CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
de suppléance , mais elles ne nous renseignent pas d’une manière suffisante sur le rôle que jouent dans la sécrétion biliaire d’un animal sain, d’une part le sang de la veine porte, et d’autre part le sang de l'artère hépatique.
Au lieu de procéder à la ligature de la veine porte qui est toujours suivie de mort, M. Schmulewitsch et M. Asp ne lient que l’une des branches de la veine porte à son entrée dans le foie. L’animal peut survivre à cette opération et l’on remarque une suspension de la sécrétion de la bile dans le département du foie correspondant à la distribution sanguine du rameau porte qui a été lié.
Les animaux résistent beaucoup mieux à la ligature de l’artère hépatique. M. Kottmeier et M. Kiithe ont pratiqué cette opération sur un grand nombre de lapins. Le premier a appliqué la ligature sur le tronc de l’artère hépatique. Le second, remarquant que le foie reçoit du sang artériel non pas seulement de l’artère hépatique branche du tronc cœliaque, mais de quelquesuns des rameaux des autres branches du tronc cœliaque, fait porter la ligature sur le tronc cœliaque lui-même. MM. Kottmeier et Kiithe ont constaté qu’à la suite de cette ligature la sécrétion biliaire s’était peu à peu supprimée. Mais il n’en faudrait pas conclure que la veine porte est étrangère à la sécrétion biliaire. Les recherches de MM. Cohnheim et Litten montrent en effet que si le foie dont l’artère hépatique est liée perd sa propriété sécrétante, c’est parce qu’il subit une véritable nécrose, dont on peut surtout étudier les phases en laissant vivre une partie de l’organe, c’est-à-dire en liant seulement un des rameaux de l’artère hépatique. Cette partie du foie, qui reçoit encore le sang de la veine porte, mais qui ne reçoit plus le sang de l’artère, subit une dégénérescence rapide 1.
De toutes les expériences qui ont été tentées jusqu’ici sur le rôle comparé de la veine porte et de l’artère hépatique dans la sécrétion biliaire, celles de M. Rohrig nous paraissent les plus démonstratives. Ces recherches ont été faites sur des chiens et des lapins curarisés, dont on entretenait la vie à l’aide de la respiration artificielle, et dans le conduit hépatique desquels on avait introduit une canule par laquelle on recueillait la hile. Lorsqu’on suspendait à la fois la circulation de la veine porte et celle de l’artère hépatique, à l’aide de la compression, la sécrétion biliaire se suspendait à l’instant. La compression de la veine porte seule la diminuait beaucoup sans la suspendre tout à fait ; la compression de l’artère hépatique seule la diminuait d’une manière insensible. On peut donc dire aujourd’hui, comme on le disait autrefois, que le sang de l’artère hépatique est surtout un sang de nutrition qui fournit aux éléments du foie (tissu conjonctif, canaux biliaires, vasa vasorum de la veine porte, etc.) et que les éléments de la sécrétion biliaire sont plus particulièrement apportés par le sang de la veine porte.
M. Rohrig a, de plus, observé que quand on introduit de grandes quantités d’eau dans l’intestin, ou dans les vaisseaux de l’animal, on augmente la sécrétion biliaire ; on peut la diminuer en pratiquant une saignée à l’animal. La diarrhée naturelle ou provoquée (par un drastique) a paru liée à une sécrétion biliaire active. L’excitation directe des nerfs pneumogastriques et celle
1 Lorsqu'on lie la veine cave au-dessus du point où elle reçoit les veines sus-hcpatiques (ce qui équivaut, en ce qui touche au foie, à la ligature en masse des veines sus-licpatiques) la sécrétion biliaire est à peu près suspendue pendant la survie de l'animal (M. Picard). Cet effet est dû évidemment à Yimmohilisalio. du sang. C'est à peu près comme si on liait les deux vaisseaux afférents du foie, c’est-à-dire à la fois la veine porte et l’artère hépatique.
Béclard, 7e édition. 42
du grand sympathique n’a paru exercer aucune influence sur la sécrétion ; mais le produit d’une digestion artificielle introduit dans l’intestin a exercé sur la sécrétion biliaire une remarquable influence.
Une autre question posée par l’histologie et que la physiologie n’est pas en mesure de résoudre est celle qui touche au lieu précis où s’engendre la bile. Prend-elle naissance dans le réseau initial des canaux glandulaires, ou bien dans l’intérieur des cellules hépatiques ? Le foie produisant à la fois de la bile et du sucre, on a voulu voir dans cet organe deux glandes, confondues en une seule : une glande biliaire composée essentiellement du réseau des conduits glandulaires auquel se trouvent annexées des glandes muqueuses 1, et une glande glycogène composée de l’ensemble des cellules hépatiques.
Il est vrai que les cellules hépatiques paraissent être sans connexion avec le réseau initial des canaux glandulaires, mais ces cellules sont également sans connexion avec le réseau vasculaire sanguin, ce qui n’empêche pas la matière glycogène, devenue sucre, de sortir du foie par les veines sus-hépatiques. Il n’est pas plus difficile de concevoir que la hile engendrée dans les cellules hépatiques s’échappe par les canaux excréteurs du foie.
11 paraît d’ailleurs démontré qu’indépendamment de la matière glycogène qui existe certainement dans les cellules hépatiques on rencontre aussi dans ces cellules des matières grasses, la matière colorante de la bile, et même les acides biliaires .
Dans la bile qui s’écoule par les fistules biliaires on ne trouvepas d’urée ; on ne trouve pas d’urée non plus dans les matériaux de la bile qui s’échappent par l’intestin. Cependant quand on analyse le tissu du foie on y trouve de l’urée, alors qu’on ne trouve cette substance ni dans les muscles, ni dans d’autres tissus. Aussi M. Meissner avait-il été conduit à penser que le foie pouvait être considéré comme l’un des principaux et même comme le principal lieu de formation de l’urée. Les analyses du sang de la veine porte, celles du sang des veines sus-hépatiques, c’est-à-dire du sang que reçoit le foie et du sang qui en sort ont semblé d’abord confirmer cette conclusion. Ainsi M. Cyon trouve dans deux analyses que le sang de la veine porte, qui va au foie, renferme moins d’urée que le sang des veines sus-hépatiques qui en sort. Mais il faut remarquer que si le sang de la veine porte qui procède surtout de l’intestin contient peu d’urée, le sang artériel qui arrive au foie par l’artère hépatique en contient souvent autant que celui qui sort du foie par les veines sus-hépatiques ; par conséquent, le tribut hépatique d’urée est loin d’être constant. D’un autre côté M. Munk, répétant des expériences analogues de M. Gscheidlen, a montré que le foie contient moins d’urée que le sang artériel qu’il reçoit.
Voic'i en effet le résultat de ses analyses faites sur le chien :
i 000 GRAMMES
de sang artériel (art. carotide)
Ier chien 0cr, 533 urée
1 Les glandes muqueuses n’existent pas chez tous les animaux dont le foie sécrète de la bile ; notamment chez les oiseaux.
de la substance du foie
0sr,390 urée 0 ,455 0 ,202 0 ,302