CHAPITRE Y. CHALEUR ANIMALE
Résistance au froid et à la chaleur. — Régulation 1 de la température animale. — Applications. — L’homme vit généralement dans des milieux dont la température est inférieure à sa température propre. Lorsque la température extérieure est très inférieure à la sienne, la production intérieure de chaleur se proportionne dans une certaine mesure aux pertes par rayonnement et par contact qui tendent à lui enlever une grande quantité de calorique. Les expériences de ,M. Letellier, et toutes celles qui ont suivi, ont, en effet, établi de la manière la plus concluante que les quantités d’acide carbonique produites en un temps donné, par un mammifère, sont d’autant plus élevées que la température extérieure est plus basse. Tandis par exemple qu’un cochon d’Inde placé dans une enceinte maintenue entre -j- 30° et -f- 40° exhale par heure lsr,45 d’acide carbonique ; dans un milieu dont la température est comprise entre -f- Io° à -j- 20°, il en exhale 2gr,08, et à la température de 0°, il en exhale 3SL Une souris, qui produisait 0?r,12 d’acide carbonique entre — j— 30 et -j- 40°, produisait 0sr,27 d’acide carbonique à 0° température 2.
A cette production plus forte d’acide carbonique correspond naturellement l’absorption d’une quantité plus considérable d’oxygène. Cette absorption plus grande d’oxygène, par les températures très basses, se trouve d’ailleurs en rapport direct avec les changements survenus dans les propriétés physiques de l’air, qui, sous le même volume, a, dans ces conditions, une densité plus élevée. A la production plus grande d’acide carbonique correspond aussi une consommation alimentaire plus abondante. L’aliment joue, en effet, le rôle d’un véritable combustible intérieur.
Il n’est ici question que de l'influence permanente, ou tout au moins longtemps continuée, d'une basse température, ainsi que cela arrive dans les climats froids ou dans la saison d’hiver. Mais l’application d’une basse température à la sur face du corps peut être instantanée, ou tout au moins renfermée dans des limites de très courte durée, quelques minutes, par exemple, ainsi que cela arrive souvent dans l’emploi de la méthode hydrothérapique.
Les effets observés dans ces conditions spéciales rentrent dans les lois générales de la production et des pertes de chaleur dont les corps vivants sont le théâtre ; mais il est nécessaire d’entrer ici dans quelques explications.
M. Liebermeister et M. Hoppe ont fait, sous ce rapport, un grand nombre d’expériences dont on peut tirer les conclusions suivantes :
La soustraction subite de chaleur, à la surface du corps, c’est-à-dire l’aug-
i Nous employons l’expression de régulation et non celle de régularisation bien que la dernière figure seule dans le dictionnaire de la langue française.
La régularisation est un terme de comptabilité qui ne s’applique guère, en effet, au fait qu'il s'agit de caractériser ici.
Il y a, dans le mécanisme de toute machine, quelque chose qui est destiné à rendre son mouvement régulier, ce quelque chose c'est le régulateur. Nous employons le mot de régulation en ce sens, et comme exprimant la tendance au maintien d’une température déterminée, malgré les variations du milieu ambiant.
- R n’est ici question, bien entendu, que des animaux dits à sang chaud, ou à température sensiblement constante. Chez les animaux à sang froid , tous les observateurs ont remarqué que l'activité vitale et la production d’acide carbonique s'affaiblit avec l’abaissement de la température. Les animaux à sang froid n’ont pas à maintenir une chaleur constante, leur température s’abaisse avec celle du milieu. Le moment de l'énergie musculaire et des combustions importantes ne répond pour eux qu’à la belle saison.
mentation subite des pertes de la chaleur, a pour conséquence une augmentation (rapide aussi) dans la production de chaleur, laquelle se traduit par une élévation de température intérieure. Exemple : lorsqu’un homme est soumis pendant une durée de cinq à sept minutes à l’action d’une eauà-f- 15ou-|- 20 degrés (par conséquent, de 17 à 22 degrés au-dessous de la température du corps), malgré le vif sentiment de froid que le patient éprouve, non seulement le thermomètre placé dans le rectum ou dans l’aisselle ne s’abaisse pas, mais au contraire il s’élève généralement d’une fraction de degré. D’où l’on peut conclure que la production de chaleur augmente en même temps que la perte et se règle sur elle. L’élévation de la chaleur intérieure ne cesse qu’au moment où l’excès de chaleur produite se répand dans le reste du corps et se traduit par le sentiment du retour à la chaleur générale. Un bain de mer à -f- 16 degrés, et de cinq minutes de durée, produit les mêmes effets. Il suffit même de se dépouiller complètement de ses vêtements et de s’exposer à une température de 15 à + 20 degrés pendant quelques minutes, pour observer qu’un thermomètre placé sous l’aisselle s’élève un peu. Le thermomètre descend quand on s’est rhabillé.
On peut conclure, de ces faits, que l’homme plongé pendant un court espace de temps dans un bain à -|- 15 ou -f 20 degrés produit une quantité de chaleur qui l’emporte sur celle qu’il produirait dans le même temps, s’il était plongé dans un milieu à la température de son propre corps.
Quelques-unes des expériences de M. Hoppe sont plus probantes encore . Lorsqu’on a mouillé le pelage d’un chien en le plongeant dans l’eau à la température ordinaire (-J- 15 à — 20 degrés) et qu’on l’expose ensuite librement à l’air, on observe qu’un thermomètre placé dans le rectum s’élève tant que dure l’évaporation. En d’autres termes, la perte de chaleur augmentant (à raison de l’évaporation du pelage mouillé), la production de chaleur augmente aussi et se règle en quelque sorte sur la perte. Quand le poil est devenu sec, c’està-dire quand la cause anormale de refroidissement est supprimée, la production de chaleur diminue et redevient normale, ce qu’indique le thermomètre placé dans le rectum. La production de chaleur en excès est tellement subordonnée à la perte de chaleur due à l’évaporation, que, si l’on enveloppe le chien mouillé dans un sac imperméable de caoutchouc qui s’oppose à l’évaporation, le thermomètre placé dans le rectum n’accuse point d’élévation de chaleur intérieure. Aussitôt qu’on débarrasse le chien de cette enveloppe, on voit la température intérieure s’élever tant que dure l’évaporation, et s’abaisser peu à peu, jusqu’à son niveau normal, quand l’évaporation est terminée.
Dans ces expériences, les élévations et les abaissements de température sont, il est vrai, circonscrits dans de faibles limites (des fractions de degré), mais elles ne prouvent pas moins que la production de chaleur, c’est-à-dire le travail intérieur des métamorphoses de la nutrition, est soumis à l’influence des pertes extérieures de chaleur, et que, par conséquent, la méthode hydrothérapique, envisagée au point de vue de l’application du froid, est une méthode thérapeutique active et rationnelle.
Cette question du froid appliqué à la surface du corps, dans ses rapports avec les pertes et les productions de chaleur, a une trop grande importance au point de vue des applications qui en découlent pour que nous ne résumions pas ici en peu de mots l’état de la question au point de vue expérimental.
M. Liebermeister a été plus loin; il a cherché à apprécier les quantités de