CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
du cerveau et dans les diverses enveloppes de la moelle, parties profondément contenues dans un canal osseux résistant.
Dans les extravasations morbides de sérosité qui ont lieu dans les plèvres et péritoine, les obstacles à la circulation veineuse, qui entraînent à leur suite une augmentation anormale de la tension veineuse, en sont souvent la cause déterminante. On comprend aussi qu’une perméabilité anormale des parois vasculaires puisse permettre à la tension du sang de vaincre des obstacles devenus insuffisants.
Les sérosités procèdent de la partie liquide du sang, mais elles ne sontpas le produit d’une transsudation pure et simple. Les membranes séreuses et synoviales exercent une action spéciale par l’intermédiaire de la couche épithéliale qui tapisse leurs surfaces libres. Ce qui le prouve c'est, d’une part, qu’aucun de ces liquides n’est identique avec le sérum du sang, et, d’autre part, qu’aucun d’eux n’est absolument semblable aux autres. Ajoutons que, suivant l’état particulier de la séreuse, le même liquide peut présenter dans l’état normal et dans l’état pathologique de notables différences.
Composition «le in sérosité. — Au point de vue de leur composition, on peut distinguer deux sortes de liquides séreux: 1° les uns sont très rapprochés du sérum du sang : ce sont les liquides séreux proprement dits; 2° les autres diffèrent notablement du sérum du sang, et ne contiennent qu’une très faible proportion de matières organiques. M. Méhu, qui s’est beaucoup occupé des sérosités, propose de désigner ces dernières sous le nom de séroïdes. Le liquide encéphalo-racbidien est le type de ces liquides qu’on rencontre aussi dans beaucoup de collections pathologiques, notamment dans les kystes hydatiques.
11 n’est ici question que des sérosités proprement dites (voy., pour le liquide encéphalo-rachidien, le § 363).
Les liquides contenus normalement dans les plèvres ou dans le péritoine sont en si faible quantité qu’on n’en a fait que rarement l’analyse. La plupart des études chimiques faites sur ces liquides portent sur des humeurs pathologiques. On peut néanmoins considérer comme normale la sérosité recueillie dans le péricarde d’un supplicié, immédiatement après la mort, et dont M. Gorup- Besanez a donné l’analyse.
SÉROSITÉ RECUEILLIE DANS LE PÉRICARDE D’UN SUPPLICIÉ (GoRUP-BeSANEZ) .
Tour 1000.
Eau 955,1
Albumine 24,7
Fibrine 0,8
Matières extractives 12,7
Sels 0,7
Les liquides épanchés dans la plèvre ou dans le péritoine offrent les caractères d’un plasma faiblement alcalin, dans lequel la proportion des matières salines peut être considérée comme sensiblement fixe (de 8 pour 1000 environ), tandis que les matières albuminoïdes (albumine, fibrine, matières extractives) généra-
lement peu abondantes se présentent dans des proportions relatives extrêmement variées.
M. Schmidt et M. Méhu ont examiné un nombre considérable d'épanchements pleurétiques. Ce liquide se coagule généralement par la chaleur et renferme environ 20 pour 1000 d’albumine. Abandonné à lui-même, il se prend ordinairement en une gelée tremblante déterminée par la fibrine qui n’y existe généralement que dans la proportion de moins de 1 gramme pour 1000 (sur 92 liquides examinés par M. Méhu il y avait en général 06r,5 de fibrine pour 1000; 9 fois il y en avait plus de 1 gramme, 1 fois il y en avait lgr,5).
Le liquide de l’hydrothorax conséquence d’une gêne de la circulation (déterminée la plupart du temps par une maladie du cœur) présente la même composition, avec cette différence qu’il y a un peu moins de matières fixes.
Dans le liquide de l'hydrocèle de la tunique vaginale on trouve tous les éléments du plasma du sang, avec cette différence qu’il y a souvent absence complète de fibrine ; quant aux autres matières fixes du sérum elles s’y trouvent dans les mêmes proportions que dans le sang : il arrive parfois même que le liquide de l’hydrocèle renferme davantage d’albumine. M. Schmidt l’avait noté, et M. Méhu l’a souvent constaté. M. Méhu a trouvé de plus dans ce liquide de la cholestérine, parfois jusqu’à 4 grammes pour 1000.
Les liquides épanchés dans l’abdomen présentent une composition analogue aux liquides des plèvres; ils ont généralement une réaction neutre et renferment des matières albuminoïdes en proportions plus faibles (MM. Redtenbacher, Drivon, Méhu). La fibrine y existe généralement, mais elle y présente les mêmes caractères que la fibrine du sang de la veine porte ; elle peut mettre plusieurs jours à se solidifier, de plus elle est molle et friable : elle peut d’ailleurs manquer. Ce liquide est parfois filant et d’un filtrage difficile, ce qui tient à la présence de la mucine. Lorsqu’on sature les épanchements abdominaux à l’aide du sulfate de magnésie il se précipite une matière albuminoïde qu’on désigne sous le nom d'hydropisine, et qu’on regarde comme de l’albumine modifiée.
On a parfois constaté dans le liquide des membranes séreuses la présence de l’urée. Dans tous les cas où ce principe a été aperçu, il y avait en même temps hydropisie, et, par conséquent, état pathologique. M. Marchand et M. Redtenbacher l’ont constaté dans les épanchements péritonéaux. MM. Mülder et Marcet l’ont signalé dans le liquide encéphalo-rachidien. Dans l’analyse de M. Marchand, il y avait jusqu’à 4 grammes d’urée pour 1000 grammes de liquide. Nous avons vu précédemment qu’on peut rencontrer aussi l’urée dans d'autres produits de sécrétion. Dans les cas d’ictère, on a rencontré les matières colorantes de la bile dans le liquide des hydropisies; dans le diabète on y trouve du sucre l.
Le liquide contenu dans les membranes séreuses du cadavre de 1 homme ne représente pas la sérosité normale. Après la mort, le sang s’est coagulé dans ses vaisseaux, il s’est séparé en une partie solide et une partie liquide. La partie liquide, ne contenant plus la substance coagulable du sang (fibrine), est devenue plus aqueuse ; elle s’échappe facilement par imbibition, au travers des tissus, et tend à s’accumuler dans les espaces libres. La sérosité qu’on rencontre dans les membranes séreuses des cadavres (dont l’ouverture ne se fait que 24, 36 ou
* M. Platner a trouvé dans le liquide de l’ascite (en faibles proportions) les gaz acide carbonique azote et oxygène, gaz qu'on rencontre, ainsi que nous l’avons vu, dans le sang et dans 1 urine.