CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE
dont les produits s’échappent par le poumon et par la peau, et l’on sous-entend la combustion incomplète des éléments qui se séparent de l’économie à l’état d’urée, d’acide urique, de matières extractives de l’urine, d’acides biliaires, etc., produits qui s’échappent par les urines et les fèces. Or, la quantité de chaleur atférente à la formation de ces produits nouveaux (formés aux dépens des matières albuminoïdes) ne se laisse pas aussi facilement saisir par le calcul.
Enfin, et pour les raisons sur lesquelles nous avons appelé l’attention et que nousavons discutées en détail dans le § 165 bis, si la quantité de chaleur dégagée par un animal peut être appréciée d’une manière approximative quand il est à l’état de repos complet, il n’en est plus de même quand il est en mouvement, car la chaleur dégagée dépend aussi et surtout du jeu variable du système musculaire.
Mais, bien que le problème de la chaleur animale ne puisse pas être absolument résolu dans toutes ses parties, il est impossible de ne pas reconnaître aujourd’hui que la production de la chaleur animale est \c résultat des oxydations lentes qui s' accomplissent dans l'organisme.
Ceci posé, et en tenant compte de ces divers éléments, cherchons maintenant à fixer par un chiffre la quantité approximative de chaleur que l’homme normal, dont la température reste sensiblement constante, produit et dissipe en l’espace de vingt-quatre heures.
On peut admettre, en résumant ce qui appartient à la période de repos et à la période d 'activité, et en fondant ensemble dans une moyenne générale tous les résultats obtenus, que l’homme d’un poids moyen de 65 kilogrammes rend environ, par heure, une quantité d’acide carbonique équivalente en poids à 38 grammes. Ces 38 grammes d’acide carbonique renferment, en nombres ronds, 10 grammes de carbone, ou, ce qui est la même chose, ils correspondent à 10 grammes de carbone brûlé. D’un autre côté, pour 38 grammes d’acide carbonique produit, l’homme introduit 33 grammes d’oxygène dans ses poumons. De ces 33 grammes d’oxygène, il y a, en nombres ronds, 28 grammes utilisés à la combustion de 10 grammes de carbone. En supposant que l’excédant d’oxygène est tout entier employé à brûler de l’hydrogène pour former de l’eau, il y a dans le même temps 0sr,6 d’hydrogène brûlé. 11 y a donc, en vingt-quatre heures, 240 grammes de charbon et 15 grammes d’hydrogène brûlés. Il est facile, d’après cela, de calculer la quantité de chaleur produite par cette double combustion.
1 gramme de charbon qui brûle produit une quantité de chaleur capable d’élever de 1 degré de température 8kil,08 d’eau. 1 gramme d’hydrogène qui brûle produit une quantité de chaleur capable d’élever de 1 degré 34kil,5 d’eau. Or, la calorie ou l'unité de chaleur étant la quantité de chaleur nécessaire pour élever de 1 degré de température 1 kilogramme d’eau, il s’ensuit que 1 gramme de charbon dégage, en brûlant, 8cal,08, et 1 gramme d’hydrogène 35cal,5.
Donc 240 grammes de charbon produiront, en brûlant, 1,940 calories, et 15 grammes d’hydrogène donneront 518 calories ; au total, 2,458 calories ou unités de chaleur, ou, en nombres ronds, 2,500. Ce qui revient à dire que la chaleur produite par l’homme, en l’espace de vingt-quatre heures, serait capable d’élever de 1 degré de température 2,500 kilogrammes d’eau ; ou encore, qu'elle serait capable d’élever à la température de l'eau bouillante 25 kilogrammes d’eau à 0°.
Si l’homme produit en vingt-quatre heures une quantité de chaleur équiva-
lente à 2,500 calories, il produira par heure une quantité de chaleur 24 fois moindre, soit 104 calories. Or l’homme ayant un poids moyen de 65 kilogrammes, on peut admettre qu’il produit par heure, et par kilogramme de poids du corps, une quantité de chaleur 65 fois moindre, c’est-à-dire égale à lcaI6.
Cette évaluation de la chaleur produite par heure et par kilogramme de poids du corps permet de comparer plus facilement entre eux les êtres vivants, en introduisant dans la comparaison une mesure commune l.
L’homme, ainsi que nous l’avons vu, possède une température à peu près constante. Les 2,500 calories quJil produit, en moyenne, dans les vingt-quatre heures, ne s’accumulent donc point en lui, mais se dissipent au dehors, au fur et à mesure de leur production, de telle manière que sa température reste à peu près stationnaire.
Le mode suivant lequel l’homme perd incessamment la chaleur qu’il produit est multiple. En premier lieu, comme tous les corps chauds, il a de la tendance à se mettre en équilibre de température avec le milieu ambiant, il perd donc par rayonnement ; en second lieu, le corps, étant au contact d’un milieu généralement moins chaud que lui, perd aussi par le contact; en troisième lieu, l 'évaporation qui se fait constamment à la surface de la peau et des poumons lui enlève aussi de la chaleur ; enfin, les aliments, les boissons surtout, et aussi l’air qu’il respire, possédant généralement une température inférieure à celle du corps, il perd encore de sa chaleur en les échauffant.
Quelle est la part de ces pertes diverses, pour dissiper les 2,500 calories produites en vingt-quatre heures ? 11 est évident que chaque cas particulier présente des conditions spéciales et qu’on ne peut donner que des appréciations très approximatives. Il faut supposer en outre que l’air n’est point saturé d’humidité, que la température de l’atmosphère n’est ni trop basse ni trop élevée, mais d’environ -f- 20°. Or nous allons voir, dans un instant, que les conditions extérieures ont une influence décisive sur la valeur de ces diverses causes de refroidissement, et qu’elles peuvent varier et se suppléer l’une l’autre dans des limites assez étendues. La balance de la chaleur animale dans l’économie, c’est-à-dire le compte comparé de la recette (production de chaleur) et de la dépense (perte de chaleur), ne saurait donc être établie rigoureusement dans tous ses détails, mais seulement dans ses données principales.
M. Helmholtz a établi ce calcul pour un homme du poids de 82 kilogrammes (par conséquent, supérieur à la moyenne). Il évalue la quantité de chaleur produite en vingt-quatre heures par un homme de ce poids à 2,700 calories, qu’il porte en recettes.
Les pertes ou dépenses sont évaluées de la manière suivante :
1° Échaufferaient des aliments et des boissons. 70 calories 3 0/0 de la recette
2° Échaufferaient de l’air expiré 70 — 3 0/0 —
3° Évaporation pulmonaire do 050 grammes
d’eau en vingt-quatre heures 397 — 10 0/0 —
4° Évaporation cutanée, rayonnement, contact. 2.103 — 78 0/0 —
Total égal a la recette 2.700 calories.
i Le chiffre de lcal,0 produite par riiomme adulte par heure et par kilogr. résulte de l’ensemble des recherches de MM. Brunner et Valentin, Gavarret, Scharling, Vierordt, Pettenkofer, Nasse, Ludwig, Kernig. Dans la saison chaude cette quantité est moins élevée que dans la saison froide On peut admettre que dans l’été elle descend à lcal,4 ou à lMl,3 et que dans l’hiver elle monte à l<=ai,9 ou même à 2cal.
Pertes