CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
ils nesont pas trop volumineux, ces calculs peuvent se frayer un passage par les voies biliaires et sont souvent expulsés par l’intestin. Dans la plupart de ces calculs (qui n’otfrent que rarement la résistance des calculs urinaires), c’est la cholestérine qui domine. M. Ritter, qui a examiné environ 6,009 échantillons de ces calculs, les range en 8 classes, dont voici le tableau. Dans la première il n’y a guère que de la cholestérine, dans la dernière il n’y en a pas, mais on peut voir, par ce tableau, qu’il y a de la cholestérine dans presque tous, et que dans presque tous aussi c’est la cholestérine qui domine.
CALCULS BILIAIRES (il. E. RITTER)
vm
Cholestérine
Traces.
Matières organiques.
Matières inorgani-
ques. . .
M. Ritter n’a point rencontré dans ces calculs de matières grasses proprement dites.
On peut trouver dans la vésicule biliaire des cadavres humains, et aussi dans celle des animaux, un liquide incolore et filant qu’on a souvent regardé comme du mucus. M. Ritter a montré que cette matière incolore qui contient du mucus, comme il y en a d’ailleurs dans la bile normale, n’est qu’une bile incolore dans laquelle les matières colorantes font défaut. On y trouve, en effet, d’après les analyses de M. Ritter, pour 1000 grammes, 916(à 923 d’eau ; 55,2 à 62,8 d’acides biliaires; 6,8 à 8,9 de cholestérine et de matières grasses; 1,9 à 3,1 de matières organiques; 7,8 à 12,4 de sels inorganiques.
Les principes caractéristiques de la bile, c’est-à-dire les glycocholates et les taurocholates et les matières colorantes de la bile, n’existent, dans l’état physiologique, ni dans le sang de la veine porte ni dans le sang général ; du moins, dans l’état actuel de la science, on n’est pas parvenu à les mettre en évidence. Les autres éléments delà bile existent dans le sang en proportions variables, et on retrouve quelques-uns d’entre eux dans d’autres produits de sécrétion. La cholestérine, les matières grasses et les sels inorganiques de la bile existent en effet dans le sang. L’acide glycocholique, l’acide taurocholique et les matières colorantes de la bile paraissent donc se former dans le foie lui-même. Les grenouilles, qui peuvent survivre pendant plusieurs semaines à l’extirpation du foie, ne présentent pas, non plus, ces principes dans le sang, quand on examine ce liquide au moment où les animaux succombent (Moleschott) .
Le sang de l’artère hépatique, c’est-à-dire le sang artériel qui va au foie, et le sang de la veine porte qui se dirige également vers cet organe, jouentils le même rôle en ce qui concerne les fonctions de la glande ? Est-il vrai, comme on l’a dit, que le sang de l’artère hépatique est surtout destiné aux fonctions de la nutrition de la glande, tandis que le sang de la veine porte serait plus spécialement en rapport avec la sécrétion biliaire ?
Cette question a été de nouveau remise à l’étude. Depuis quelques années, un grand nombre d’expériences ont été tentées sur ce point. Remarquons d’abord que si le sang de la veine porte, en sa qualité de sang veineux,
pouvait jusqu’à un certain point être considéré comme impropre à la nutrition de l’organe, il n’y avait aucune raison plausible pour refuser à l’artère hépatique le rôle que jouent les artères dans toutes les glandes, c’est-à-dire celui d’apporter des matériaux de nutrition et des matériaux de sécrétion.
Rappelons, en premier lieu, le fait rapporté par Abernethy. 11 s’agit d’une jeune fille chez laquelle la veine porte, au lieu de pénétrer dans le foie, se portait directement dans la veine cave inférieure. Le foie ne recevait donc que le sang artériel de l’artère hépatique, et cependant il y avait de la bile dans la vésicule biliaire. D’une autre part, les recueils d’anatomie pathologique renferment un très grand nombre défaits (observations de MM. Wilson, Lawrence, Broc, etc.), desquels il résulte qu’on a vu la sécrétion biliaire persister (non pas toujours d’une manière normale au point de vue de la quantité) après Y oblitération lente de la veine porte.
Fig. 1(1. — Les voies biliaires.
A, canal hépatique ; — B, canal cholédoque ; — C, canal cystique ; — D, vésicule biliaire ; — E, duodénum ; —
F, estomac; — GGG, foie.
Les expériences qui consistent à lier la veine porte n’ont point donné de résultats décisifs. Les animaux meurent peu de temps après l’opération. C’est ce qui nous est arrivé à nous-même, c’est ce qui est arrivé à M. Schiff, à M. Chassagne et à d’autres. M. Oré a tourné la difficulté. Après diverses tentatives infructueuses, il est parvenu, en supprimant peu à peu le cours du sang dans la veine porte, par une compression 'progressivement oblitérante , à conserver un animal vivant pendant 25 jours. La sécrétion biliaire persista.
Tout à fait concordantes avec les faits pathologiques cités plus haut et dans lesquels la circulation de la veine porte avait été peu à peu suspendue (généralement par la compression de tumeurs diverses), les expériences de M. Oré montrent que l’artère hépatique peut, avec le temps, exercer une sorte