‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 51 sur 429 · INTESTINAL DE CHIEN · texte numérisé non relu

INTESTINAL DE CHIEN

(Thiry.) 1

Eau

Matières organiques solubles.

Mucus et matières organiques insolubles. . . .

Matières grasses

Eau

Eau

Matières organiques. ........

Sels

Matières organiques

Sels ...

Matières organiques

Sels,

Action du suc intestinal. — Quelques auteurs ont contesté au suc intestinal toute action digestive ; d’autres, guidés par l’analogie et non par l’expérience, qui a fait longtemps défaut, lui ont attribué le pouvoir de compléter l’action du suc gastrique sur la masse alimentaire. Tels sont MM. Leuret et Lassaigne, Tiedmann et Gmelin, Eberle, etc. L’action du suc intestinal sur les substances alimentaires n’a été expérimentalement étudiée que dans ces dernières années, par MM. Frerichs, Zander, Bidder et Schmidt, Colin, W. Busch, Thiry, Ludwig, Kühne, Schiff, Costa, Paschutin, Garland, Krolow.

Si, après avoir extrait du suc intestinal de l’intestin d’un animal vivant, suivant le procédé de MM. Bidder et Schmidt, ou suivant le procédé de M. Colin, on le met en digestion avec de l’empois d’amidon, on observe une métamorphose en dextrine et en glycose, analogue, pour la rapidité , avec celle qu’amènent la salive et le suc pancréatique. Ainsi, au bout de dix minutes, la masse amidonnée est devenue liquide, et elle réduit abondamment la liqueur cupropotassique. Au bout d’une demi-heure, la transformation est complète, si la proportion d’amidon est petite par rapport il celle du suc intestinal. Au bout de cinq à six heures, tout le sucre formé (glycose) peut être transformé, par une métamorphose plus avancée, en acide lactique (Bidder et Schmidt).

M. Schiff et plus récemment M. Perosino et M. Garland, qui ont expérimenté à l’aide du liquide intestinal obtenu suivant le procédé Thiry, ont constaté pareillement l’action saccharifîante sur l’amidon.

Le suc intestinal jouit-il de la propriété de diviser et d’émulsionner les graisses? Lorsqu’on mélange de l’huile d’olive au suc intestinal obtenu à l’aide des procédés anciens, l’émulsion a lieu ; elle persiste assez longtemps, et les liquides abandonnés au repos ne se séparent qu’incomplétement. M. Frerichs et

M. Lenz lient l’intestin au-dessous de l’orifice du canal biliaire et des canaux pancréatiques, et ils injectent du lait ou de l’huile d’olive dans la partie sousjacente de l’intestin. Au bout de quelque temps, ils constatent la présence d’un chyle blanc (émulsion contenant les matières grasses) dans la partie correspondante de l'intestin : M. Colin est arrivé à peu près aux mêmes résultats. Yoici ce qu’il dit à cet égard : « Lorsqu’on agite vivement dans un tube 5 ou 6 parties de suc intestinal avec 1 partie d’huile d’olive, celle-ci se transforme en une écume blanchâtre, homogène. Enfin, lorsqu’on injecte dans une anse intestinale fermée (d’après le procédé indiqué plus haut) une certaine quantité d’huile, on retrouve au bout d’une heure cette substance réduite en llocons blanchâtres, homogènes, et qui résultent évidemment d’une émulsion déjà fort avancée. »

Mais hâtons-nous d’ajouter que l’action émulsive du suc intestinal sur les matières grasses n’a été observée qu’à l’aide du liquide obtenu parles procédés anciens. Dans les expériences qui ont été faites à l’aide du suc intestinal obtenu suivant le procédé de M. Thiry, ce liquide n’a pas paru avoir d’action émulsive sur les substances grasses, ni en dehors de l’animal, ni dans l’animal lui-même.

MM. Zander, Bidder et Schmidt ont étudié le rôle du suc intestinal sur les substances albuminoïdes de l’alimentation. Les animaux carnivores (chiens, chats) ont été utilisés à ce genre de recherches. Mais s’il est possible dans le procédé de MM. Bidder et Schmidt de se procurer chez des animaux de petite taille des quantités de suc intestinal suffisantes pour le faire réagir, dans un tube fermé, ou sur de l’amidon sur de l’huile, on n’en obtient par la fistule intestinale (qui ne comprend naturellement qu’un département très-restreint de l’intestin) que des proportions insuffisantes pour faire digérer de la viande ou de l’albumine coagulée, insuffisantes surtout pour estimer le pouvoir digestif de ce liquide. Les expérimentateurs ont donc procédé autrement. Us lient, sur l’animal vivant, l’intestin au-dessous des canaux biliaires et pancréatiques; puis la substance alimentaire (albumine coagulée par la chaleur, ou viande cuite bien dégraissée) est placée dans de petits sacs de toile, et directement introduite dans l’intestin grêle. La plaie intestinale et la plaie abdominale sont recousues, et l’animal abandonné à lui-même. Au bout de cinq à six heures, on met l’animal à mort et on recherche dans l’intestin les petits sacs de toile. On retrouve généralement ces sacs dans le gros intestin. En ouvrant les sacs avec précaution, on constate déjà à la première vue un changement notable: l’albumine est ramollie, la viande dissociée. Si l’on pèse la matière contenue dans les sacs, on s’assure qu’elle a diminué environ d’un tiers, c’est-à-dire que le tiers ou le quart au moins de la matière alimentaire a été liquéfié par le suc intestinal et a traversé les parois du sac pour être livré à l’absorption intestinale.

Il y a peu d’années, M. de Busch a observé une femme qui, à la suite d’un coup de corne dans le ventre, avait conservé une fistule à l’intestin grêle, un peu au-dessous du duodénum. Le contenu de l’estomac et du duodénum, coloré par la bile,' s’écoulait au dehors; rien ne s’engageait dans le bout inférieur de l’intestin; la maigreur était extrême. On lui introduisit alors dans le bout inférieur de l’intestin ce qui s’écoulait par la fistule, et, à dater de ce moment, l’état général de la malade devint satisfaisant.

M. Busch a répété chez la malade dont il est ici question les expériences que M. Zander avait instituées chez des chiens et des chats ; c’est-à-dire, que des

substances alimentaires variées ont été dosées, renfermées dans de petits sacs de toile, introduites dans l’intestin grêle, puis recueillies dans les selles. La perte de matière était calculée après dessiccation. Les petits sacs mettaient environ sept heures à parcourir la portion d’intestin comprise entre la fistule et l’anus. L’albumine cuite, la viande, étaient évidemment ramollies, dissociées, et avaient perdu une partie de leur poids. L’amidon a paru perdre plus en poids que les matières albuminoïdes (l’amidon placé dans les sacs était de l’empois desséché). La perte de l’amidon, qui était une fois de 38 pour 100, s’éleva une autre fois à 63,5 pour 100. 11 suffisait de plonger dans l’eau les petits sacs de toile qui avaient servi à l’expérience, pour donner à cette eau le pouvoir de réduire la liqueur cupropolassique, réaction caractéristique, comme on sait, de la présence de la glycose.

L’expérimentateur a encore remarqué que, quand il introduisait du beurre dans l’orifice inférieur de la fistule, on pouvait le retrouver presque en totalité dans les matières évacuées par l’anus L On peut conclure de ce fait, aussi bien que des expériences relatées plus haut, que le suc intestinal ne jouit pas du pouvoir d’émulsionner les corps gras et d’en favoriser l’absorption.

En ce qui concerne les substances albuminoïdes, les expériences de M. Bernard ont démontré que le suc intestinal ne jouit pas du pouvoir dissolvant au même degré que le suc gastrique. Quand on introduit par une plaie dans l’intestin grêle des fragments de viande crue ou cuite, le suc intestinal digère faiblement les premiers et beaucoup mieux les seconds. Dans les phénomènes réguliers de la digestion, chez les animaux carnivores qui prennent une alimentation non soumise à la coction, le suc gastrique acide a donc pour office de dissocier les fibres de la viande, c’est-à-dire de dissoudre la matière gélatigène qui forme la base du tissu conjonctif (tissu cellulaire), et de commencer la dissolution de la substance musculaire (fibrine), que le suc pancréatique et le suc intestinal achèvent.

Les expériences récentes entreprises sur le pouvoir digestif du suc intestinal sur les matières albuminoïdes à l’aide du liquide recueilli chez les chiens à fistules, opérés suivant le procédé de M. Thiry, ont conduit les observateurs (MM. Schiff, Perosino et Garland) à des résultats qui ont, avec ceux de MM. Zander et Busch, la plus grande analogie 1 2.

MM. Paschutin et Krolow ont préparé un suc intestinal artificiel par l’infusion de la membrane muqueuse de l’intestin grêle. Cette infusion, dans les mêmes conditions de température que les infusions gastriques et pancréatiques, possède la double propriété de transformer l’amidon en sucre et de digérer les albuminoïdes. Seulement son action est moins énergique sur ce groupe alimentaire que celle des sucs gastrique et pancréatique artificiels.

Le suc intestinal est donc un adjuvant du suc gastrique pour la digestion des

1 La bile et le suc pancréatique s’écoulaient par l’orifice supérieur de la fistule et ne pouvaient arriver dans le segment inférieur de l’intestin.

2 MM. Thiry et Kühne ont observé des chiens à fistule intestinale (opérés suivant la méthode de M. Thiry), chez lesquels les matières albuminoïdes n'ont pas paru modifiées par le liquide de la fistule. Il est bon d’attendre de nouveaux faits pour se rendre compte de ces résultats en apparence contradictoires. Ce qui est vraisemblable, c’est qu’il s’est passé ici ce qui se passe souvent dans les fistules pancréatiques : un liquide pathologique aqueux et abondant a pris la place du liquide physiologique. Les observations de M. Busch paraissent d’ailleurs démonstratives : le sujet de 1 observation était dans des conditions tout à fait physiologiques.

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