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CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE

Dès lors nous avons fait construire de petits hameçons à deux tiges (fer et cuivre) dont la soudure correspond à l’ardillon (Voy. fig. 98). Une fois introduites dans les muscles, nos aiguilles en hameçon ne sont pas sensiblement déplacées dans les divers mouvements de l’animal.

Ces aiguilles ont sur les aiguilles à soudure médiane encore un autre avantage, c’est qu’elles demeurent à poste fixe dans le circuit galvanométrique, et qu’il n’est pas nécessaire de rompre le circuit à chaque expérience (pour introduire les aiguilles dans les parties), et de le rétablir ensuite. Le circuit est toujours fermé ; c’est ce qu’on concevra facilement en jetant les yeux sur la grenouille en expérience représentée dans la figure 98.

Nota. A la partie supérieure de cette ligure, on voit : 1° une aiguille thermo-électrique (cuivre et fer) à soudure médiane; 2° une aiguille thermo-électrique (cuivre et fer), en hameçon, à soudure terminale.

Je me bornerai à indiquer ici le procédé d’expérience le plus démonstratif; il consiste à solliciter les deux modes de contraction simultanément sur le même animal. La grenouille n’est soumise à aucune mutilation ; elle est fixée solidement par les deux membres antérieurs. L’un des membres postérieurs est maintenu fixé dans l’extension, tandis que l’autre est libre, et peut mouvoir un poids léger. Les hameçons thermo-électriques, faisant partie du circuit galvanométrique, sont introduits dans chaque mollet (Voy. fig. 98).

La contraction musculaire des deux membres postérieurs est sollicitée par le courant d’une pile, de la même manière que précédemment. L’aiguille du galvanomètre accuse ici d’une manière directe l’excès de l’une des températures sur l’autre, et cet excès est en faveur du membre fixé , c’est-à-dire que la température s’élève plus dans le membre qui se contracte étant fixé que dans celui qui peut mouvoir et soulever un poids.

Mais, en examinant avec attention les données de ces expériences, il est facile de se rendre compte de l’impossibilité d’apprécier ainsi la véritable valeur des quantités de chaleur produites dans les deux états de contraction des muscles. 11 se peut, en effet, que, sur les grenouilles mises en expérience, et quoique la source d’excitation fût la même, la contraction du membre fixé fût parfois plus énergique que celle du membre chargé d’un poids, la grenouille proportionnant, en quelque sorte, l’énergie de la contraction musculaire à la résistance à vaincre. En second lieu, et c’est là surtout ce qui ne permet pas

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de tirer de ces expériences des résultats précis, le phénomène du poids qui monte et qui descend détermine dans le muscle qui le soulève et qui le soutient à la descente , des actions complexes dont il est impossible de tenir compte avec les animaux, et qu’il n’est possible d’apprécier que sur l’homme.

On peut, ainsi que l’ont fait MM. Becquerel et Breschet dans leurs expériences, introduire des aiguilles thermo-électriques dans les muscles de l’homme ; mais, si ce genre d'expérience peut être tenté par hasard l, il n’est réellement pas pratique quand il' s’agit de répéter les expériences un grand nombre de fois. Cette introduction, assez difficile par elle-même, peut n’être pas sans danger, et nous ne pouvions évidemment pas l’essayer avec nos hameçons thermo-électriques, qui ne sauraient être retirés des tissus sans de profondes dilacérations.

Dès lors, nous nous sommes demandé si la température des muscles ne pouvait être appréciée que dans leur épaisseur ; s’il n’était pas possible de la constater à leur surface, ou même au travers de la peau, surtout quand celle-ci est line et peu ou point doublée de graisse. Or, en appliquant sur la peau, à la surface du biceps brachial, au niveau de sa région moyenne, un thermomètre dont le réservoir était engagé sous les vêtements, et maintenu par une bande épaisse de laine enroulée autour du bras, nous avons constaté que ce thermomètre peut accuser, au bout de quelques minutes, des élévations de température de 1 et même de 2 degrés centigrades, lorsqu’on contracte énergiquement ce muscle ; nous nous sommes dès lors trouvé en possession d’une méthode qui nous a permis de faire un grand nombre d’expériences dans les conditions les plus variées.

On comprendra aisément l’avantage qu’il y a à expérimenter sur l’homme. Dans les expériences sur les animaux, en effet, la contraction, suscitée dans les muscles par l’application d’un excitant, peut à tout instant être troublée ou compliquée par des contractions volontaires , sur lesquelles nous n’avons pas de prise. En outre, dans les expériences sur les animaux l’excitant de la contraction musculaire est nécessairement le courant d’une pile ou celui d’une bobine d’induction ; dans les expériences sur l’homme, au contraire, le principe d’activité, c’est la volonté elle-même, c’est-à-dire l’excitant par excellence de la contraction, et en même temps le plus délicat. Chez l’homme, Y intensité de l’action musculaire peut être directement et rigoureusement mesurée par la quantité connue des résistances, c’est-à-dire par des poids ; de plus, elle peut être graduée, accélérée, retardée, etc.

Les thermomètres dont nous nous sommes servi dans nos recherches ont été construits de telle sorte que l’échelle de leurs excursions est comprise entre -j-31° et + 37° centigrades. Chaque degré présente 50 divisions. La contraction musculaire étant capable, suivant son énergie et sa durée, d’élever la température du muscle (prise à la surface de la peau) de 60, de 80, ou même de ICO divisions de nos thermomètres, l’étendue de ces excursions, fournit un champ suffisamment vaste à nos expériences de comparaison.

Les expériences que nous avons entreprises se composent toutes de deux parties constituant les deux termes de comparaison entre l’état statique et l’é-

i M. Becquerel a répété trois fois cotte expérience, en introduisant son aiguille à soudure médiane dans le muscle biceps brachial. M. Becquerel fils et M, Burguiôres, ancien médecin sanitaire en Égypte, se sont prêtés à l’expérience.

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