CHAPITRE I. DIGESTION
portion non dissoute par le suc gastrique des sels terreux des os; l’amidon non digéré; l’excès des substances grasses; l’excès des substances albuminoïdes elles-mêmes, lorsque la quantité d’aliments ingérée est disproportionnée avec les besoins de la réparation (pour plus de développements, voy. § 186).
Des gaz de l’intestin. — Lorsqu’on ouvre un animal vivant, que ce soit pendant le travail de la digestion ou dans l’état de jeûne, on trouve l’intérieur des intestins rempli par des gaz. Aussitôt que la section abdominale a eu lieu, le paquet intestinal s’échappe au dehors, et il fuit sous les doigts qui cherchent à le faire rentrer. Ces phénomènes sont dus à la réplétion gazeuse. On trouve des gaz dans toute l’étendue du tube digestif, depuis le pylore jusqu’à l'anus. t On en trouve aussi, mais en très petite quantité, dans l’estomac.
Ces gaz proviennent de deux sources : 1° des réactions chimiques qui s’accomplissent dans le tube digestif pendant les phénomènes de la digestion ; 2° de l’exhalation des gaz dissous dans le sang. Dans quelques cas pathologiques il survient parfois, même en l’absence des aliments, un développement rapide de gaz accompagné d’un ballonnement plus ou moins considérable du ventre. Dans ce cas, on est indécis de savoir s’il faut attribuer cette accumulation gazeuse anormale au passage exagéré des gaz du sang1 au travers des tuniques des vaisseaux qui circulent dans la membrane muqueuse intestinale, ou bien s’il faut la rapporter à la décomposition des humeurs sécrétées dans l’intestin.
L’estomac, quand il n’est point distendu par les aliments, est bien loin d’être rempli de gaz, comme le tube intestinal lui-même. On ne trouve dans l’estomac qu’une proportion de gaz si faible qu’on n’en peut faire que rarement l’analyse. Lorsqu’on ouvre sous l’eau un estomac de supplicié, on ne recueille en général que quelques bulles gazeuses, principalement constituées par de l’oxygène et de l’azote; on y trouve aussi de l’acide carbonique. II est probable que l’oxygène et l’azote proviennent de l’air atmosphérique, et qu’ils ont été introduits dans l’estomac par déglutition, soit avec la salive, soit avec le bol alimentaire. Quant à l’acide carbonique, il vient très vraisemblablement du sang.
M. Planer, qui a récemment publié un grand travail sur les gaz intestinaux, recueillis sur les animaux vivants aux diverses périodes de la digestion, fait observer que les proportions de l’acide carbonique sont toujours, dans l’estomac, en raison inverse des proportions de l’oxygène. En d’autres termes, l’acide carbonique prend la place de l’oxygène qui disparaît.
La très faible proportion de gaz introduite dans l’estomac avec les substances alimentaires ne gêne point les mouvements de ce viscère; mais quand ils se développent abondamment par suite d’une mauvaise digestion, ces mouvements deviennent douloureux et le besoin de les rendre est impérieux.
Dans l’intestin grêle et dans le gros intestin on ne trouve pas d’oxygène; mais l’acide carbonique et l’hydrogène dominent; on y trouve encore de l’azote et de l’hydrogène carboné. On a aussi rencontré de l’hydrogène sulfuré dans la dernière portion du gros intestin. Les gaz rendus par l’anus présentent cette composition complexe.
1 Le sang contient, à l’état de dissolution, ou de faible liaison, de l’oxygène, de l’acide carbonique et de l’azote.
Béclard, 7e édition. 10
Il est assez difficile, dans l’état actuel de la science, de déterminer d’une manière précise l’origine de tous ces gaz. On peut dire cependant que durant la digestion dans l’intestin grêle il se développe principalement de l’acide carbonique et de l’hydrogène. L’alimentation animale et l’alimentation végétale donnent également naissance à ces deux gaz. Toutefois la production de l’hydrogène est relativement plus abondante à la suite du régime végétal.
L'origine de l’hydrogène carboné qui ne se montre que dans le gros intestin est fort obscure. D’après les recherches de M. Planer, ce gaz n’apparaît que quand la masse fécale est restée très longtemps dans l’intestin .
Quant à l’hydrogène sulfuré qui n'existe qu’en très faibles proportions dans le gros intestin, il est probable qu’il provient de la décomposition des sulfates en présence des matières organiques.
Le premier tableau, ci-joint, contient 1° l'analyse des gaz de l’estomac et de l’intestin de l’homme, recueillis sur le cadavre ; il s’agit d’un jeune supplicié qui avait mangé deux heures auparavant du pain et du fromage et bu de l’eau rougie ; 2° l’analyse des gaz rendus par l’anus.
Le second tableau contient l’analyse des gaz recueillis par M. Planer sur des chiens qu’il mettait à mort cinq heures après le dernier repas.
SUR 100 PARTIES (en volume;.