CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
connus sous le nom de corpuscules de Malpighi. Ces corpuscules d’un demimillimètre de diamètre, situés sur le trajet des capillaires artériels, sont comme appendus aux vaisseaux sanguins, mais n’ayant avec eux aucune communication. On peut les observer sur la rate des animaux vivants ou récemment tués. Sur la rate de l'homme, on les aperçoit rarement, parce qu’au moment de l’observation (vingt-quatre heures après la mort) ils ont disparu par décomposition. Sur le cadavre des suppliciés, qu’on peut examiner peu après l’exécution, on constate leur présence avec facilité. Les corpuscules font saillie sur les parois des trabécules de la rate, que les capillaires sanguins sillonnent en tous sens. On n’est pas absolument fixé sur leur véritable nature. Beaucoup de micrographes les regardent comme des ganglions lymphatiques en communication avec des sinus lymphatiques qui engaînent les artérioles et convergent vers le hile de l’organe pour sortir de la rate sous forme de troncs lymphatiques.
Le contenu du réticulum de la rate est demi-liquide et assez complexe. La coloration de ce contenu varie suivant le moment de l’observation : cette coloration dépend de l’état variable du sang qu’il renferme, car c’est au sang qu’il doit sa couleur. Ce sang, plus ou moins modifié, n’est pas placé directement dans le courant de l'ondée sanguine, et il n'est pas immédiatement chassé de l’organe. Le sang extravasé dans les lacunes spléniques y séjourne, au contraire, un temps plus ou moins long; il y prend une couleur violacée particulière, qui lui a fait donner le nom de boue splénique.
Quelles sont les fonctions de la rate? Cet organe n’a point de conduit excréteur ; il reçoit une grande quantité de sang et ne rend guère que du sang. Le système lymphatique (en admettant même que les corpuscules de Malpighi ne sont que des ganglions lymphatiques profonds) y tient peu de place ; il est surtout un organe sanguin. C’est dans le sang qu’il faut chercher l’explication de ses fonctions.
La première question qui se pose est donc celle-ci : y a-t-il une différence appréciable entre le sang qu’apporte l’artère splénique et celui qu’emporte la veine qui sort de la rate ? C’est un problème que ceux qui ont autrefois écrit sur les fonctions de la rate ne pouvaient guère aborder, car la composition du sang n’était pas alors suffisamment connue. Aujourd’hui même il est encore permis de se demander si nos connaissances sur la composition de ce liquide suffisent pour le résoudre complètement.
Dans le cours des années 1846 et 1847, il y a déjà longtemps, nous avons abordé ce sujet obscur. Nos recherches n’ont porté que sur un des principaux éléments du sang sur les globules, et encore, dans nos analyses, nous n’avons pas distingué les globules blancs des globules rouges, car nos dosages étaient faits d’après le procédé d’analyse chimique de M. Dumas, le seul usité à cette époque. 11 n’était donc pas possible de tirer de ces analyses une réponse à la question de savoir si les globules blancs étaient augmentés, diminués, ou en même quantité, dans le sang qui sort de la rate, confondus qu’ils étaient, dans nos dosages, avec les globules rouges.
Dans nos expériences, nous avons pris sur le même animal (chien ou cheval), et au même moment, une certaine quantité de sang dans la veine splénique, et une certaine quantité de sang dans la veine jugulaire. Le sang de la veine jugulaire a été pris comme terme de comparaison, parce que cette veine est superficielle, facile à ouvrir et à fermer, et surtout parce qu’étant proche du cœur,
elle renferme un sang qui vient d’un grand nombre d'organes, et qu’à ce titre le sang qui circule dans son intérieur représente assez bien la composition moyenne du sang veineux. Or, le résultat le plus frappant de ces expériences, c’est la diminution du chiffre des globules du sang dans le sang extrait de la veine splénique. Cette diminution est, en moyenne, de 16 parties de globules. Ainsi, par exemple, quand le sang de la veine jugulaire renferme 150 grammes de globules pour 1000 grammes de sang, le sang de la veine splénique n’en a que 136. On remarque, d’une autre part, que plus le chiffre des globules est élevé d’une manière absolue dans le sang de l’animal en expérience, plus la diminution de ces mêmes globules est grande dans le sang qui revient de la rate; et réciproquement, moins la quantité absolue des globules est forte, moins est grande leur diminution dans le sang de la veine splénique.
Lorsqu’au lieu de comparer le sang de la veine splénique au sang de la veine jugulaire, on comparait le sang de la veine splénique au sang de l’artère splénique, la différence était encore plus prononcée. En effet, dans une autre série d’expériences, nous avons constaté que le sang de la veine jugulaire était un peu moins riche en globules que le sang artériel. C’est même pour cette raison que, dans nos expériences, nous n’avons pas, tout d’abord, comparé le sang de la veine splénique au sang {le l’artère splénique; car à supposer que le sang de la veine splénique ne différât du sang de l’artère splénique que dans les mêmes proportions que le sang de la veine jugulaire ou de la veine crurale diffère du sang de l’artère carotide ou de l’artère crurale, cela ne nous eût rien appris sur ses caractères spéciaux, en tant que sang splénique. 11 fallait comparer le sang qui revient de la rate au sang veineux général , pour mettre en relief l’action propre de la rate.
En somme, ces analyses prouvent qu’il disparaît de la rate une certaine quantité de globules, mais cette diminution, qui porte sur l’ensemble des globules, n’a rien de contradictoire avec une augmentation des globules blancs.
Les globules blancs, en effet, sont en très faible proportion dans le sang (1 globule blanc pour 1,000 globules rouges, Hayem), et on conçoit aisément qu’alors même que le chiffre général des globules s’est abaissé par la diminution des globules rouges, le sang qui sort de la rate puisse contenir plus de globules blancs que celui qu’elle reçoit. Il suffit pour cela que la destruction des globules rouges l’emporte sur la production des globules blancs.
Les recherches microscopiques de M. Kôlliker sur la boue splénique, en confirmant les conclusions de notre travail, ont montré, en outre, que la boue splénique pouvait être envisagée, en partie du moins, comme des amas de globules rouges à des périodes diverses de destruction. M. Moleschott, dans des expériences sur les grenouilles, a constaté pareillement que l’excision de la rate était suivie de l’accumulation des globules rouges du sang dans le système circulatoire.
M. Gray est arrivé aux mêmes résultats, c’est-à-dire qu’il a constaté la diminution des globules dans le sang qui revient de la rate. 11 a trouvé, ainsi que nous, que cette diminution était proportionnelle à la richesse du sang en globules. L’inanition, qui diminue la proportion des globules rouges du sang, diminue pareillement l’action destructive de la rate; cette action peut même alors être réduite à zéro, tandis que la diminution des hématies dans le sang de la