CHAPITRE VII. NUTRITION
durant, son rapport proportionnel. C’est un fait que MM. Valentin, Heidenhain, Panum ont également constaté. D’après les recherches de M. Panum (méthode du dénombrement par numération), la proportion des globules reste, il est vrai, la même dans le sang à toutes les périodes de l’inanition. Le nombre absolu des globules n’en a pas moins diminué dans le sang, puisqu’au moment de la mort la masse du liquide sanguin a diminué d’un tiers.
La rate et le foie diminuent aussi notablement de poids; il est probable que cet effet est dû à la diminution du sang contenu dans la première, et à la diminution de la bile sécrétée dans le second. Les autres tissus, tels que les os, le tissu nerveux, les tissus conjonctif, fibreux, cartilagineux, etc., n’ont que très peu perdu de leur poids.
Les recherches de M. Valentin sur le sommeil d’hiver des marmottes (sommeil pendant lequel les animaux ne prennent aucune nourriture et vivent aux dépens de leurs tissus) ont conduit cet habile observateur à des résultats qui ont beaucoup d’analogie avec les précédents. Au moment où le sommeil hibernal va cesser, la marmotte a moyennement perdu 30 pour 100 de son poids. De même, les divers tissus de l’animal ne concourent point également h cette perte. La graisse a à peu près complètement disparu ; le système musculaire a perdu près de la moitié de son poids ; le squelette a perdu, mais peu ; le cerveau et la moelle sont restés intacts.
Il ne faut pas oublier que, pendant l’inanition, la proportion des globules du sang diminue peu à peu. Le médecin ne doit jamais perdre de vue que, dans les maladies où la diète est observée, la diminution des globules du sang marche silencieusement de pair avec les autres altérations morbides.
Il est probable (mais non encore suffisamment démontré) que les matières désignées sous le nom de matières extractives augmentent dans le sang pendant la période d’inanition.
Influence île l’inanition sur les diverses fonctions. — L’homme OU l’animal à l’inanition continuent à expirer de l’acide carbonique et de la vapeur d’eau par le poumon et par la peau, à rendre par l’intestin les principes de la bile, et à émettre de l’urine par les voies urinaires. Ils consomment leur propre substance ; on peut dire que tous les animaux sont autophages pendant la période d’abstinence.
Les mouvements respiratoires deviennent plus lents, à mesure que l’abstinence se prolonge. Vers la fin, la respiration s’accélère et devient haletante, il est vrai, mais la quantité d’acide carbonique exhalé va en diminuant.
La circulation suit les mêmes phases que la respiration. Le pouls s’affaiblit, ainsique le choc du cœur contre les parois thoraciques. Plus tard, le pouls devient filiforme, presque imperceptible. La fréquence du pouls est d’ailleurs assez variable : tantôt le chiffre des pulsations s’abaisse considérablement, tantôt on voit leur fréquence persister jusqu’au dernier soupir.
L’abstinence est accompagnée par un redoublement d’activité de l’absorption. L’absorption, en effet, puise dans les tissus (surtout dans les tissus adipeux et musculaires) les matériaux de la régression1.
1 M. Struve a observé chez les malades soumis au traitement par l’abstinence, que les produits morbides disparaissent. Les bords calleux des vieux ulcères s’affaissent, les éruptions pâlissent, etc.
Parmi les phénomènes qui accompagnent l’abstinence, l’un des plus importants est l’abaissement graduel de la température, depuis le commencement de l’abstinence jusqu’à la mort. Quand le combustile diminue dans le foyer, le feu devient moins actif. Ce décroissement continu de la température a été noté sur l’bomme, et M. Cbossat a examiné ce point de physiologie avec un soin tout particulier, sur les animaux à sang chaud.
11 a trouvé qu’il y avait en moyenne un abaissement de 3 degrés par jour. Le dernier jour de la vie, le refroidissement prend subitement un accroissement assez considérable, et enfin l’animal meurt généralement quand sa température s’est abaissée à -f- 25° et même à -j- 20°, c’est-à-dire quand il a perdu 15 à 18 degrés de température. 11 est remarquable que c’est à ce degré d’abaissement que la mort arrive quand les animaux sont plongés dans des mélanges réfrigérants (voy. § 164).
Pendant l’inanition, la résistance au froid est diminuée chez les animaux : les différences de température extérieure retentissent plus directement sur leur température propre. Des animaux convenablement nourris présentent, par exemple, entre leur température de midi (température de l’activité) et celle de minuit (température du repos) seulement unedilférence moyenne de 0°,4 à 0°,5 en moins pour l’heure de nuit. Les mêmes animaux à l'inanition présentent, en moyenne, une différence de plus de 2 degrés, et l’oscillation est d’autant plus étendue que l’inanition est plus avancée.
Les sécrétions sont, pour la plupart, diminuées pendant l’abstinence. La salive, l’urine1, le suc gastrique, la sécrétion du lait, sont dans ce cas. L’exhalation de l’eau et des gaz par les voies pulmonaires et cutanées, soumise à l’influence des lois physiques, persiste, au contraire, et c’est celle qui entraîne principalement le dessèchement et la perte en poids du corps.
L’abstinence prolongée détermine dans le tube digestif des modifications signalées par tous les observateurs. L’estomac se rétracte peu à peu et diminue de volume; on l’a vu n’avoir plus que le volume d’une anse du gros intestin. Lorsqu’on donne des aliments à un animal déjà affaibli par une abstinence prolongée, la totalité des aliments qu’il avale n’est généralement pas digérée parce que la sécrétion du suc gastrique est tarie ; les aliments, s’ils sont trop abondants, ne sont même pas conservés dans l’estomac qui s’en débarrasse par le vomissement. L’bomme qui a été soumis à l’abstinence ne doit donc revenir que graduellement et avec des précautions très grandes à une alimentation normale. Pour digérer, il faut du suc gastrique, et, pour fournir les éléments du suc gastrique, il faut que le sang présente certaines conditions de composition que l’inanition lui a enlevées.
C’est dans des cas d’épanchements divers, que la diète peut fournir à la thérapeutique des secours précieux ; mais, pour les mêmes motifs, une diète rigoureuse pourrait ne pas être sans danger, s'il existait dans quelque partie du corps un foyer de mauvaise nature.
* MM. Bidder et Schmidt ont dosé sur un chat à l’inanition la proportion de l’urée évacuée avec l’urine dans les 24 heures. Ce qui ressort de ces analyses, c’est que cette quantité diminue dès le premier jour et se maintient à peu près constante jusqu’à la fin. Il semble que la ration alimentaire fournie par les tissus de l’animal à l’inanition est sensiblement égale chaque jour. Le chat sur lequel a porté l'expérience émettait chaque jour, dans l’état de santé et avec une bonne nourriture, 3 grammes d’urée par kilogramme de poids du corps. Au bout de 24 heures de jeûne il émettait en 24 heures et par kilogramme de poids du corps 2e, 3 d’urée, le quatrième jour d’inanition 2B,2, le treizième jour 2S,2, le quinzième jour 2S,1.