MÉCANISME DE L’ABSORPTION
I/absorption ne s’opère que sur les substances dissoutes. — Le système chylifère, le système lymphatique et le système sanguin représentent des appareils dont les réseaux terminaux sont clos de toutes parts 1. Les substances qui s’introduisent dans leur intérieur ne le peuvent qu’à la condition d’être dissoutes. A cet état seulement, elles peuvent traverser les tuniques des vaisseaux2.
1 La théorie des prétendues bouches absorbantes placées aux origines des vaisseaux absorbants, et qui agiraient à la manière de sangsues intelligentes douées de la faculté de choisir ce qui doit entrer dans le sang, cette théorie est un pur roman, démenti et par l’anatomie et par les phénomènes de l’empoisonnement.
2 Les gaz, nous l’avons déjà dit, et nous y reviendrons au chapitre de la respiration, traversent facilement aussi les membranes animales.
M. Herbst, M. OEsterlen et M. Crocq ont reproduit dernièrement l’ancienne opinion des physiologistes, en annonçant que des corps solides très divisés pouvaient passer par absorption dans l’intérieur des vaisseaux.
Suivant M. Crocq, dont les recherches sont les plus récentes, les corps finement pulvérisés pourraient entrer dans le sang par l’intestin, par la peau, par la surface des sacs séreux, par la muqueuse pulmonaire, à la condition que les surfaces tégumentaires, muqueuses ou séreuses, seraient dépouillées de leur épiderme.
Il est vrai qu’en faisant avaler à des animaux du charbon pulvérisé, on a aperçu parfois au microscope, dans le sang des veines intestinales, de petits fragments de charbon qui s’y étaient introduits. Mais le volume relativement considérable de ces fragments ne permet pas d’admettre qu’ils ont traversé des membranes dont, à l’aide de nos instruments grossissants les plus perfectionnés, nous n’avons jamais pu distinguer les pores organiques. Dans les cas dont nous parlons, les fragments anguleux ont chevauché par lésion mécanique successive au travers des parois des vaisseaux, à la manière des aiguilles avalées, qui traversent souvent tous les tissus et viennent se faire jour sous la peau. Ajoutons que, dans les expériences de M. Crocq, le mouvement et les frictions favorisaient puissamment cette introduction. Chez les mineurs, qui vivent au sein de la poussière de charbon de terre et dont les poumons prennent une teinte noire, la houille engorge les extrémités radiculaires des bronches, mais elle n’est point absorbée. Si' l’on trouve parfois des fragments de charbon dans les ganglions lymphatiques, situés dans le médiastin sur le trajet des lymphatiques du poumon, il est permis d’affirmer que ces fragments ont déchiré mécaniquement les parois des vésicules pulmonaires 1.
De très-nombreuses expériences ont démontré que les matières insolubles les plus finement pulvérisées ne sont point absorbées. Les recherches les plus
1 MM. Moleschott et Marfels ( 1 855 et 1856), dans une longue série d’expériences sur les grenouilles, ont aussi cherché â démontrer que les corps solides de petit volume (les globules du sang, par exemple) peuvent traverser les voies de l’absorption. M. Moleschott injecte dans l’estomac des grenouilles du sang de bœuf défibriné, et en examinant le sang de la grenouille, le jour ou le lendemain de l’injection, il aurait constaté dans ce liquide l'existence des globules du sang de bœuf, lesquels diffèrent des globules du sang de la grenouille et par le volume et par la forme.
Les recherches que M. Hollander a plus récemment entreprises sous la direction de M-. Bidder n’ont pas confirmé les résultats annoncés par M. Moleschott. M. Hollander s’est servi, comme M. Moleschott, du sang de bœuf défibriné. Dans une première série de recherches, il injecte du sang de bœuf défibriné, directement, dans les vaisseaux de la grenouille. Dans ces conditions, l’observateur peut encore reconnaître les globules du sang de bœuf dans les vaisseaux delà grenouille, six, douze, vingt-quatre heures après 1 injection. Après quarante-huit heures, il n’en existe plus. Quand on injecte dans l’estomac des grenouilles du sang de bœuf défibriné, on trouve encore, pendant plusieurs heures, du sang dans l’estomac et dans l’intestin de la grenouille, avec ses caractères distinctifs. Au bout de dix-huit heures on ne trouve plus rien. La résorption du sang (période digestive complète) est donc terminée, en moyenne, au bout de dix-huit heures. Or, en examinant dans ces conditions le sang pris sur les grenouilles pendant toute cette période de dix-huit heures, jamais M. Hollander n’a pu y constater l'existence des globules du sang de bœuf, soit que les grenouilles n’eussent été soumises qu’à une seule injection stomacale, soit qu’elles l’eussent été à plusieurs injections successives. On trouvait, il est vrai, disséminés dans le sang de grenouilles, quelques globules non ovalaires qui ont de l’analogie avec les globules du sang des mammifères, mais on les rencontre aussi bien chez les grenouilles saines que chez les grenouilles en expérience. M. Hollander a répété ces expériences à l’aide du sang de veau et du sang de mouton ; il est arrivé aux mêmes résultats.
M. Donders, à l’exemple de M. Hollander, a injecté du sang de mouton défibriné dans l’estomac des grenouilles, des chiens et des lapins, et à aucun moment de la digestion il n’a pu constater la présence des globules du sang de mouton dans le sang ou dans le chyle de 1 animal en expérience.