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CHAPITRE VII. NUTRITION

aux dépens des matières albuminoïdes et se traduire sous forme de tissu adipeux.

La formation de la graisse aux dépens des albuminoïdes, qui apparaît comme la conséquence forcée de beaucoup d'observations, peut être facilement démontrée par l'expérience suivante que j’emprunte àM. Hoffmann. On prend des larves de mouche ( Musca carnaria) au moment où elles viennent d’être déposées (elles abondent en été dans tous les lieux ou il y a de la chair morte). On les place sur une substance albuminoïde pauvre en matières grasses, du sang coagulé par la chaleur ou du blanc d'œuf cuit. Au bout de quelques jours, quand les vers se sont développés on les traite par l’éther et on trouveen eux dix fois autant de matières grasses neutres qu’il y en avait dans les œufs et dans la nourriture L

La formation de la graisse paraît donc s’accomplir dans l’économie suivant des procédés divers.

La graisse qui s’accumule sous la peau, indépendamment de ce qu’elle constitue une réserve, protège encore le corps contre le refroidissement, à cause de ses propriétés peu conductrices. 11 est remarquable que les causes qui augmentent les oxydations de nutrition (par conséquent la production de chaleur animale) diminuent en même temps la couche graisseuse sous-cutauée, et que celles, au contraire, qui diminuent les combustions, augmentent la couche mauvaise conductrice.

Reproduction des tissus. — La régénération des tissus et le mouvement de nutrition sont dans une corrélation étroite. On pourrait même, sans doute, conclure, dans une certaine mesure, des phénomènes de régénération des tissus aux phénomènes de la nutrition proprement dite. Nous ne parlons ici ni du développement des animaux inférieurs, qui apparaissent dans les infusions organiques, ni de la régénération de certaines parties du corps plus ou moins étendues, et avec tous les tissus qui les composent (pattes d’écrevisses, queues de tritons, de salamandres, de lézards, etc.). L’homme et les mammifères ne présentent rien de semblable.

— Les tissus de l'homme qui se régénèrent le plus facilement et le plus rapide-

i M. Voit suppose que sous l’influence du travail de la nutrition les albuminoïdes peuvent se dédoubler, d’une part, en graisse, et d’autre part en urée qui retient tout l’azote.

M. Voit va plus loin, il suppose que la totalité de la graisse qui s’accumule dans les tissus de l’animal provient du dédoublement des matières albuminoïdes et que les hydrates de carbone auraient surtout pour office de protéger par leur oxydation plus facile le dépôt adipeux engendre par les métamorphoses des albuminoïdes. Il y a cependant dans les expériences de MM. Peitenkofer et Voit un certain nombre de résultats qui déposent contre ces conclusions. Ainsi, par exemple, des chiens longtemps nourris avec de la viande et de la graisse ont retenu une quantité de carbone très supérieure il celle qui correspond à la viande consommée, ce qui prouve qu’outre la graisse qui a pu prendre naissance aux dépens de l’aliment albuminoïde, une partie de la graisse de la nourriture a été elle-même fixée dans les tissus.

M. Hoffmann, après avoir prouvé que la graisse peut être engendrée aux dépens des substances albuminoïdes, a institué d'autres expériences qui prouvent que les graisses de l’alimentation peuvent concourir aux dépôts adipeux des tissus. Partant de ce fait d’expérience, souvent vérifié, qu’un chien vigoureux qui peut résister longtemps à l’inanition perd si complètement sa graisse qu’on n’en trouve plus guère que 40 grammes dans tous ses tissus, il place un chien dans ces conditions, et quand il est près de succomber il l’alimente avec précaution, en ayant soin de lui donner une alimentation aans laquelle la graisse est très abondante et la matière albuminoïde (chair musculaire) beaucoup moins. Un pareil chien mis à mort au bout d’un certain temps renferme dans ses tissus une quantité de graisse qui est telle qu’elle dépasse de beaucoup celle qui aurait pu s’engendrer aux dépens de la fibrine musculaire qu’il a consommée. Si donc la graisse a pu s’engendrer en partie par le dédoublement de l’aliment albuminoïde, une autre partie, la plus grande, n’est autre que la graisse alimentaire.

ment sont les tissus qu’on peut appeler embryonnaires, c’est-à-dire qui ne dépassent pas la phase de la cellule, ou phase primordiale ; tels sont l’épiderme, les ongles, les poils. L’épiderme enlevé par les vésicatoires se renouvelle autant de fois qu’on le veut, et la coupe périodique des ongles et des cheveux est l’indice non équivoque d’une régénération permanente. Les pertes de substances peuvent être très étendues, ou poussées jusqu’à la destruction complète; la régénération n’en a pas moins lieu. Un ongle arraché repousse, et des brûlures qui ont détruit l’épiderme d'un membre entier ou de parties plus ou moins étendues du corps sont réparées (lorsqu’elles n’entraînent point la mort des individus) par une révivification complète de l’épiderme.

Les tissus épidermiques (y compris les ongles et les poils) sont les seuls qui se régénèrent complètement dans leur totalité et à, tous les moments de la vie. Il est vrai que ces tissus sont essentiellement constitués par les éléments embryonnaires du développement.

— Les os sont, de tous les autres tissus, ceux qui réparent le plus complètement et le plus largement leurs pertes de substance.

Dans les solutions de continuité (fractures), les extrémités fracturées se réunissent par une cicatrice osseuse, qui a d’abord des caractères particuliers, mais qui, plus tard, ressemble à la substance osseuse elle-même. Pour que la consolidation ait lieu, les deux extrémités de l’os fracturé doivent être maintenues, autant que possible, en contact. Cependant, la formation delà cicatrice osseuse peut encore s’opérer quand l’écartement n’est pas porté trop loin. Dans la consolidation des fractures, les matériaux delà consolidation ou de la régénération osseuse sont fournis par les éléments de la moelle des os. Ces éléments, qu’il ne faut pas confondre avec les cellules adipeuses de la moelle, représentent les éléments de l’os embryonnaire pendant toute la période du développement : ce sont les médullocèles et les ostéoblastes. Quand l'ossification est complètement terminée les médullocèles s’atrophient et la moelle de l’os devient grasse et jaunâtre, les ostéoblastes ne se rencontrent plus guère qu’à la surface de l’os, sous le périoste. Quand l’os est malade, ou quand l’os fracturé va se reconstituer dans la solution de continuité, les éléments prolifèrent à la fois dans le canal médullaire, dans les cavités de l’os (canalicules de Havers), sous le périoste, et les phénomènes de l’ossification se produisent identiques à ceux qui ont préludé à la formation de l’os (voyez plus haut). L’os ancien n’y prend aucune part. Les vaisseaux apportent le plasma nourricier dans lequel les ostéoblastes (qui sont sans doute les médullocèles transformés) puisent les matériaux de leur activité.

On remarque parfois la régénération de fragments beaucoup plus considérables d’os. Lorsque, par suite de maladies des os, des parties même assez étendues du corps de l’os se séparent sous forme de séquestre, des productions osseuses de nouvelle formation viennent remplacer les portions éliminées. Généralement, ces parties nouvelles sont un peu différentes des parties qu’elles remplacent ; mais, bien que moins régulières que les segments osseux dont elles tiennent la place, elles en ont la structure, la forme, et peuvent en remplir les fonctions.

Dans des recherches pleines d’intérêt, M. Heine a montré que la régénération des os peut s’accomplir dans des limites très étendues, et que, si les fragments des os notablement écartés les uns des autres ne se réunissent pas ordinaire-

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