CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE
Ce tableau montre bien l’importance relative des pertes par l’évaporation cutanée, par rayonnement et par contact quand on les compare aux autres sources de refroidissement. Mais on remarquera que dans l’énumération des dépenses il n’y a point de place pour les pertes de chaleur équivalentes au travail mécanique, et que par conséquent l’homme y est supposé au repos absolu 1.
M. Sénator s’est livré dans ces derniers temps à un grand nombre d’expériences de calorimétrie sur les chiens. Ces animaux sont renfermés dans une caisse qui contient environ 70 litres d’air. Cette caisse est placée dans un bainmarie d’une capacité de 140 litres remplie d’eau à 25°; et ce bain-marie est renfermé dans une troisième enceinte, elle-même entourée de ouate. Les animaux reçoivent de l’air, et on recueille l’acide carbonique et l’eau produite. Les animaux se trouvent par conséquent dans les conditions dans lesquelles ils se trouvent à l’air libre dans la belle saison. Des 26 expériences dont le détail est donné, il résulte que pendant la saison d’été la quantité de chaleur produite par heure et par kilogramme de poids du corps est équivalente à 2cal,53 2.
Sur un même chien à jeun depuis deux jours, la quantité de chaleur produite par heure et par kilogramme de poids du corps a été de 2cal,07; lorsqu’il n’était à jeun que depuis 1 jour elle a été de 2cal,34; mis en expérience 1 heure après un repas copieux elle a été de 3clI,53. Le poids de l’acide carbonique exhalé dans ces diverses expériences a suivi la même progression; il a été par kilogramme de poids du corps et par heure, dans le premier cas, de 0sr,60; dans le second cas, de 0gr,64 ; dans le troisième cas, de 0sr,94.
MM. Mathieu et Urbain ont cherché plus récemment, en tenant compte aussi exactement que possible des divers éléments du problème (c’est-à-dire du poids du chien, de son volume, de sa température prise dans le rectum avant et après l’expérience, delà température extérieure, du nombre de ses respirations, du nombre des pulsations du cœur, des combustions respiratoires), à calculer la quantité de chaleur produite et perdue par heure par un même chien envisagé tantôt à l’état de repos , et tantôt pendant un travail musculaire évalué en kilogrammètres.
Le chien envisagé à l'état de repos , pendant une heure, consommait une quantité connue d’oxygène qui en brûlant dans l’économie les matières azotées et hydrocarbonées (dans le rapport supposé de 7 de carbone à 1 d’hydrogène) correspondait à une certaine quantité de chaleur. Or, en calculant la quantité de chaleur perdue pendant une heure : 1° par réchauffement de l’air respiré ; 2° parle rayonnement; 3° par le contact; 4° par l’évaporation de l’eau exhalée; 5° par la chaleur correspondant au travail intérieur de la circulation (0 kilogrammètre 133 par chaque systole) 3, et de la respiration (0 kilogrammètre 262
1 II est évident que l’homme ou l’animal vivant ne sont jamais à l’état de repos absolu. Sur l’homme ou l’animal au repos le travail mécanique de la circulation et de la respiration produit un effet utile qui correspond à la transformation (à la perte par conséquent) d’une quantité de chaleur qu'en 24 heures on peut évaluer à près do 100 calories. C’est là un élément qui devrait nécessairement figurer dans un tableau complet des dépenses.
2 La proportion de chaleur produite par le chien (par kilogr. et par heure) l’emporte sur celle de l’homme. 11 faut remarquer que le volume du chien est moindre. Les chiens de M. Senator étaient de petite taille, entre 5 et 0 kilogr. Dans les expériences de M. Senator comme dans celles de tous les expérimentateurs (V. plus loin), la quantité d’oxygène consommé, la quantité d’acide carbonique exhalé et par conséquent la quantité de chaleur produite, est d’autant plus grande que l’animal à sang chaud est plus petit. Cette loi a été vérifiée sur les chiens de diverses tailles par M. Senator lui-même.
3 Chez l’homme le travail de chaque systole ventriculaire est évalué par MM. Fick et Wisli-
par chaque mouvement d’inspiration) ; en calculant, dis-je, toutes ces pertes, MM. Mathieu et Urbain arrivent à une balance à peu près exacte.
Sur le chien, envisagé pendant la période horaire durant laquelle il produit un travail utile évalué à 26,004 kilogrammètres 4, la quantité de chaleur perdue comparée à la quantité de chaleur produite s’est trouvée diminuée, d’abord de la quantité de chaleur due à l’élévation de température propre du chien qui avait monté (prise dans le rectum) de 1°,4; et ensuite de la quantité de chaleur correspondante à la valeur du travail utile exécuté 2.
— Toutes les causes qui font varier les proportions de l’acide carbonique exhalé et de l'oxygène consommé, en un temps donné,' font osciller la quantité de chaleur produite.
L’état de jeûne, ou la période digestive, la nature et la proportion des aliments, lesquels fournissent les matériaux de la combustion, ont, sous ce rapport, une influence sur laquelle nous avons déjà insisté (§140). Un même chien, qui après vingt-quatre heures de jeûne produisait 23cal,28 et exhalait 5sr,5 d’acide carbonique en une heure, produisait dans le même temps 350al,43 et exhalait 9sr,5 d’acide carbonique, six heures après un repas copieux, les conditions de température et d’humidité extérieure étant exactement les mêmes (Sénat.or).
Déjà (page 398) nous avons insisté sur les effets de l’ingestion des boissons alcooliques, et signalé parmi ces effets une diminution dans la quantité d’acide carbonique exhalé, toutes les fois que la proportion des boissons alcooliques ingérées (soit sous forme d’alcool, soit sous forme de vin) avait une certaine importance.
De nombreuses recherches fhermométriques ont été faites d’une autre part par MM. Parkes, Riegel,Dogiel, Binz, etc., pour fixer l’influence de l’alcool sur la température animale. Il en résulte que l’ingestion de l’alcool détermine un abaissement de température (mesuré dans le rectum) de 0°,3 à 0°,5 lorsque la quantité ingérée est moyenne, mais qui peut être de 1 degré et même de l°,5 pour des doses massives.
Quand la proportion des boissons alcooliques est peu considérable (50 ou 60 grammes) l’effet maximum a lieu environ deux heures après l’ingestion et disparaît généralement après la troisième heure; quand la quantité est plus forte (150 à 200 grammes) l’action est plus durable. Mais cette action ne se produit guère que sur l’homme à jeun, et au repos. Elle est moins sensible, et peut manquer, quand les boissons alcooliques sont consommées pendant le repas , ou pendant la période du travail, parce que l’abaissement est alors masqué ou même remplacé par l’élévation normale de la température due à ces deux actes.
Nous avons vu, en effet, que la température de l’homme éprouve, dans le cours de vingt-quatre heures, des maxima et des minima qui correspondent non-seulement à l’influence du repos et de l’activité, mais aussi à celle du repas. M. Gierse, qui a pris, à cet égard, les températures sous la langue, a observé que le matin, avant déjeuner, la température étant, dans ce point, de -|- 36°, 8, elle monte à-f- 37°, 1 après déjeuner. La température prise au même
cenus à 0 kilogrammètre, Gt. Le travail accompli par l’homme dans chaque effort d'inspiration est évalué par les mêmes observateurs à 0 kilogrammètre, 63.
1 Ce chien est un animal très vigoureux, du poids de près de 40 livres (exactement 19‘ll,300).
2 Chaque degré de chaleur correspond, ainsi qu’on le sait, par équivalence, à 4‘25 kilogrammètres.