CHAPITRE II. ABSORPTION
ARTICLE II
UE l.’ABSORPTION CUTANEE ET PULMONAIRE,
DE L’ABSORPTION DANS LES CAVITES CLOSES, DANS LES RÉSERVOIRS DES GLANDES, SUR LES SURFACES ACCIDENTELLES. — VOIES DE CES ABSORPTIONS.
Absorption cutanée. — La peau est revêtue d’une couche épidermique protectrice, qui s’oppose, mais incomplètement, à l’évaporation qui tend à se faire sans cesse aux surfaces du corps humain parcouru et pénétré par des liquides à une température de -j- 37°. Cette couche s’oppose aussi, dans une certaine mesure, à l’absorption. Cependant les substances liquides et gazeuses peuvent traverser cette couche et pénétrer dans l’économie.
Lorsque le corps est plongé dans un milieu liquide, dans un bain, par exemple, l’eau imbibe et ramollit d’abord l’épiderme ; elle peut alors passer par absorption dans les vaisseaux qui circulent dans les couches superficielles du derme, et de là dans le torrent de la circulation. 11 y a donc d’abord imbibition, puis absorption. Dans l’intestin et sur les membranes muqueuses, qui sont molles et toujours humectées de liquide, l’absorption est plus immédiate et beaucoup plus rapide ; l’imbibition préalable n’est pas nécessaire.
On peut établir le fait de l’absorption de l’eau dans les bains, au moyen de pesées rigoureuses faites avant et après l’immersion. De nombreuses dissidences se sont produites, il est vrai, à cet égard. Les uns ont affirmé qu’on augmentait de1 poids dans le bain, les autres ont dit que le poids du corps ne varie point; les autres, enfin, que, loin d’augmenter, le corps diminuait de poids. Toutes ces observations sont exactes. Le problème, en effet, n’est pas aussi simple qu’il le paraît, et il se complique d'une question de température et de l'évaporation habituelle qui se fait d’une manière continue par la surface pulmonaire. Lorsque la température du bain est supérieure à celle du corps, celui-ci, nous le verrons plus loin, lutte contre l’évaporation de température par la sécrétion de la sueur; la sortie du liquide du dedans au dehors devient prédominante, et le corps perd. Lorsque la température du bain est inférieure à celle du corps, le corps gagne en poids, l’eau du bain s’introduit dans l’économie; c’est ce qui a lieu dans le bain ordinaire ou bain tiède. Enfin, lorsque le bain est à peu près à la température du corps, il y a balance : le corps n’augmente ni ne perd en poids L
Il faut ajouter que, dans les conditions ordinaires, c’est-à-dire lorsque l’immersion du corps dans l’eau n’a qu’une faible durée (1 /4, 1/2 heure), l’absorption par la surface cutanée est extrêmement limitée parce que l'obstacle oppose par la barrière épidermique n’estquetrès-incomplétementsurmonté.Pour ramol-
1 Le point de balance ou d'équilibre dont nous parlons est à 32 ou 33 degrés centigrades, c'est-à-dire de 4 ou 5 degrés au-dessous de la température du corps. Il ne faut pas oublier que, dans l'air, le corps perd sans cesse en poids, non-seulement par l’évaporation cutanée, mais aussi par l'évaporation pulmonaire. Or, quand nous sortons du bain avec un poids exactement semblable à celui de l'entrée, on ne peut pas dire qu'il n’y a point eu d’eau absorbée ; au contraire, on peut affirmer qu’il y a eu une quantité d'eau absorbée correspondant à celle que nous avons perdue pendant le même temps par la voie de l'évaporation pulmonaire. Voilà très-vraisemblablement pourquoi le point d'équilibre est un peu au-dessous de la température du corps. Ainsi, dans un bain à 32 ou 33 degrés, quoique le poids du corps ne change point, il y a eu néanmoins une certaine quantité d'eau absorbée (Voy., pour plus de développements § 155 et suivants'.
lir l’épiderme et pour le rendre perméable, il faut séjourner dans le bain deux ou trois heures. Si on y restait davantage, l’absorption cutanée aurait alors une véritable importance. Ces immersions générales prolongées ne sontpas usitées, mais quand on applique pendant huit ou dix heures, et même pendant huit ou dix jours de suite, des cataplasmes sur un même point de la surface tégumentaire, la couche épidermique correspondante s’imbibe, se gonfle et se tuméfie, devient perméable comme une sorte d’éponge, et ne présente plus alors de résistance à l’absorption. Le cataplasme agit comme une sorte de bain local prolongé et il peut être utilisé comme une sorte de porte ouverte pour les substances qu’on veut faire absorber par la peau.
L’épiderme n’est pas le seul obstacle qui s’oppose à l’absorption cutanée. Dans les conditions normales, la surface de l’épiderme est recouverte par un enduit ou sorte de vernis gras sans cesse renouvelé par la sécrétion des glandes sébacées. Aussi est-il bon, lorsqu’on veut favoriser l’absorption cutanée, depratiquer un savonnage général de la peau et de se servir de savons alcalins (le savon noir par exemple) L
Lorsque l’eau renferme des substances en dissolution, telles par exemple que des substances salines, ces matières pénètrent-elles avec l’eau elle-même dans les voies de l’absorption ? Disons d’abord que la peau, de même que toutes les autres membranes animales (et plus même que les autres membanes animales, eu égard à l’épaisseur de la couche épidermique), est plus facilement traversée par l’eau que par les sels dissous 1 2 3. En- tenant compte des innombrables expériences qui ont été faites sur ce point de physiologie, on peut dire que la peau n’admet les matières tenues en dissolution dans l’eau qu’avec une extrême lenteur et dans des proportions très-faibles , et encore cette faible absorption a besoin, pour s’exercer, que le liquide du bain soit à une température de 25à30degrés centigrades. Ajoutons que l’expérimentateur doit se tenir en garde contre l’absorption des substances volatiles, qui peut se faire par les poumons. Dans la plupart des expériences dont nous parlons l’immersion dans le bain a toujours été de trop faible durée (Voy. plus haut) pour que l’absorption ait pu s’exercer dans de notables proportions. Lorsqu’on ne séjourne que moins d’une heure, ou même une heure, dans un bain, les faibles proportions de matières médicamenteuses, quisont absorbées dans le bain chaud, s’introduisent surtout dans les voies de l’absorption par la surface du gland, ou du prépuce, et par Torifice anal et vaginal.
S’il était possible de donner aux bains la durée qu’on peut donner aux expériences tentées sur les animaux, nul doute que le ramollissement de l’épiderme pourrait être porté au point de permettre plus facilement aux matières médicamenteuses de pénétrer par absorption dans le réseau vasculaire dermique. Pour faire apparaître dans l’urine d’un cheval des traces d’une dissolution de ferrocyanure de potassium (substance extrêmement sensible aux réactifs), dont on arrose la peau de la région dorso-lombaire, il faut continuer l’irrigation pendant cinq ou six heures de suite •*.
1 Le» alcalis s’unissent, aux matières grasses et forment un savon soluble que le lavage entraîne.
2 Les filtres composés avec du sable, avec des matières végétales, du papier, etc., présentent une propriété analogue, quoique moins prononcée. Lorsqu'on filtre une dissolution, les premières portions qui passent par filtration sont ordinairement moins concentrées que celles qui sont encore sur le filtre.
3 II est vrai de dire que la peau du cheval est plus réfractaire il l’absorption que la peau humaine.