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CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS

se rattache d’ailleurs étroitement à celle de M. Cl. Bernard, caria circulation des petits vaisseaux, c’est-à-dire leur calibre, est réglée par le système nerveux et c’est en définitive à ce système qu’il faut remonter pour expliquer la modification de circulation hépatique.

Les récentes recherches de M. Kültz et de M. Mering qui ont examiné le foie de plusieurs glycosuriques tendent à prouver du reste que les causes du diabète sont très probablement multiples. Chez les uns on n’a trouvé ni sucre ni glycogène dans le foie l, ce qui s’accorde assez bien avec la doctrine deM. Liichsinger; chez les autres, au contraire, on a trouvé beaucoup de sucre et la proportion ordinaire de glycogène.

A côté de la glycosurie engendrée par les modifications de circulation dans le foie, modification qui lui ferait perdre, en tout ou en partie, sa faculté de réceptivité, peut-être y a-t-il lieu de lenir compte d’une lésion nerveuse qui retentit sur l’ensemble des actes nutritifs, d’où résulterait une oxydation incomplète ou tout au moins rallentie de la glycose versée dans le sang.

L’agent de l’oxydation du sucre, comme d’ailleurs de toutes les oxydations qui s’accomplissent dans l’économie, c’est l’oxygène introduit par la respiration.

Beaucoup d’expériences ont été entreprises pour montrer la liaison qui semble exister entre l’apparition du sucre dans l’urine et la gêne plus ou moins prolongée dans l’accomplissement des actes de la respiration. M. Alvaro-Reynoso, M. Rosenstein, ont publié des résultats qui paraissent le démontrer.

Les recherches récentes de M. Dastre témoignent dans le même sens. Des chiens placés en vase clos sont soumis à l’action d’une asphyxie rapide ou d’une asphyxie lente. Pour que l'asphyxie dite rapide puisse être suffisamment prolongée on alterne la respiration ordinaire avec la respiration gênée. Quant à l’asphyxie lente, elle est déterminée par une atmosphère raréfiée (généralement une atmosphère correspondant à 25 centim. de mercure, c’est-à-dire 1/3 d’atmosphère). Il résulte de 26 expériences d’asphyxie dite rapide , que la quantité de la glycose contenue dans le sang.au moment de la mort était la plupart du temps doublée, et que dans l’asphyxie lente la proportion de glycose dans le sang était plus augmentée encore.

Ce qui se passe chez les animaux qui s’endorment du sommeil d’hiver ne doit pas être ici perdu de vue. Chez ces animaux (marmottes, hérissons), pendant le sommeil hivernal, il n’y a que des mouvements respiratoires largement espacés et de faible amplitude. Tous les actes nutritifs sont ralentis, la sécrétion urinaire comme le reste, mais elle n’est pas suspendue; l’urine s’accumule lentement dans la vessie. Or, lorsqu’on va l’y chercher on peut constater qu’elle renferme du sucre. Le foie continue donc à verser dans le sang le sucre formé aux dépens du glycogène qu’il contient, mais l’oxygène de la respiration n’a pas suffi ou n’a suffi qu’incomplètement à l’oxydation du sucre dans l’économie 2.

A l’époque où l’action glycogénique du foie n’était pas connue, et où l’on pensait que tout le sucre qui arrive dans le sang provenait directement de la digestion du sucre ou des féculents, on se flattait de guérir les diabétiques en supprimant dans leur alimentation les matières alimentaires qui se transforment en glycose

1 II est vrai que chez ceux-là la glycosurie avait cessé 24 heures avant la mort.

2 Rappelons ici que l’acide carbonique exhalé par les animaux hivernants est en même temps considérablement diminu,. (voy. § 140).

par les actions digestives. Il est vrai qu’en administrant aux diabétiques du gluten et de la viande, on voit diminuer la proportion de sucre contenue dans les urines, et c’est là un traitement très rationnel, car on supprime ainsi l’une des sources du sucre; mais le traitement, quelque rigoureux qu’il soit, ne fait pas disparaître complètement le sucre de l’urine, les aliments albuminoïdes pouvant aussi engendrer le glycogène. Quelques chimistes (au nombre desquels M. Mialhe) pensentque, quelle que soitlasource du sucre, son oxydation dans l’économie ne peut s’opérer qu’en présence des carbonates alcalins; que dès lors l’accumulation du sucre dans le sang, et par suite son passage dans l’urine, est due au défaut d 'alcalinité suffisante du sang. De là le traitement du diabète par les alcalins . 11 est vrai qu’à la température de l’ébullition, l’addition à la glycose d’alcalis libres métamorphose cette substance en matières ulmiques, qui, par une oxydation plus avancée, se transforment en eau et en acide carbonique; mais, à la température du corps (37°), la glycose n’est pas sensiblement modifiée.

M. Poggiale a démontré, dans une série d’expériences sur les animaux vivants, que la quantité de sucre contenue dans le sang est sensiblement la même, soit qu’ils aient été alimentés avec leur ration ordinaire, soit que cette ration ait été mélangée avec du carbonate de soude. M. Poggiale nourrit un chien durant plusieurs jours avec de la viande. Pendant les quatre derniers jours, il administre chaque fois avec la viande 20 grammes de bicarbonate de soude. Trois heures après le dernier repas, il fait à l’animal trois saignées, l’une à la veine cave inférieure. l’autre aux veines sus-hépatiques, l’autre à l’artère crurale. Il trouve, pour 1000 grammes de sang, 0gr,9 de sucre dansle sang de la veine cave ; 0gr,2 de sucre dans le sang de l'artère crurale ; Igr,3 de sucre dans les veines sus-hépatiques. — Un autre chien est soumis à une alimentation féculente. Pendant les quatre derniers jours, on administre avec la ration alimentaire 20 grammes de bicarbonate de soude. On trouve, pour 1000 grammes de sang, lgr,5 de sucre dans le sang de la veine cave inférieure ; 0gr,4 de sucre dans le sang de l’artère crurale; 2gr,3 de sucre dansle sang des veines sus-hépatiques. — Dans d’autres expériences, où les aliments n’avaient point été additionnés de bicarbonate de soude, les résultats ont été absolument les mêmes.

Le traitement de la glycosurie pour être tout à fait efficace devrait s’adresser à cette disposition du système nerveux qui paraît agir sur la circulation hépatique. Mais, dans l’impossibilité où nous sommes de prendre la maladie à sa source, nous cherchons à l’aborder par les côtés saisissables. Le traitement le plus rationnel et le plus conforme aux données de la physiologie consiste d’une part à supprimer, ou tout au moins à diminuer, dans l’alimentation, la proportion des matières féculentes et sucrées et à lui substituer, autant que possible, les aliments albuminoïdes. D’un autre côté, pour favoriser, autant que faire se peut, 1 oxydation du sucre que le sang conduit dans l’intimité des tissus et particulièrement dans les muscles, l’exercice, c’est-à-dire le travail musculaire progressif (dans la mesure compatible avec la résistance du malade souvent affaibli), sera un puissant adjuvant du régime.

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