‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 74 sur 429 · CHAPITRE II. ABSORPTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. ABSORPTION

L’application des emplâtres ou des pommades dans lesquels sont incorporées des substances médicamenteuses ne peut pas être comparée à ce qui a lieu dans les bains. L’excipient est ici un corps gras , miscible avec la matière sébacée qui recouvre la surface tégumentaire; le contact est en outre accompagné de frictions, c’est-à-dire d’une action mécanique qui a pour effet de refouler la substance dans les glandes sébacées elles-mêmes, c’est-à-dire dans la profondeur du derme. C’est ainsi qu’à l’aide des frictions on peut faire pénétrer V huile de croton tiglium dans l’épaisseur de la peau intacte et purger ainsi les malades. Les frictions à l’aide de la pommade stibiée excitent des vomissements : les frictions à l’aide de la pommade belladonée dilatent la pupille : les frictions avec la pommade mercurielle amènent la salivation.

On facilite, en effet, singulièrement l’absorption cutanée en exerçant des frictions avec les pommades, et même avec les liquides médicamenteux dont l’excipient n’est pas une matière grasse. M. Lebkuchner frictionne, à diverses reprises, et pendant plusieurs jours, la peau du ventre d’un lapin avec une dissolution d’acétate de plomb : l’animal meurt empoisonné. Il plonge le tissu cellulaire sous-cutané de ce lapin dans l’hydrogène sulfuré : ce tissu devient noir et accuse ainsi la présence du plomb par la formation du sulfure de plomb. L’acétate de plomb avait donc traversé la peau. Le même observateur constate aussi la présence du plomb dans le sang de l’animal empoisonné.

Il est indispensable de tenir compte, dans les phénomènes de l’absorption cutanée, de l'état dans lequel se trouve la peau. Lorsqu’elle est recouverte de son épiderme, comme l’épiderme est formé d'une couche épithéliale invasculaire, l’absorption, nous venons de le voir, est alors très lente, parce qu’elle doit être précédée de l’imbibition et du ramollissement de l’épiderme. Mais, quand la substance attaque l’épiderme, ou quand la peau est privée de son épiderme et que le derme est à nu, les parties superficielles du derme étant parcourues par un réseau vasculaire sanguin et lymphatique d'une grande richesse, l’absorption est incomparablement plus énergique et plus prompte. Des substances solides, réduites en poudre et solubles, qui, placées à la surface de l’épiderme sec, ne seraient point absorbées, le sont au contraire très-rapidement quand on les dépose sur le derme dénudé, à la suface duquel le plasma exhalé hors du réseau vasculaire dissout la substance soluble.

La peau intacte absorbe les gaz, et il se fait ainsi à la surface cutanée une respiration rudimentaire (Voy. § 155). Si l’on plonge des animaux dans un milieu gazeux délétère, en leur maintenant la tête en dehors de l’appareil, ils ne tardent pas à succomber. L’expérience a été souvent répétée à l’aide du gaz hydrogène sulfuré. M. Lebkuchner, ayant fait périr un lapin de cette manière, a constaté que le tissu sous-cutané de l’animal passait au noir quand on le traitait par un sel de plomb.

La thérapeutique a déjà utilisé la propriété absorbante de la peau pour les gaz, Peut-être pourrait-elle en tirer un plus grand parti l.

1 L’action de l’eau sur la peau, et notamment de l’eau froide, a donné de nos jours naissance à une méthode thérapeutique puissante, l’hydrothérapie. Mais ici l’action exercée par l’eau n’est pas une action d'absorption, mais une action physique de température.

L'immersion dans le bain froid produit l'abaissement de la température du corps, le refoulement du sang de la périphérie au centre, un ralentissement passager de la circulation, une gêne plutôt qu’une diminution dans le nombre des mouvements respiratoires. Il survient ensuite, au bout d’un temps généralement court, mais qui peut varier suivant la durée de l’immersion et la constitution Béclard, 7e édition.

Absorption pulmonaire. — L’expérience de tous les jours nous montre que le poumon, dont la fonction essentielle est d’absorber l’air atmosphérique, absorbe aussi les différents gaz délétères au milieu desquels l’homme se trouve parfois plongé. La respiration introduit également dans l’économie des vapeurs de toute espèce : vapeurs d'éther, de chloroforme, d’alcool, et beaucoup d’autres substances volatiles. La possibilité d’introduire ainsi dans le sang, par la voie pulmonaire, une foule de vapeurs, a donné naissance à une méthode spéciale d’administration des médicaments, dite méthode des fumigations, et on a construit à cet effet des appareils particuliers. N’oublions pas que la substance organique, peu connue, des miasmes marécageux, et que le principe inconnu d’une foule de maladies épidémiques et contagieuses s’introduisent probablement dans l’économie par cette voie.

La membrane muqueuse pulmonaire absorbe aussi les liquides avec une grande énergie. Chez l’homme, il est rare que les liquides pénètrent dans les poumons par la trachée ; quand ils s’y engagent par hasard, il y a d’abord un moment de suffocation, mais l’absorption ne tarde pas à débarrasser les voies aériennes de ce que les efforts de toux n’ont point expulsé au dehors. Chez les animaux, on peut impunément injecter dans les poumons de très-grandes quantités d’eau. Il y a d’abord un peu d’angoisse, mais elle disparaît promptement. Nous avons souvent injecté 30, 40, 80 grammes de liquide dans les poumons des chiens et des lapins, par la voie de la trachée, et l’on peut sans danger introduire 10 et 20 litres d’eau dans les poumons d’un cheval. Il faut injecter d'un seul coup , et rapidement, environ 40 litres de liquide pour le faire périr d’asphyxie.

Des substances diverses, dissoutes dans l’eau, passent promptement dansle sang par la muqueuse pulmonaire, membrane d’une extrême ténuité aux extrémités vésiculaires des bronches. Lorsqu’on injecte 15 ou 20 grammes d’une dissolution de cyanure de potassium (contenant 5 grammes de sel pour 30 grammes d’eau) dans les poumons d’un lapin, on retrouve le sel dans le sang de la jugulaire, au bout de quatre ou cinq minutes. Quand on injecte dans la trachée d’un cheval 12 grammes d’extrait alcoolique de noix vomique, les phénomènes d’empoisonnement surviennent bientôt, et l’animal expire au bout de cinq ou six minutes.

Quand on cherche à faire pénétrer par absorption dans le sang des animaux une substance saline dissoute, dans un but d’expérience, il n’y a guère de voie plus prompte ni plus sûre que la voie pulmonaire.

Absorption dans les cavités closes, dans les réservoirs des glandes, sur les surfaces accidentelles, etc. — Voies de ces absorptions. — Les Cavités closes,

du sujet, une période dite de réaction caractérisée par un sentiment de chaleur et de bien-être, par l’accélération du pouls et la plénitude des mouvements respiratoires. La température générale (température prise sous la langue ou dans le rectum) ne s’abaisse guère de plus de 1 à 3 degrés, de 1 à 5 au maximum (voyez le cliap. Chaleur animale). Il n'est pas question, bien entendu, de l’immersion partielle de parties éloignées du centre circulatoire. Dans ces conditions, la température de la main, du pied, du bras, de la jambe, peut s’abaisser de 10, 15, et même 20 degrés. De là l’action considérable exercée sur la nutrition des parties dans le traitement chirurgical par les irrigations froides.

Page 1