre deux minutes pour qu’il atteigne son point maximum ; dans le cas contraire, comme l’aisselle n’est plus qu’une surface qui a besoin de se réchauffer pour donner la véritable température de ce qu’on appelle le creux axillaire, il faut attendre beaucoup plus longtemps.

M. Schlesingera pris la température dans l’intérieur de l’utérus chez plusieurs femmesbien portantes, et dans l’intervalle de la menstruation. Un thermomètre était placé dans l’aisselle, un autre dans le rectum, un dansle vagin, un autre convenablement engainé, dans la cavité utérine. Il résulte de diverses mensurations que la température de l’utérus l’emporte sur celle de l’aisselle de 0°,45 ; sur celle du rectum, de0°,27 ; sur celle du vagin, de 0°,19. Si quelque temps avant la prise des températures, un spéculum avait été placé dans le vagin etsi par conséquent la portion vaginale de l’utérus avait été mise en contact avec l’air extérieur, il en résultait un léger abaissement de température dans la cavité utérine qui durait assez longtemps1. M.Andrejewa également pris la température de l’utérus sur 69 femmes, dans la période intermenstruelle. Le résultat de 183 observations est absolument conforme au précédent. Il a trouvé que la température de l’utérus était plus élevée que celle du vagin, celle du vagin plus élevée que celle de l’aisselle, et sensiblement dans les mêmes proportions.

1 L’auteur suppose, théoriquement, que pendant la grossesse la température de l'utérus doit s’élever.

Température moyenne rte l’homme. — Sa constance relative. — Des limites entre lesquelles elle peut varier. — Dès la fin du siècle dernier, John Hunter, qui avait pris la température d’un grand nombre de sujets, dans le rectum, fixait la moyenne h -j- 37°, 2. M. Despretz, qui l’a prise au même lieu, est arrivé au chiffre de 37", 1. Davy, qui l’avait prise dans la bouche, sous la langue1, avait fixé comme moyenne de ses recherches -f- 37°, 3. Ainsi qu’il est aisé de le voir, ces moyennes sont sensiblement identiques 2.

Pour obtenir la véritable valeur de la température du corps il faut la prendre dans une cavité naturelle (dans le rectum ou sous la langue) ; quand cette recherche est impossible on peut aussi la prendre dans le creux axillaire. L’observation est entouréeicide quelques difficultés, et il ne faut pas oublier que la température de l’aisselle est un peu inférieure à celle de la bouche et du rectum.

Un des phénomènes les plus curieux de la température de l’homme et des animaux supérieurs, c’est sa constance relative, et on peut le dire sa presque invariabilité, quand on la mesure au tronc bien entendu.

L’homme, qui vit dans les climats de température variée, n’éprouve, sous l’empire de ces empératures diverses, que des différences de peu d’importance dans sa température propre. MM. Davy, Eydoux, Souleyet, Brown-Séquard, Mantegazza , Grombie, etc., ont rassemblé, à cet égard, un très grand nombre d’observations. 11 y a, entre la température des individus qui habitent les pays les plus chauds et ceux qui habitent les pays les plus froids, à peine une différence de 4 degré en plus en faveur des premiers. Les différences de race et de couleur n’introduisent, à cet égard, aucun changement.

11 n’y a non plus qu’une différence assez faible dans la température de l’homme d’un même climat, examiné dans les diverses saisons, ou transporté d’un climat dans un autre climat. M. Brown-Séquard a noté la température d’un certain nombre d’officiers de marine et de passagers, à Nantes, en février, par une température de 8 degrés. La température, prise sous la langue, était de 36°, 6. Le mois suivant, l’équipage se trouvait sous l’équateur, exposé à une température de 30 degrés. La température des mêmes personnes, prise de nouveau sous la langue, donna, en moyenne, 37°, 9, ce qui constitue 1°,3 de différence 3.

1 Quand on prend la température dans la bouche (il n’est pas toujours possible de la prendre dans le rectum), il faut avoir soin do faire fermer la bouche après avoir poussé le réservoir du thermomètre sous la langue afin de se mettre en garde contre le refroidissement dû au courant d’air de la respiration.

"2 Lorsqu’on prend la température de l’homme ou lorsqu'on prend la température d'un animal quelconque, presque toujours on trouve une différence entre le sujet en expérience et la température moyenne de l’espèce. Cela est tout simple, puisque la moyenne résulte de la compensation des différences individuelles. Ces différences d'ailleurs sont toujours assez légères, dans l’état physiologique, et comprises dans les limites de 1 degré centigrade. Exemple :

La moyenne de température de vingt poules est, je suppose, de 42°, 5 ; mais une poule en particulier peut avoir une température de il0, 8 ou 41e, !J ou 42°, G, ou 42°, 7.

3 En revenant dans un climat plus tempéré, la température retourne vers son point do départ. De môme que MM. Eydoux et Souleyet, M. Brown-Séquard a remarqué que l’élévation de la température animale est plus rapide quand on passe dans un climat chaud, que son abaissement quand on passe dans un climat froid.

M. Crombie, qui a relevé un grand nombre de températures au Bengale, est arrivé à des résul-

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