INANITION ET ALIMENTATION INSUFFISANTE
Des effets «le l’inanition sur les organes et les tissus. — La privation des aliments peut être supportée pendant un assez long temps par les animaux à sang froid, et aussi par les mammifères plongés dans le sommeil hibernal. Mais, chez l’homme, le besoin des aliments est plus impérieux, et il périt généralement au bout d’une semaine, quand il est soumis,à l’abstinence complète.
Les enfants succombent plus promptement que les adultes à la privation des aliments. Rappelons que, chez les enfants, la production d’acide carbonique (c’est-à-dire les combustions de nutrition) est plus considérable, eu égard à leur masse, que chez les adultes et que cette production plus grande d’acide carbonique est en rapport avec la chaleur animale et les causes de refroidissement (§§ 166 et 167). Il en est de même pour les jeunes animaux, comparés aux animaux adultes, et pour les petits animaux comparés aux grands.
L’époque de la mort par abstinence est très variable. Elle dépend de conditions multiples. Cette époque varie suivant l’âge, l’état de maigreur ou d’embonpoint, la température extérieure, etc. On a vu des hommes mourir de faim après quatre jours d’inanition; d’autres ont survécu huit jours, dix jours, et même quinze jours. Ces derniers faits sont des exceptions rares : on ne les a observés que sur les individus chez lesquels les pertes de chaleur et les pertes par exhalation et par sécrétion étaient diminuées par le séjour au Ut et le repos absolu.
La mort par inanition est plus lente chez les individus qui continuent à boire de l’eau, tout en se privant d’aliments solides. Les pertes liquides qui s'opèrent incessamment par les diverses voies d’excrétion (urine, évaporation cutanée et pulmonaire) étant en partie réparées, le sang conserve plus longtemps la quantité d’eau nécessaire à la circulation.
1 Le développement, de toutes pièces, des vaisseaux capillaires dans les tissus nouveaux, est un fait surabondamment démontré. Les capillaires nouveaux, formés au sein du tissu pathologique par un mode analogue à celui du développement primitif du tissü vasculaire dans l’organisme en voie de développement, ces capillaires nouveaux, une fois formés, se relient avec les petits vaisseaux des parties vasculaires voisines, et établissent la communication du tissu nouveau (la plupart du temps de la nature du tissu conjonctif) avec les voies de la circulation générale.
La cicatrisation des canaux excréteurs divisés s’opère fréquemment aussi, à la condition que les extrémités séparées se trouvent en contact immédiat, ou qu’on les maintienne ainsi par des procédés appropriés. On observe souvent le rétablissement de la continuité des canaux excréteurs, à la suite des ligatures faites sur ces canaux, dans un but d’expérience. Dans ces conditions, les tuniques du canal se tuméfient par un travail inflammatoire. Les bourrelets qui débordent de chaque côté de la ligature s’adossent, s’accolent et se réunissent par-dessus la ligature qu’ils emprisonnent. La partie du canal étranglée par la ligature finit par se diviser, et la continuité du canal se rétablit.
Béclard, 7e édition.
L’inanition entraîne, chez l’homme, des désordres nombreux, qui se traduisent dans les divers systèmes organiques de l’économie, et s’accompagnent de troubles du côté du système nerveux, caractérisés par des hallucinations, parla perte plus ou moins complète du sommeil, par des périodes d’excitation qui peuvent aller jusqu’au délire, suivies de périodes d’abattement et de stupeur.
Le résultat plus constant de l’inanition, c’est la diminution graduelle du poids du corps. M. Chossat et M. Strelzoff, qui ont fait un grand nombre d’expériences, le premier sur des pigeons, des tourterelles, des poules, des cochons d’Inde et des lapins, le second sur des chats, sont arrivés à ce résultat, savoir : que l’animal succombe lorsqu’il a perdu 30 pour 100, c’est-à-dire le tiers de son poids initial.
La perte en poids d’un animal qui succombe à l’inanition est sensiblement la même chez les animaux à sang froid (serpents, tortues, grenouilles). M. Chossat avait déjà fait cette remarque, que les recherches plus récentes de M. Jones ont complètement confirmée. Il n’y a d’autre différence que la durée de la vie, beaucoup plus longue chez ces derniers, et cela se conçoit aisément. Ces résultats ne manquent pas d’importance, et, comme ils se produisent constamment les mêmes sur les animaux à sang chaud et sur les animaux à sang froid, il est permis de les appliquer à l’homme. Plusieurs influences peuvent modifier les chiffres que nous venons d’indiquer. Parmi ces influences, le degré d 'obésité et l'âge tiennent le premier rang. Les animaux très gras peuvent perdre, avant de succomber, plus de la moitié de leur poids ; et cela se conçoit, puisque le tissu adipeux disparaît à peu près complètement, quand les aliments font défaut. Quand les très jeunes animaux succombent ils ont ordinairement perdu moins du tiers de leur poids initial, parce qu’ils résistent moins longtemps.
La diminution du poids du corps est progressive. Cependant elle est généralement plus forte au commencement et à la fin de l’expérience. La plus grande diminution de poids au début tient surtout à ce que, le premier jour d’abstinence, l’animal expulse le résidu de l’aliment ingéré la veille. La plus grande diminution de poids vers la fin de la vie coïncide avec une augmentation plus ou moins grande des excrétions intestinales, allant jusqu’à la diarrhée colliquative.
Chaque organe, ou plutôt chaque tissu, ne concourt point, dans les mêmes proportions, à la perte en poids du corps. Les deux tissus qui perdent le plus, c’est-à-dire qui fournissent le plus de matériaux aux oxydations nécessaires à l’accomplissement de la vie de l’animal à l’inanition, sont en première ligne le tissu adipeux, et en seconde ligne le tissu musculaire. Au moment de la mort, le système adipeux a généralement disparu. La plupart du temps on n’en découvre plus trace. Le système musculaire est réduit du tiers ou de la moitié. Ce résultat est important, car il prouve, ainsi que nous l’avons mentionné plus haut, que ces deux tissus sont ceux dans lesquels les phénomènes de nutrition (composition et décomposition) sont les plus actifs; il prouve aussi que l’alimentation et le régime bien dirigé doivent avoir prise sur ces deux tissus, et qu’on peut les modifier dans une certaine mesure et dans un but déterminé.
Le sang, fournissant les matériaux oxydables de nos tissus ainsi que l’eau des sécrétions et des exhalations, se consume pendant l’inanition. Lorsque l’animal succombe, ce liquide a perdu généralement le tiers de son poids.
Il ne faut pas oublier que le corps a perdu aussi, au moment de la mort, le tiers de son poids. Par conséquent le sang conserve avec le corps, et toute la vie