‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 55 sur 429 · CHAPITRE I. DIGESTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. DIGESTION

voie rectale des substances alimentaires capables d’y être digérées et absorbées.

11 y a quelques années, M. Steinhauser, à la suite de quelques remarques sur une femme affectée d’une fistule au côlon ascendant, fistule dans laquelle on pouvait introduire des aliments qu’on recueillait ensuite à leur sortie par l’anus, avait cru pouvoir conclure que les substances albuminoïdes avaient été en partie digérées pendant leur trajet dans le gros intestin. Mais ces résultats n’ont pas été confirmés par les recherches plus récentes de MM. Albertoni Czerny et Latschenberger, Marckwald, etc.

Les expériences de M. Albertoni ont été faites dans le laboratoire de physiologie de Padoue, pendant les années 1873 et 1871. 11 s'agit d’une femme atteinte d’anus contre nature, c’est-à-dire d’une fistule intestinale, située aussi à l’origine du côlon ascendant. 11 est certain que le gros intestin absorbe. Mais la question est de savoir s'il est capable de digérer les aliments, ce qui est trèsdifférent. Voici en peu de mots les résultats des expériences de M. Albertoni. Les substances albuminoïdes n’éprouvent dans le gros intestin aucune modification digestive. Des fragments d’albumine cuite, de la fibrine, introduits par la fistule, sont rejetés par l’anus absolument intacts. Lorsqu’on injecte du lait, du bouillon, c’est-à-dire des aliments liquides par la fistule, ce qui est absorbé est principalement de l’eau; la petite proportion de matières albuminoïdes, qui a disparu par absorption, ne peut pas être considérée comme digérée, car elle est éliminée par les urines.

L’amidon n’éprouve aucune modification, la glvcose dissoute peut être absorbée; il en est de même de l’eau sucrée1. Les aliments qui traversent le gros intestin et qui n’y sont pas digérés prennent les caractères des matières fœcales moins la couleur.

' La fibrine et l’albumine ne sont donc point digérées dans le gros intestin. Si on a dit le contraire, c’est qu’on a confondu le travail de décomposition putride avec le travail digestif.

Chez le malade observé par MM. Czerny et Latschenberger, l’anus contre nature était placé beaucoup plus près de l’anus, et il n’y avait entre l’orifice fistuleux et l’anus qu’une longueur de gros intestin de 30 centimètres. Leur conclusion est semblable à celle de M. Albertoni. La puissance digestive du gros intestin peut être considérée comme nulle. Un blanc d’œuf coagulé qui avait été placé dans c.ette partie de l'intestin et qui y avait été maintenu à dessein, y est resté pendant deux mois et demi sans avoir éprouvé de changement sensible. Les substances grasses n’étaient pas émulsionnées.

Chez le sujet observé par M. Marckwald, la fistule était située, comme dans l’observation de M. Albertoni, à l’origine même du côlon ascendant, et les résultats ont été les mêmes. Les fonctions digestives de l’individu restèrent d’ailleurs parfaitement normales pendant deux ans et demi. M. Marckwald a observé en outre que, quand on injecte de l’eau dans le gros intestin, il faut un temps assez long pour en faire disparaître de petites quantités, ce qui tendrait à prouver que le pouvoir absorbant du gros intestin est assez limité.

Ces faits ne sont pas de nature à laisser beaucoup d’illusions sur la valeur des lavements dits nutritifs tels qu’on les administre communément, mais ils

1 Le sucre de canne subit, avant d’ôtre absorbé, la modification glycosique.

permettent d’espérer qu’en introduisant dans le gros intestin des aliments, préalablement métamorphosés par les procédés de la digestion artificielle, on pourra obtenir des résultats plus satisfaisants.

Quels sont les produits définitifs de la digestion des divers principes alimentaires? Pour les féculents, la glycose; pour les albuminoïdes, les peptones; pour les matières grasses, l’émulsion.

Donc : de la glycose dissoute (ou simplement de l’eau sucrée, puisquela transformation du sucre en glycose paraît se faire partout dans l’économie animale), des dissolutions de peptone et des matières grasses émulsionnées1, tels sont les éléments naturellement indiqués de toute alimentation par le rectum.

Une méthode dJune application pratique plus facile et également basée sur les nécessités physiologiques de l’alimen tation par le gros intestin a été proposée, il y a quelques années (1872), par M. Leube et plus récemment recommandée par M. Gellhorn. Voici en quoi elle consiste : On prend 150 à 300 grammes de viande, et 50 à 100 grammes de pancréas frais de bœuf ou de cochon, le tout finement haché et additionné de 25 à 50 grammes de graisse, on en fait une bouillie liquide avec une quantité d’eau suffisante et on l’introduit dans le gros intestin par la voie rectale '2. Les premières injections sont généralement moins bien tolérées que les autres. Mais bientôt elles peuvent l’être pendant une durée de douze à vingt-quatre heures. On peut joindre aussi au hachis de pancréas des matières amylacées, c’est-à-dire de l’empois de farine ou du pain haché. M. Leube emploie encore le liquide d’une infusion de pancréas dans la glycérine, c’est-àdire un glycérolé de pancréatine (suivant le procédé de M. de Wittich), dans lequel on hache finement la viande 3.

Excréments. — C’est dans le cæcum que la masse non absorbée commence à prendre l’odeur caractéristique des matières fécales. Lorsqu’on retire du cæcum d’un animal la bouillie à peu près sans odeur qu’il renferme et qu’on la laisse exposée au contact de l’air, l’odeur fécale apparaît bientôt, et elle devient de plus en plus prononcée, parce qu’il s’établit dans la masse une fermentation putride. L’odeur des matières fécales est repoussante chez les animaux qui vivent d’aliments animaux; elle n’a rien de bien désagréable chez les herbivores.

Les principes de la bile et le mucus intestinal, évacués avec les matières insolubles de l’alimentation et l’excès des substances alimentaires non digérées, communiquent aux matières fécales un fumet particulier, qui diffère suivant les espèces animales dont elles proviennent.

Les excréments contiennent : 1° du mucus intestinal et quelques principes de la bile ; 2° le résidu non digéré et non absorbé de l’alimentation, c’est-à-dire les parties végétales insolubles, grains, noyaux, pépins, fibres végétales; une partie des tissus fibreux animaux, ligaments, tendons, tissus élastiques ; la

1 Lu jaune 'de l’œuf est une émulsion toute préparée et plus parfaite que toutes celles des pharmacies.

2 La pancréatine qui existe dans le pancréas exerce son action digestive sur tous les groupes alimentaires sans exception, ainsi que nous l’avons vu. De plus, la masse se trouve dans un milieu à température convenable.

3 Un pancréas de bœuf qui a infusé dans 250 grammes de glycérine suffit pour trois injections.

Page 1