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CHAPITRE VII. NUTRITION

ment par une substance osseuse, mais seulement par des adhérences fibreuses, d’où résultent de fausses articulations, cela tient à la difficulté de maintenir l’immobilité absolue de l’os dans l’intérieur du membre fracturé, pendant le travail de la consolidation. Lorsque la résection d’une portion d’os long, ou même lorsque l'extraction complète d’un os long a lieu sur un membre pourvu de deux os, l’os restant maintientles parties en rapport comme une sorte d’attelle naturelle, et l’os réséqué ou même enlevé en totalité se régénère. C’est ain-si que le péroné, enlevé en totalité sur le chien, peut se reformer. 11 en est de même d’une côte, les autres éléments osseux de la cage thoracique maintenant les rapports généraux des parties. Ces régénérations sont subordonnéesà laprésence des ostéoblastes.

Les recherches de M. Ollier ont confirmé de tous points les faits signalés par M. Heine, lesquels avaient été plus d’une fois contestés. M. Ollier a prouvé plus encore. Il a montré qu’en enlevant sur un jeune animal vivant, ou récemment tué, un os en voie de développement, on pouvait prendre cet os, l’introduire dans les tissus vivants d’un autre animal de la même espèce, dans l’épaisseur des muscles ou sous la peau, et que les phénomènes d’ossification continuent dans le milieu nouveau dans lequel on l’a transplanté. Une seule condition est nécessaire pour la réussite de l’expérience, c’est que l’os ait conservé son périoste, c’est-à-dire la couche de cellules, ou ostéoblastes , qui la tapisse à l’intérieur. M. Ollier a constaté un fait plus remarquable encore: c’est qu’en introduisant le périoste frais d’un os, en le greffant, pour ainsi dire, sous la peau ou dans les tissus de l’animal vivant, ou d’un autre animal de la même espèce, cette membrane est capable, à elle seule, de former dans le point où elle a été déposée un os ayant quelque ressemblance avec celui qu’elle recouvrait ; de simples fragments du périoste introduits dans les tissus peuvent donner naissance à la substance osseuse. Dans les cas dont nous parlons, l’os avec son périoste, ou le périoste qui entraîne une couche d’ostéoblastes, se sont reliés au système vasculaire des parties adjacentes par des capillaires nouveaux. Ces intéressantes recherches, fertiles en applications, ont déjà produit dans la pratique chirurgicale de remarquables résultats.

On rencontre parfois, dans les tissus, des ossifications accidentelles; mais, la plupart du temps, on désigne sous ce nom des productions qui n’ont avec les os d’autres ressemblances que l’aspect et la dureté et qui sont simplement constituées par des dépôts amorphes de sels calcaires. Les véritables ossifications, celles qui ont la structure des os (c’est-à-dire celles qui sont pourvues de corpuscules osseux ou cellules osseuses), ne se montrent que sur les os euxmêmes, ou dans les tendons d’insertion des muscles, aux points où ces tendons viennent s’insérer aux os, ou encore dans les cartilages anormalement envahis par l’ossification.

— Parmi les tissus susceptibles de reproduction, nous signalerons encore le cristallin. Des faits nombreux tendent à établir que, sur les animaux et aussi sur l’homme, la lentille cristalline peut se régénérer, à la condition toutefois que la capsule cristalline n’ait pas été détruite ou enlevée.

— Les autres tissus de l’économie ne réparent leurs pertes qu’autant que celles-ci sont peu étendues, et encore, la plupart du temps, le tissu de régénération n’est pas identique avec le tissu primitif. Le tissu de régénération ou de cicatrice, qui rétablit la continuité des parties, offre dans les divers tissus des

caractères à peu près semblables (c’est un tissu fibreux plus ou moins dense). Lorsque l'ablation du tissu est étendue, la perte de substance n’est même qu’incomplètement comblée par le tissu de cicatrice.

Le tissu cartilagineux ne se reproduit pas quand il a été détruit par les maladies, ou quand on l’a enlevé artificiellement, dans un but d’expérience.

Les solutions de continuité des cartilages se soudent entre elles par la formation d-’un tissu de cicatrice ou tissu fibreux extrêmement dense et serré, ainsi que l’ont démontré les recherches de MM. Broca et Redfern. La cicatrice ne s’opère d’ailleurs que dans les fragments en contact, et le tissu de cicatrice ne forme qu’une couche adhésive de peu d’épaisseur, qui n’offre jamais les caractères du cartilage proprement dit. Dans quelques cartilages (cartilages des côtes par exemple), le tissu fibreux des cicatrices du cartilage devient souvent le siège d’ossifications.

— Le tissu musculaire détruit ne se reproduit point. Lorsqu’un muscle est coupé en travers dans sa partie charnue, les lèvres de la solution de continuité ont, en vertu de la tonicité musculaire, une tendance naturelle à l’écartement. Cet écartement se remplit de plasma, qui fournit les éléments du tissu de cicatrice. Tout muscle divisé par un instrument tranchant ressemble, après la réunion, à un muscle digastrique. La cicatrisation d’un muscle n’entraîne, quand elle est complète, aucune altération notable de fonction, à moins que le tissu intermédiaire de nouvelle formation ne contracte des adhérences avec les parties osseuses voisines, ou que, la perte de substance étant considérable, le tissu nouveau ne comprenne une grande étendue du corps du muscle.

— Les pertes de substance du système nerveux central ne se reproduisent pas. Les plaies qui intéressent les nerfs sont suivies d’accidents relatifs à la sensibilité et au mouvement des parties dans lesquelles ces nerfs répandent leurs filets. Lorsque les nerfs sont simplement divisés, les bouts en.contact se réunissent par cicatrice. Cette cicatrice, un peu renflée, est formée en majeure partie d’un tissu conjonctif condensé. Au bout d’un temps assez long (plusieurs mois), on aperçoit dans l’intérieur de la cicatrice quelques fibres nerveuses (tubes nerveux primitifs) qui deviennent de plus en plus nombreuses et les fonctions du nerf se rétablissent peu à peu. La cicatrice entre les deux bouts d’un nerfdivisé s’opère encore lorsque les extrémités sont peu éloignées l’une de l’autre. La cicatrice, d’abord allongée, se rétracte peu à peu : des tubes nerveux se forment dans son épaisseur, et la fonction du nerf se rétablit. Lorsque la solution de continuité .est de plus de 2 ou 3 centimètres, il est rare que les deux bouts du nerf divisé se réunissent ; ils se cicatrisent isolément, sous forme de bourrelet, et les fonctions du nerf sont à jamais abolies.

Le rétablissement de la circulation du sang (par formation de vaisseaux capillaires nouveaux servant d’intermédiaire aux vaisseaux des deux parties séparées) est évident dans les cas assez nombreux où le nez et les oreilles, complètement séparés du corps, ont pu être réappliqués sur le point de séparation, et reprendre leur vitalité. C’est par formation de voies circulatoires nouvelles que les lambeaux autoplastiques adhèrent aux parties dénudées sur lesquelles on les applique. Mais si la formation des capillaires intermédiaires rétablissant la communication vasculaire des parties est incontestable, il est plus douteux que des artères d’un certain volume aient pris naissance de toutes pièces dans des points où il n’existait pas de vaisseaux auparavant, ainsi qu’on l’a cru voir quelquefois.

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