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CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE

M. Mantegazza est arrivé par une autre voie à des résultats analogues. Son procédé consiste à prendre la température de l’urine reçue dans un vase échauffé préalablement à 36 degrés. M. Mantegazza a observé une élévation de température de 1 degré et une fraction au maximum dans l’urine excrétée dans les climats chauds L

M. Jiirgensen a récemment examiné la question à un autre point de vue, et publié plusieurs séries d’observations prises sur un même sujet pendant une durée de vingt-quatre heures. Son procédé consiste à placer à demeure un thermomètre dans le rectum 2, et à enregistrer la température toutes les cinq minutes. On obtient ainsi une sorte de tableau à indications sensiblement continues. Il résulte de ces recherches que la température d’un même sujet, observée pendant une certaine durée, représente une série de chiffres qui additionnés entre eux donnent un total qu’on peut considérer comme constant. Les oscillations correspondent aux périodes de jeûne et de digestion, de repos et de mouvement. Les moyennes obtenues par la totalisation des notations de vingt-quatre heures, et comparées entre elles, n’ont offert que ces différences maximum, 37°, 02 et 37°, 19. Si nous additionnons les deux moyennes d’écart et si nous en prenons la moitié nous obtenons le chiffre de 37°, 1 qui représente la moyenne générale, laquelle est identique avec celle qu’avait proposée M. Despretz.

M. Jiirgensen a observé, comme ses devanciers, une élévation de température pendant la période d’activité, élévation compensée par un abaissement pendant la période de repos, et aussi une oscillation (mais plus faible) par en haut après le repas et par en bas dans la période du jeûne. En somme et lorsque l’activité et le repos se maintiennent dans les proportions delà vie ordinaire, la courbe quotidienne présente dans les vingt-quatre heures deux périodes : l’une de dix heures qui correspond à la période de repos ou à la nuit, l’autre de quatorze heures qui correspond à la période d’activité ou au jour. La température moyenne de la première période (repos) est de 36°, 9; la température moyenne de la seconde (activité) est de 37°, 3. La moyenne de ces deux moyennes, c’est-à-dire la moyenne générale des vingt-quatre heures est de 37°, I.

Les conditions extérieures n’ont, donc qu’une influence très limitée sur les variations de la température de l’homme. Mais lorsque, par des moyens artificiels, on élève ou on abaisse considérablement la température du milieu, il peut survenir des variations plus considérables dans la température de l’homme ou des animaux. Lorsqu’on place, par exemple, des animaux dans des étuves à -j- 60° ou à -j- 90°, leur température peut s’élever de 4, 5, 6, 7 degrés audessus de leur température normale. L’homme s’est soumis parfois lui-même à des expériences de ce genre, et on a pu observer une élévation de 3 à 4 degrés

tats analogues. Il a de plus remarqué, et nous reviendrons sur ce sujet, que chez les valétudinaires (assez nombreux dans la colonie anglaise au Bengale) et les enfants, les oscillations de température en rapport avec les variations de température extérieure étaient plus considérables.

1 M. Oertmann propose pour la prise des températures un procédé très analogue à celui de M. Mantegazza. M. OErtmann regarde ce procédé comme aussi exact et comme plus expéditif que la prise des températures dans l’aisselle, dans le rectum ou dans la bouche. Il consiste à maintenir dans le jet d'urine un thermomètre à maxima, et à réservoir aussi petit que possible. D'après M. OErtmann, sept secondes suffisent pour que la colonne mercurielle ait atteint son maximum d’ascension.

2 Tout d’abord la présence du thermomètre détermine des besoins irrésistibles de défécation. Mais la tolérance s’établit très vite, et le thermomètre peut être conservé vingt-quatre heures de suite entre deux défécations. M. Jiirgensen a pu observer ainsi un jeune homme do trente ans pendant onze fours de suite.

dans sa température. Il est rare, du reste, que la température s’élève chez lui autant que chez les animaux mammifères soumis à ce genre d’expériences, parce que la sueur qui inonde bientôt la surface de sa peau augmente les pertes de chaleur par évaporation, et parce que le malaise qu’il éprouve ne lui permet pas de conduire aussi loin l’expérience. Quand on pousse l’expérience sur les animaux jusqu’à la mort, ils succombent généralement lorsque leur température s’est élevée de 5, 6 ou 7 degrés au-dessus de leur température normale.

On a parfois observé chez l’homme une élévation de température analogue, c’est-à-dire de 7 degrés environ au-dessus de sa température moyenne. Mais ces élévations de température constituent pour l’homme un péril extrême, et quand on les observe chez lui, ou bien il va mourir, ou bien il est mort. M. Lewick quia relevé, il y a quelques années, un grand nombre de cas d’insolation suivis de mort, a trouvé que la température dans le rectum, au moment de la mort, était de 40°, de 41°, de 42°, de 43°, et même de 45°, 5, c’est-à-dire près de 8 degrés au-dessus de la température normale. On a souvent observé aussi à la suite des contractions musculaires violentes du tétanos (voyez § 165 bis) des élévations de température, ante mortem et post mortem , de 5°, 6 ou 7 degrés audessus de la température normale. Sur un homme mort à la suite d’une fracture de la colonne vertébrale au cou, accompagnée de tétanos, il y avait encore dans le rectum, une heure et demie après la mort, 42°, 77, c’est-à-dire près de 6 degrés au-dessus de la moyenne normale (Godfray).

Lorsqu’on place des mammifères dans une atmosphère à 0° ou dans des mélanges réfrigérants, leur température s’abaisse graduellement, et ils sont incapables de lutter longtemps contre une expérience un peu prolongée. Ce mélange leur soutire plus de chaleur qu’ils n’en peuvent produire, et ils ne tardent pas à succomber. La mort survient en général quand ils ont perdu environ le tiers de leur chaleur propre (une quinzaine de degrés) et quand leur température mesurée dans le rectum est tombée à 22° ou 20° 1.

Nous disons que la température qu’on peut appeler mortelle doit être constatée dans le rectum. Il n’est pas question bien entendu des abaissements de température des parties périphériques notamment des mains, des pieds, des oreilles, en un mot des organes éloignés du centre et sans défense contre les causes de refroidissement. Dans ces parties l'abaissement de la température peut être considérable et même poussé jusqu’à la congélation sans que la vie soit compromise, et même sans que la température moyenne du tronc soit en rien modifiée.

M. Bernard et après lui M. Walther ont constaté que quand on place des

1 Nous no parlons ici, bien entendu, que des mammifères et des animaux à sang chaud. Les animaux dits à sang froid paraissent pouvoir, sans périr, supporter des abaissements de température qui avoisinent et qui peut-être atteignent la congélation. Dans la Bibliothèque universelle de Genève (1840), M. Gaymard rapporte qu’ayant renfermé plusieurs crapauds dans une boîte qui avait été ensuite remplie de terre et exposée à une forte gelée, on trouva, à l’ouverture do la boîte, les crapauds entièrement gelés. Toutes les parties de leur corps étaient inflexibles et cassantes. Quand on les brisait il ne s’écoulait pas une goutte de sang. Placés dans l’eau, à quelques degrés seulement au-dessous de 0°, ils revinrent à la vie au bout do dix minutes. M. Gaymard ajoute qu’une congélation rapide tue les animaux ; qu’ils ne résistent qu’à une congélation lente, de môme qu’ils ne reviennent à la vio que par un réchauffement lent. Il ajoute enfin que les grenouilles ne peuvent pas être rappelées à la vie.

Cette expérience m’avait vivement frappé. J’ai souvent tenté de la reproduire, mais toujours en vain.

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