CHAPITRE II. ABSORPTION
thoracique principal) avec le grand vaisseau lymphatique droit, anastomoses assez fréquentes et plus ou moins nombreuses. Cependant on peut, à l’aide des fistules dont nous parlons, se faire une idée approximative de la quantité de liquide que le canal thoracique déverse en vingt-quatre heures dans la masse du sang.
Sur un cheval, la quantité de liquide qui s’écoulait par la fistule était de 600 à 1,200 grammes par heure ; ce cheval, observé pendant douze heures, donna ainsi 11 kilogrammes de liquide. Sur une vache, dont le canal thoracique s’ouvrait manifestement par une seule branche dans le système veineux, la quantité du liquide qui s’écoulait par la fistule fut de 3 à 6 kilogrammes par heure, quantité qui correspond en vingt-quatre heures de 70 à 90 kilogrammes (70 à90 litres environ). Cette énorme quantité de liquide est bien propre, ainsi que le fait remarquer M. Colin, à nous donner une idée de l’importance du rôle que joue dans l’économie le système des vaisseaux lymphatiques ; elle nous montre que le sang est dans un état de mutation perpétuelle, qu’il se renouvelle incessamment et rapidement aux dépens des matériaux charriés par les lymphatiques de l’intestin, et aux dépens des matériaux puisés dans le sein des organes par les lymphatiques généraux.
L’écoulement du liquide par les fistules est continu, mais les proportions écoulés dans un même laps de temps sont sensiblement moindres quand l’animal est à jeun que quand il est en digestion. On remarque aussi que le liquide devient lactescent, quand la digestion est dans toute son activité.
Le chyle des animaux carnivores, celui des herbivores et celui de l’homme est un liquide blanc, opaque, analogue à du lait.
Le chyle pris dans le canal thoracique, suivant les procèdes ordinaires , offre souvent une teinte rosée ; on observe souvent aussi que le chyle et la lymphe rougissent à l’air, que le chyle et la lymphe, agités dans une atmosphère d’oxygène, rougissent plus fortement ; cela tient très-probablement à une très-petite proportion de sang qui reflue du côté du canal thoracique, au moment où on le ponctionne dans le voisinage de son embouchure veineuse. Lorsque le chyle et la lymphe sont extraits par une fistule disposée de manière que tout reflux du song soit impossible dans l’intérieur de ce canal, ces liquides n’offrent plus la teinte rosée et ne rougissent point à l’air ni au contact de l’oxygène.
Le liquide extrait du canal thoracique, soit par une vivisection, soit par une fistule, ne tarde pas à se coaguler, comme le sang ; le caillot formé comprend d’abord toute la masse du liquide (comme pour le sang), puis peu à peule caillot se resserre, exprime le sérum, et la partie solide flotte dans le liquide qui l’entoure. La coagulation s’effectue aussi bien dans le chyle de l’animal en pleine digestion que dans le liquide extrait du canal thoracique de l’animal à jeun.
Le chyle blanc pris sur les lymphatiques de l’intestin de l’animal en pleine digestion est moins coagulable que celui du canal thoracique, mais il se coagule néanmoins. Cette propriété du chyle intestinal, niée par quelques auteurs, a été mise hors de doute parles recherches de M. Colin.
Lorsqu’on a extrait le chyle sur les chylifères de l’intestin, et qu’on l’examine au microscope, on constate qu’il est constitué par un liquide transparent, au milieu duquel sont suspendus, en quantité considérable, des globules. Ces globules sont de deux ordres. Les uns sont identiques avec lescelluleslymphatiques ou leucocytes. Les autres sont de dimensions très-variables. Quelques-uns,
constitués par des particules d’une petitesse extrême, ne peuvent être mesurés et ressemblent à une fine poussière. D’autres résultent du groupement de ces particules élémentaires ; on en rencontre de toutes les dimensions, depuis 0mm, 006 jusqu’à 0n’"',0I de diamètre. Les plus gros, beaucoup moins nombreux que les autres, deviénnent plus abondants quand on examine le chyle dans le canal thoracique.
Les particules élémentaires et les globules propres du chyle sont principalementforméspardelagraisse ; lorsqu’on les traite par l'éther sous lemicroscope, ils disparaissent, et on ne trouve plus sur la plaque du microscope, après l’évaporation de l’éther, que des îlots irréguliers de matière grasse. Dans les globules propres du chyle, comme dans les globules du lait, la matière grasse est renfermée dans une enveloppe de nature albuminoïde.
Le chyle se distingue donc surtout, par son opacité et sa lactescence, de la lymphe, qui est jaune pâle et transparente.
Pour que le chyle présente les caractères que nous venons de signaler, il faut que l’animal, carnivore ou herbivore, ait fait usage d’une alimentation naturelle. Dans la viande, dans les os, dans le lait, dans les fourrages, dans le son, dans l’avoine, dans les graines de toute sorte, il y a toujours, en effet, des proportions plus ou moins considérables de matières grasses. Mais si l’on place l’animal dans des conditions exceptionnelles, si, par exemple, on lui donne des substances alimentaires privées à dessein de leurs matières grasses (telles que de l’albumine et de la fibrine pure), le liquide qui circule dans les chylifères de l’intestin au moment de l’absorption n’est point lactescent. Ce liquide est transparent et offre alors une grande analogie avec la lymphe. Les chylifères, ne contenant plus de matières grasses, ne charrient vers le canal thoracique que des éléments albumineux et fibrineux. Les chylifères se trouvent alors, au point de vue de leur apparence, dans des conditions analogues à celles des vaisseaux lymphatiques proprement dits, lesquels se chargent dans les organes d’un liquide transparent. Si, au contraire, on donne à un animal un aliment trèsriche en graisse, ou exclusivement de l’huile ou du beurre, le liquide qui circule dans les lymphatiques de l'intestin présente tout à fait l’opacité et la blancheur du lait .
Tous les mammifères ont un chyle blanc dans les chylifères intestinaux pendant la digestion, parce qu’ils font usage d’aliments qui contiennent des matières grasses. La teinte opaque de ce liquide est d’autant plus prononcée, que les matières alimentaires sont plus riches en substances grasses ; aussi, le liquide qui circule dans les chylifères des carnivores est généralement plus blanc que le chyle des herbivores, dont l’aliment contient en général moins de graisse. De même, le chyle des herbivores est bien plus lactescent après la digestion de l’avoine qu’après celle de l’herbe et de la paille.
11 existe beaucoup d’analyses du chyle ; mais il faut remarquer que ces analyses n’ont été faites que sur le liquide extrait du canal thoracique. Les résultats obtenus sont donc complexes et portent à la fois sur le chyle et sur la lymphe. Telles quelles sont, ces analyses, comparées à celles de la lymphe, peuvent cependant nous éclairer sur les différences qu’apporte à la lymphe du canal thoracique le chyle qui provient de l’intestin.
Voici plusieurs de ces analyses. Les auteurs ne disent pas toujours à quelle période de la digestion on tété sacrifiés les animaux. 11 est plus que probable que