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CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE

male, Davy avait déjà observé que l’exercice élevait la température générale du corps; qu’après une promenade prolongée, le thermomètre, placé sous la langue ou dans l’urine excrétée, accusait une élévation de plusieurs fractions de degré sur la température de la même personne au repos. M. Mantegazza et plus récemment M. Jürgensen ont varié beaucoup ce genre d’épreuves. M. Jiirgensen a constaté qu’un travail très énergique continué aussi longtemps que l’homme le peut supporter, c’est-à-dire pendant une heure et demie, est capable d’élever la température générale du corps (prise dans le rectum) de 1°,2. M. Hankel (1873), à l’aide d’un appareil thermo-électrique (analogue aux bracelets thermo-électriques que nous avons fait construire autrefois), a également constaté que la température prise à la surface de la peau des membres, convenablement entourés de corps mauvais conducteurs de la chaleur, s’élève notablement à la suite de contractions vives par propagation de la chaleur développée au sein des muscles sous-jacents.

MM. Valentin et Vierordt avaient, d’ailleurs, et depuis longtemps, établi (et le nombre des expériences de ce genre s’est singulièrement multiplié depuis cette époque) qu'à l’élévation de la température causée par l’exercice correspondait, chez 1 homme, une élévation dans les proportions de l’acide carbonique exhalé, ce qu’avait aussi (avant eux) constaté M. Lassaigne.

De même que l’exercice augmente la température du corps, de même l’immobilité absolue produit un effet opposé; Legallois l’avait déjà remarqué. Dans les laboratoires de physiologie où on immobilise les animaux sur la gouttière d’expérience, c’est un effet qu’on remarque constamment quand cette immobilisation est prolongée. La température d’un lapin (prise dans le rectum) peut s’abaisser, dans ces conditions, de plus de 2 degrés. Chez les chiens, qui réagissent plus vivement que les lapins par des contractions musculaires violentes, la température peut s’élever dans les premiers moments, pour s’abaisser ensuite quand l’expérience est poussée assez loin. Lorsqu’on place les animaux sous l’influence du curare qui a pour effet de suspendre l’action du système locomoteur par la sidération de l’élément nerveux incitateur du mouvement, la température générale de l’animal s’abaisse assez rapidement de 2 à 3 degrés.

11 est donc surabondamment démontré que la contraction musculaire est accompagnée de chaleur et d’un surcroît d’oxydation au sein de l’organe contractile. Mais il est, dans la contraction des muscles, un élément capital dont les expérimentateurs ne s’étaient pas jusqu’ici préoccupés et que nous avons, le premier, cherché à résoudre par la voie expérimentale.

La contraction musculaire, qu’elle soit volontaire ou qu’elle soit provoquée, peut se manifester de deux manières très différentes.

1° Tantôt les leviers osseux sur lesquels les muscles s’insèrent sont, pendant la contraction du muscle, maintenus immobiles dans des positions variées, et la contraction qui s’opère dans le muscle n’est point accompagnée de mouvements; en d’autres termes, la force ou la puissance développée dans le muscle qui se contracte est maintenue en équilibre, pendant toute la durée de la contraction, par une résistance qui n’est pas surmontée. Cette résistance non surmontée, ou, pour mieux dire, équilibrée , est tantôt le simple poids des parties, comme par exemple dans beaucoup d’attitudes fixes des membres ou du tronc ; tantôt cette résistance équilibrée consiste dans des poids additionnels ou simplement dans la contraction synergique de muscles opposés, ce qui fait que

l’action musculaire s’exerce parfois avec une grande puissance, tout en n’entraînant pas de mouvement dans les parties.

Nous désignons cette forme de contraction musculaire, non suivie d’effets mécaniques extérieurs, sous le nom de contraction musculaire statique.

2° Tantôt, au contraire, les leviers osseux sur lesquels s’insèrent les muscles qui se contractent obéissent à la puissance qui tend à les mouvoir, et cette force peut non seulement mettre en mouvement les leviers osseux mobiles garnis de leurs parties molles, mais encore soulever des poids additionnels, vaincre ou surmonter des résistances variées.

Nous désignons cette forme de contraction musculaire, accompagnée d’effets mécaniques extérieurs, sous le nom de contraction musculaire dynamique .

Exemple : je suppose que l’avant-bras soit à demi fléchi sur le bras, nous pouvons évidemment le maintenir fixe et immobile dans cette position ; si l’avantbras est libre, la contraction musculaire est équilibrée par le poids de l’avantbras. On peut rendre cette contraction plus énergique, en chargeant de poids l’avant-bras.

D’un autre côté, la contraction des muscles du bras peut être employée à mouvoir l’avant-bras, libre ou chargé de poids, etc.

Dans nos expériences nous avons examiné l’action musculaire statique et l’action musculaire dynamique sous le rapport thermique, c’est-à-dire que nous avons cherché à apprécier, à l’aide d’une méthode expérimentale nouvelle et aussi rigoureusement que possible, les diverses quantités de chaleur développées au sein des muscles dans ces deux états différents.

Nos premières tentatives ont porté sur les grenouilles, animaux de petit volume, faciles à mettre en expérience, et doués d’une activité musculaire énergique, eu égard à leur taille.

Dans ces expériences, nous avons eu recours à un appareil thermo-électrique. Ces expériences, dans lesquelles certaines parties doivent être mises en mouvement, ne nous ont pas permis de recourir aux éléments thermo-électriques de M. Helmholtz, lesquels, reliant ensemble les deux membres postérieurs de l’animal, les rendent solidaires l’un de l’autre.

Nous nous sommes donc servi, dans le principe, d’aiguilles construites sur les données de M. Becquerel, c’est-à-dire d aiguilles à soudure médiane (fer et cuivre), tout en leur donnant plus d’épaisseur, car les aiguilles trop fines apportent au courant un obstacle qui diminue les déviations galvanométriques, de telle sorte que les différences minimes de température sont alors difficiles à saisir. Nos aiguilles, construites par M. Duboscq, avaient 8 centimètres de longueur et 2 millimètres d’épaisseur ; mais, après un certain nombre de tentatives, nous avons été obligé d’y renoncer, parce que, dans les muscles en mouvement dont nous cherchions à apprécier la température, ces aiguilles, qui suivent le mouvement des muscles, se déplacent sans cesse, si bien que la soudure, glissant dans la plaie, se présentait souvent au dehors, et tous les résultats se trouvaient renversés.

Les aiguilles à soudure termino-latérale1 , employées par M. Dutrochet, offraient les mêmes inconvénients.

1 Les aiguilles h soudure termino-latérale sont composées de deux métaux, mais les deux pièces, au lieu d'être soudées par leur partie moyenne, le sont à l’une de leurs extrémités. C’est cette extrémité-soudure qui, affilée en pointe, est enfoncée dans les tissus.

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