CHAPITRE II. ABSORPTION
Ce qu’il y a de remarquable dans ces analyses, c’est le chiffre peu élevé des globules de la lymphe. Le caillot desséché, qui comprend à la fois les globules et la fibrine, ne donne pour 1,000 grammes de liquide qu’un résidu de 0,37, 1, 3, 4, 5 grammes, tandis que dans le sang il y a, tant en fibrine qu’en globules, environ 130 grammes pour 1,000 grammes de sang. Comme la lymphe est à peu près aussi coagulable que le sang, et que dans le sang il n’y a, en moyenne, que 3 grammes de fibrine ponr 127 grammes de globules, on voit quelle faible quantité il reste pour représenter le chiffre des globules de la lymphe.
Le caillot de la lymphe, il est vrai, ne retient pas exactement tous les globules, et quelques-uns d’entre eux restent en suspension dans le sérum. Dans les analyses, ces globules, non emprisonnés dans le caillot, sont conséquemment notés avec les matériaux solides du sérum, mais leur quantité est assez faible, pour que cette cause d’erreur puisse être négligée.
La lymphe prend naissance dans le sein même des organes. Comme il n'y a point d’ouvertures aux extrémités originelles des lymphatiques *, le liquide qu’ils contiennent ne peut s’y introduire qu’au travers des parois vasculaires. Comme il n’y a aucune communication directe entre les vaisseaux capillaires sanguins et le réseau initial des lymphatiques, il en résulte que les globules (ou cellules lymphatiques ou leucocytes) qu’on aperçoit dans la lymphe se forment dans l’intérieur du système lymphatique.
Rien n’est plus variable que la quantité des matériaux solides par rapport à l’eau de la lymphe. Des expériences deMM. Paschutin et Emminghaus il résulte que la proportion des matériaux fixes de la lymphe peut varier en peu de temps, sur le même animal ', de 26 à 65 pour 1 ,000 parties de liquide 2.
L’écoulement de la lymphe s’arrête d’une manière à peu près complète sur les vaisseaux lymphatiques qui proviennent d’un membre dans le repos absolu. Dans tous les points où le sang veineux peut s’écouler librement et sans entrave il paraît se former extrêmement peu de lymphe. La formation de la lymphe au contraire paraît d’autant plus abondante que le cours du sang veineux éprouve quelque part un arrêt ou une série d’arrêts successifs.
Du chyle. — On donne le nom de chyle au liquide qui circule dans les vaisseaux lymphatiques de l’intestin au moment de l’absorption digestive.
vaisseaux lymphatiques. M. Teichmann a fait récemment la même observation. Voici l'expérience de M. Teichmann. Sur un cheval qui vient d'être mis à mort, on applique plusieurs ligatures, il quelques centimètres les unes des autres, sur le canal thoracique ; puis on attend plusieurs jours. Si on ouvre alors quelques-uns des segments du canal thoracique, on trouve que la lymphe est restée à l'état liquide. Dans les segments qu’on ouvre la coagulation s'effectue. Dans les segments non ouverts, la lymphe persiste à rester à l’état liquide.
1 Le mode d'origine des lymphatiques dans la trame des organes est en ce moment fort débattu. Les uns pensent que les vaisseaux lymphatiques naissent, dans les espaces ou vacuoles du tissu conjonctif (ancien tissu cellulaire), avec lesquels ils communiqueraient librement ; quelques-uns pensent même que les cavités séreuses (plèvres, péricarde, péritoine, etc.) sont aussi leurs points d'origine. Les autres (et nous sommes de ce nombre) ne sont pas suffisamment édifiés sur les preuves données h l’appui de ces communications supposées, et continuent à penser que les lymphatiques commencent par un réseau initial fermé, réseau dont font partie, par leurs prolongements anastomosés, 1 ensemble des corpuscules du tissu conjonctif, ou cellules plasmatiques.
- La lymphe était recueillie, chez le chien, sur un tronc lymphatique du cou, au-dessus du membre antérieur.
L’absorption ne fait pas pénétrer en un instant, dans la circulation, les ma tériaux de la digestion : il faut quatre, six, huit heures (quelquefois même davantage quand la masse alimentaire est considérable), pour que l’absorption soit complètement terminée ; il y a donc, longtemps encore après que l’animal a pris des aliments, du chyle dans les vaisseaux lymphatiques de l’intestin. Le besoin des aliments et l’introduction d’une nouvelle ration alimentaire, coïncidant avec la terminaison du travail de la digestion et de l’absorption précédentes, il est vrai de dire encore que les dernières ‘traces de chyle ont à peine disparu des vaisseaux lymphatiques de l'intestin, quand le nouveau travail d'absorption commence.
Nous ferons encore observer que, si l’on peut se procurer de la lymphe pure , il est beaucoup plus difficile de se procurer ce qu’on pouvait appeler du chyle pur. En effet, pour obtenir une quantité notable de chyle, soit pour en faire l’analyse, soit pour en étudier les propriétés physiologiques, on est obligé de l’extraire du canal thoracique. Or, il est facile de s'apercevoir que, dans les conditions même les plus avantageuses (c’est-à-dire en sacrifiant les animaux dans le moment où l’absorption digestive est en pleine activité), on est loin d’avoir du chyle pur, puisque le chyle parvenu dans le canal thoracique se trouve mélangé à la lymphe qui revient de toutes les parties du corps.
Le chyle le plus pur qu’on puisse se procurer est celui qu'on obtient en ouvrant les chylifères sur l’intestin lui- même, au moment où ces vaisseaux sortent des tuniques qui le composent. Mais, si l’on peut se procurer ainsi assez de chyle pour en faire l’objet d’études microscopiques, on ne peut guère s’en procurer des quantités suffisantes pour l’analyse chimique.
D’un autre côté, c’est en vain qu’on chercherait à se procurer du chyle dans l’intérieur de l’intestin grêle lui- même. Il est vrai que ses éléments y existent, mais ils se trouvent mélangés, en ce point, avec tous les autres matériaux de la digestion. Le chyle n’existe donc que dans les vaisseaux chylifères, ce qui ne veut pas dire que la matière du chyle se forme dans les vaisseaux chylifères, car ceux-ci se bornent à le recevoir par absorption à la surface intestinale.
Pour se procurer des quantités notables de chyle, on est donc obligé de le puiser dans le canal thoracique. A cet effet, on peut procéder comme nous l’avons indiqué précédemment (§ 62).
M. Colin, qui a fait à cet égard un grand nombre de vivisections, est parvenu non-senlement à extraire le chyle du canal thoracique au cou sur l’animal vivant, mais il a pu, par une dissection attentive (sur le cheval et sur le bœuf), isoler le canal, y introduire et y fixer à demeure une canule, qui déverse au dehors, dans un réservoir convenablement disposé, le liquide qui circule dans ce canal. En un mot, il établit des fistules au canal thoracique, et il recueille pendant des journées entières le liquide qui circule dans l’arbre lymphatique. M. Colin a pu se procurer ainsi des quantités considérables de liquide, et étudier en outre les différences qu’apportent dans la qualité et la quantité de ce liquide la période de jeûne et la période digestive.
L’abondance de l’écoulement par la fistule en un temps donné dépend de conditions accessoires dont il faut tenir compte, entre autres de la disposition plus ou moins heureuse de l’appareil adapté à la fistule, ainsi que le remarque judicieusement M. Colin, et aussi de la différence qui peut survenir par suite des anastomoses du canal thoracique principal (ou des divisions du canal