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CHAPITRE. II. ABSORPTION

plus haut (§ 63) prouvent que, sur les animaux tués pendant la digestion, on trouve dans le chyle 9, 10, 32, 33, 36 parties de graisse sur 1000. Mais si, au lieu de donner aux animaux une nourriture mixte, on leur donne exclusivement des matières grasses, les proportions de graisse du chyle s’élèvent bien plus haut. MM. Sandras et Bouchardat font prendre à des animaux de l’huile d’amandes douces ; ils recueillent le chyle, et peuvent en extraire de 100 à 140 pour 1000 d'huile d’amandes intacte.

Les matières grasses peuvent-elles entrer dans les voies circulatoires par la veine porte? L’analyse du sang de la veine porte a quelquefois accusé, il est vrai, une légère augmentation dans la proportion des matières grasses. Ainsi, M. Simon trouve sur un cheval, pour 1000 parties de sang, 2,29 de matières grasses dans le sang de la veine jugulaire, et 3,18 dans le sang de la veine porte; sur un autre 1,46 dans le sang de la jugulaire et 1, 85 dans le sang de la veine porte. Il y aurait donc dans le sang de la veine porte 0,89 ou 0,39 de matières grasses en plus que dans la masse générale du sang. Mais ce sont là, il faut l’avouer, des différences trop faibles pour qu’il soit perniis d'en tirer des conclusions quelconques.

Nous avons examiné le sang de la veine jugulaire et le sang de la veine porte d’un cheval soumis au régime du foin et de la paille. Le sang, après avoir été desséché à 100 degrés, a été réduit en poudre. Les résidus ont macéré pendant quinze jours dans l’éther. Au bout de ce temps, le sang de la veine jugulaire avait perdu 3,39 sur 1000; celui de la veine porte avait perdu 3,18 sur 1,000. Les pertes représentent les matières grasses dissoutes par l’éther. Il résulte de cette analyse une petite différence en sens contraire de celle de M. Simon. Ces différences, je le répète, sont dans les limites d’erreurs possibles dans les méthodes d’analyses où l'on pèse les matières après dessèchement .

L’analyse du sang de la veine porte ne prouve donc point, comme on l’a répété, que les matières grasses neutres soient absorbées par elle ; car il n’est pas démontré que le sang de la veine porte contienne plus de matières grasses que la masse générale du sang. Il est prouvé, au contraire, que le chyle diffère du liquide qui circule dans le canal thoracique de l’animal à jeun par l’addition (sur 1000 parties), de 32, de 33, de 36, de 100 et môme de 140 parties de graisse semblable à celle qui a été ingérée.

Les matières grasses sont absorbées à l’état d’émulsion : émulsion déterminée par les liquides de l’intestin, et en particulier par le suc pancréatique et la bile. Leur absorption commence dans le duodénum, et elle se prolonge tout le long de l’intestin grêle. Le gros intestin s’empare aussi parfois d'une petite proportion de matières grasses émulsionnées. Quand on injecte par l’anus de l’huileémulsionnée, on peut constater chez les chiens la présence d’un liquide opaque et lactescent dans les chylifères du gros intestin.

Mais les matières grasses ne sont pas les seules substances absorbées par les chylifères. Les produits liquides de la digestion des substances albuminoïdes, l’eau et les sels de l’alimentation, miscibles à cette émulsion, et en constituant pour ainsi dire le menstrue, s’engagent aussi dans les vaisseaux chylifères.

Les analyses du chyle, que nous avons reproduites plus haut, montrent que ce liquide est assez riche en albumine. Le chyle pris dans les chylifères de l’intestin est toujours coagulable par la chaleur ; et M. Bouisson a remarqué que le chyle des animaux qui ont fait un usage exclusif de fibrine ou d’albumine

est non-seulement citrin et transparent, mais encore plus coagulable que tout autre. Les féculents, transformés en sucre ou glycose, s’engagent aussi en partie dans les vaisseaux chylifères. La présence du sucre dans le chyle des chiens qui ont ont été nourris avec du pain ou des pommes de terre, la présence du sucre dans le chyle des animaux herbivores pendant la période digestive, est un fait bien démontré. Nous l’avons nous-même plus d’une fois constaté. D’autres observateurs ont en outre noté la présence de l'acide lactique dans le chyle (MM. Lehmann, Rees), et l’on sait que l’acide lactique n’est qu’une métamorphose plus avancée des matières amylacées et sucrées L

Produits de la digestion absorbés par les -veines. — De même que les Vaisseaux chylifères, les veines absorbent les produits albuminoïdes delà digestion, les sucres résultant de la digestion des féculents, l’eau, les sels et les boissons. Elles se distinguent des chylifères en ce qu’elles n’absorbent pas sensiblement les matières grasses. Établissons sur des faits ces diverses propositions.

Relativement à l’absorption des produits albuminoïdes par les veines, nous avons fait une série d’expériences, dont les résultats sont consignés dans les Archives générales de médecine pour l’année 1848. Ces expériences montrent que, dans la période digestive, le sang de la veine porte 1 2 présente une augmentation notable, quelquefois considérable, dans les proportions de Y albumine. Sur le cheval, où nous avons pu doser à part la fibrine , celle-ci se trouvait aussi un peu augmentée dans les mêmes conditions. M. Schmidt est arrivé depuis à des résultats analogues.

Quant à ce qui conceine le sucre, les expériences de MM. Bouchardat et Sandras, celles de M. Bernard, celles de M. Lehmann, etc., etc., prouvent que le sang de la veine porte d’un animal qui digère du sucre ou de la fécule contient de la glycose. 11 suffit, pour mettre ce fait hors de doute, de faire une saignée à la veine porte d’un animal en pleine digestion d’un repas de pommes de terre, de laisser coaguler le sang et d’essayer le sérum à l’aide de la liqueur bleue de Trommer, après l’avoir débarrassé de son albumine (Yoy. § 417). La réduction de la liqueur bleue est toujours des plus abondantes, et révèle dans le sérum la présence d’une proportion de sucre très-supérieure à celle qu’on trouve dans le sang de tout autre vaisseau.

L’eau et les boissons, chacun le sait, sont absorbées avec une assez grande rapidité. Pour peu que la quantité ingérée soit un peu considérable, le besoin d’uriner se fait promptement sentir. Dans les phénomènes réguliers de la diges-

1 M. Grobo a récomment tenté une série d’expériences à l’aide du chyle extrait des vaisseaux chylifères du mésentère chez les chats, les chiens et les lapins. Il a observé que ce liquide placé en digestion (à une température de 35 à 40°) avec de l’empois d’amidon avait la propriété de transformer l’amidon en sucre. La propriété saccharifiante du chyle s’exerçait pareillement surladextrino. Dans les conditions normales, il est évident que, l’amidon ne pénétrant pas en nature dans les voies chylifères, la transformation sucrée doit précéder l’absorption. Mais on conçoit que la dextrinc, étant soluble, peut s’introduire par absorption dans les vaisseaux chylifères et y suivre les phases de sa transformation.

2 Les expériences dont il est ici question ont porté sur le sang extrait de \ uiie des branches de la veine porte, la veine grande mésaraïque, formée par la réunion de toutes les veines de l’intestin grêle et par celles de la première partie du gros intestin. Là seulement, en effet, on peut trouver dans son état d’isolement le sang de la digestion. Dans le tronc commun de la veine porte, le sang se trouverait mélangé avec celui qui provient de la rate.

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