CHAPITRE Y. CHALEUR ANIMALE
monter un certain nombre de fois le même poids, sans avoir :\ le soutenir à la descente, et avec des intervalles réguliers et égaux d’activité et d’inaction.
Dans l’expérience statique correspondante (qui, pour être comparable, doit être intermittente aussi), le poids est maintenu en équilibre par la contraction musculaire dans la position correspondante au point moyen m (Voy. tîg. 99) et avec des intervalles égaux et réguliers d’inaction, mesurés par le chronomètre, le tout pendant une durée de cinq minutes.
Le procédé d’expérience que nous venons d’esquisser brièvement consiste donc, en définitive, à déterminer dans les muscles de la région antérieure du bras une contraction de commune mesure, pendant le même temps, avec ou sans travail mécanique extérieur.
Ces expériences établissent nettement ce fait : lorsque la contraction musculaire exécute un travail mécanique, il se produit dans le muscle une quantité de chaleur plus faible que lorsqu'une contraction de même mesure n’est point accompagnée d’effets mécaniques extérieurs.
Second mode d'expérience. — On peut se servir d’un poids libre soutenu dans la main à l’aide d’une manette (Voy. fig. 101).
L’expérience d'équilibre consiste à maintenir en équilibre, non plus d’une manière intermittente, mais d’une manière continue et pendant un certain laps de temps (cinq minutes), un certain poids. L’expérience dynamique de comparaison consiste à exécuter avec l’avant-bras, chargé du même poids, et pendant le même temps, un mouvement de va-et-vient. Dans ce mouvement de va-etvient, la main n’abandonne le poids à aucun moment de l’expérience; elle ne descend pas h vide, comme dans le mode expérimental précédent, mais elle soulève ce poids à la montée et elle le soutient à la descente.
Lorsque l’expérimentateur veut procéder à l’expérience d’équilibre, il se place sur la chaise d'expérience, en tenant compte des précautions indiquées ; il engage sa main sous la manette, tandis qu’un aide enlève la cale d (Voy.
fig. 101) ; puis il soutient le poids P pendant cinq minutes consécutives, comptées par le métronome.
L’expérimentateur, les yeux fixés sur la règle divisée, maintient l’index de la manette au niveau du point m, de manière que la flexion à angle droit de l'avant-bras sur le bras reste la même pendant toute la durée de l’expérience.
Au bout de cinq minutes, l’aide replace la cale d, et l’expérimentateur passe sur le fauteuil de repos, pour attendre l’excursion finale du thermomètre d’expérience.
Pour procéder à l’expérience dynamique de comparaison, l'expérimentateur, après avoir pris place sur la chaise d’expérience et fait enlever la cale d, imprime à la main chargée du même poids, pendant cinq minutes consécutives, une suite de mouvements d’élévation de i en s, et de mouvements de
descenle de s en i, c’est-à-dire une succession de mouvements de bas en haut et de haut en bas.
Ce qui ressort des expériences, pratiquées suivant ce second mode, c’est que la chaleur développée dans les muscles et perçue par le thermomètre d’épreuve a été la même, soit que le bras restât en équilibre de contraction, soit qu’il fût animé de mouvements.
Dans le mode d’expériences mis ici en usage, il s’est donc produit dans les muscles des quantités égales de chaleur. Au premier abord, les résultats de cette seconde série d’expériences paraissent en contradiction avec ceux de la première série ; mais, pour peu qu’on y réfléchisse un instant, il est facile de se convaincre qu’ils en sont au contraire la confirmation la plus décisive, et qu’ils constituent, par une autre voie, une démonstration non moins claire du principe précédemment établi; c’est ce qu’il nous sera aisé de faire comprendre en peu de mots.
Si, d’un côté, la montée du poids, pendant deux minutes et demie, a tendu à diminuer la température musculaire dans la proportion du travail mécanique produit ; d’un autre côté, la descente du même poids (descente qui n’est pas libre, soutenue qu’elle est par le muscle contracté) détermine dans les muscles un effet précisément opposé, qui tend à augmenter la température musculaire suivant une proportion équivalente à la destruction d’une quantité égale de travail mécanique. D’un côté, il y a tendance à la diminution de la température, de l’autre il y a tendance à son élévation ; ces deux effets, mesurés par le même poids, se compensent ; on doit avoir, et on a en effet, dans l’expérience de mouvement ainsi conduite, une température égale à celle de l’expérience d’équilibre. On peut exprimer plus brièvement ce qui se passe ici, en disant que, pendant la moitié de la durée de l’expérience qui correspond à l’élévation du poids, le travail mécanique extérieur est positif, et que pendant l’autre moitié (correspondant à la descente du poids) le travail mécanique extérieur est négatif. Ces deux valeurs, étant égales, se détruisent et le travail utile est égal à 0, c’est-à-dire qu’il est nul.
En résumé, ce second mode d’expériences prouve que le mouvement de vaet-vient exécuté suivant le procédé indiqué, produit successivement un travail mécanique positif et un travail mécanique négatif qui s’annulent; de telle sorte que la contraction de mouvement équivaut ici à la contraction d’équilibre, et que ces deux modes de contraction (étant d’ailleurs d’égale mesure, puisque le poids est le même) développent des quantités égales de chaleur.
Des expériences qui précèdent et d’autres encore, dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer ici, il résulte qu’en se plaçant dans de bonnes conditions, on peut constater sur les muscles de l’homme que la quantité de chaleur développée par la contraction est plus grande quand le muscle exerce une contraction statique, c’est-à-dire non accompagnée de travail mécanique, que lorsque cette contraction produit un travail mécanique utile. La quantité de chaleur qui disparaît du muscle, quand il produit un travail mécanique extérieur, correspond à l’effet mécanique produit.
La contraction musculaire ne doit donc pas être envisagée (au point de vue de la production de chaleur) comme on l’avait fait jusque-là en physiologie. 11 n’y a que cette partie de l’action musculaire non utilisée sous forme de travail mécanique extérieur qui apparaisse sous forme de chaleur: en d’autres