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CHAPITRE II. ABSORPTION

tion, l’eau sert de dissolvant aux produits divers de la digestion : l’eau et les boissons suivent donc la voie des chylifères et la voie des veines.

M. Bouisson a trouvé, une demi-heure après l’ingestion d’une grande quantité d’eau dans l’estomac d’un animal, le contenu du canal thoracique clair et très-liquide. Nous avons constaté que, si l’on analyse comparativement le sangveineux général (sang de la veine jugulaire) et le sang de la veine porte sur un animal quia copieusement bu, on trouve des différences notables dans les proportions de l’eau de ces deux sangs. Dans une de nos expériences, le sang pris dans la veine jugulaire contenait, par exemple, 796 d’eau pour 1070, etle'sang de la veine porte du même animal en contenait 851 pour 1000 parties de sang. Une autre fois, le sang de la veine jugulaire contenait 770 parties d’eau, et le sang de la veine porte 823.

En résumé, nous dirons : tous les produits de la digestion sont représentés dans le liquide qui circule dans les vaisseaux chylifères, c’est-à-dire dans le chyle ; les veines de l’intestin donnent aussi passage à ces divers produits, moins les substances grasses. Le mélange qui entre dans les vaisseaux chylifères diffère donc du mélange qui entre dans les veines par la présence des matières grasses. Nous chercherons plus loin à nous rendre compte de cette singulière particularité.

Le canal thoracique et le système de la veine porte étant les voies d’absorption des produitsdela digestion, on conçoit aisément que l’oblitération de l’un ou de l’autre de ces canaux doit entraîner les plus graves désordres. On a plus d’une fois opéré la ligature du canal thoracique chez les animaux pour en examiner les conséquences. Ces animaux ont généralement succombé au bout d’un temps variable, qui n’excède pas huit à dix jours. La plupart de ces expériences ont porté sur des chiens. Or, les chiens à l’inanition absolue vivent ordinairement plus longtemps. La rapidité de la mort doit donc être rattachée bien moins à la suppression de l’entrée des matières de la digestion par la voie des chylifères qu’aux suites de l’opération ou qu’à la suspension de la circulation lymphatique. Quelquefois l’animal continue à vivre en parfaite santé; mais, dans ces cas, le canal thoracique était double, ou bien les anastomoses si communes du canal thoracique avec les branches lymphatiques qui vont s’ouvrir à droite dans les veines avaient rétabli le cours du chyle et de la lymphe.

Quant à la ligature de la veine porte, elle entraîne aussi la mort des animaux. Mais comme le sang de la veine porte conduit au foie les éléments de la sécrétion biliaire, le phénomène est également complexe L

Des autres substances absorbées à la surface de l’intestin. — Indépendamment des produits delà digestion, d’autres substances solubles peuvent être introduites dans le sang par l’absorption intestinale; tels sont, par exemple, les médicaments et les poisons.

* Il serait intéressant d’examiner l'influence de la ligature, non pas du tronc de la veine porte, mais de la branche mésaraïque seule. On supprimerait ainsi l’arrivée des produits de la digestion, et on laisserait parvenir au foie le sang de la branche splénique. Cette expérience éclairerait en même temps l’histoire do la sécrétion biliaire. Il est possible, en effet, que les éléments de cette sécrétion proviennent de la branche splénique et non de la branche intestinale. Nous avons infructueusement tenté cette expérience. Tous les animaux ont succombé dans les vingt-quatre heures aux suites de l’opération.

On peut constater la présence de la plupart de ces substances dans les veines, plus rarement dans les vaisseaux chylifères, ce qui tient très-probablement à ce qu’elles n’y ont pas été aussi souvent recherchées, et à ce que les procédés de recherche n’étaient pas suffisamment rigoureux.

MM. Tiedmann et Gmelin introduisent dans l’intestin des chiens et des chevaux du ferrocyanure de potassium, du sulfate de potasse, de l’acétate neutre de plomb, du sulfate de fer : ils retrouvent facilement ces diverses substances dans les branches intestinales de la veine porte. MM. Westrumb, Panizza, Krammer 'répètent les mêmes expériences et arrivent aux mêmes résultats. De plus, ces derniers constatent la présence de l’iodure de potassium et du ferrocyanure de potassium dans le canal thoracique. MM. Magendie et Ségalas attirent au dehors une anse d’intestin; ils lient la veine et l’artère qui s’y rendent, laissent intact un faisceau de vaisseaux lymphatiques et injectent un poison (un sel dissous de strychnine) dans cette anse d’intestin. Au bout d’une heure, les phénomènes d’empoisonnement ne sont pas encore survenus. Ils délient alors l’artère et la veine : l’empoisonnement survient en six minutes. M. Ghatin administre de l’acide arsénieux et de l’émétique à des chiens ; il en constate la présence dans le sang, et non dans le canal thoracique. L’absorption par les veines paraît donc plus facile, ou tout au moins semble s’exercer plus rapidement par les veines. C’est pour cette raison, sans doute, qu’à un moment donné, les proportions de matières absorbées que renferme le sang des vaisseaux de l’intestin sont assez considérables pour qu’on puisse mettre ces matières en évidence à l’aide des réactifs.

En somme, les sels métalliques passent rapidement dans le sang par la voie des veines.

Nous ferons les mêmes remarques, relativement aux matières colorantes dissoutes, telles que l’indigo, la cochenille, le tournesol, la gomme-gutte, le safran, etc., lesquelles n’ont été signalées dans les chylifères que quand la proportion introduite dans l’intestin était considérable, tandis, au contraire, qu’on les retrouve facilement dans le sang des veines. De même les matières odorantes, telles que le musc, le camphre, l’alcool, ne communiquent pas sensiblement leur odeur au chyle, tandis que cette odeur est manifeste dans le sang extrait des veines intestinales.

§ 67 bis.

Absorption intestinale. — Indications bibliographiques (Voyez aussi § 71 bis et

§ 79 bis).

Aselli (Gaspard), De lactibus seu lactois venis, etc. ; Basileæ, 1628.

Th. Bartholin, De lactois thoracicis in hominc brutisque, etc. ; Hafniæ, 1652.

Le même, De lacteis venis, etc. ( sous forme de lettre adressée à Horstius,; Hafniæ, 1655.

J. -F. Meckel, Expérimenta nova et observationes definibus venarum ac vasorum lymphaticorum ; Berlin, 1771.

Fi.andrin, Expériences sur l’absorption dos vaisseaux lymphatiques chez les animaux, dans Journ. de méd., do chirurg. et de pharmacie, t. LXXXV, 1790; t. LXXXVII, 1791 ; t. XC et XCIL 1792.

Leroux, Dissertation sur l’absorption ; thèse, Paris, 1809.

Magendie, Mémoire sur les organes de l’absorption chez les mammifères; Paris, 1809.

Mayer, Ucber das Kinsaugungsvermogen der Venen des grossen und des kleincn Kreislaufssystems ( Sur le pouvoir absorbant des veines du grand et du petit cercle circulatoire), dans Meekel's Archiv, t. III, 1817.

Le même, Sur la faculté absorbante des veines, en extrait dans Ëiblioth. univers, des sciences, belles-lettres et arts de Genève ; sciences et arts, t. VIL 1818,

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