CHAPITRE II. ABSORPTION
décisives ont été faites à l’aide d'un corps absolument insoluble et d’une finesse impalpable, le noir de fumée.
Des substances minérales, quoique insolubles dans l’eau, peuvent être absorbées lorsqu’elles sont mises en contact avec les parties vivantes; mais il faut pour cela qu’elles éprouvent, de la part des liquides organiques, une transformation chimique qui les métamorphose en produits solubles.
Les membranes animales constituent les filtres les plus fins que nous puissions imaginer. Si l’on prend, par exemple, du sang humain défibriné par le battage et qu’on le jette sur un filtre en papier de laboratoire, une grande partie des globules du sang traverseront les pores de ce filtre; si, au contraire, on se sert d’une membrane animale, il ne passe pas un seul globule de sang au travers de la membrane.
Nous avons plusieurs fois insisté sur la nécessité de la transformation des aliments insolubles en produits solubles (et en particulier sur la métamorphose de la fécule en glycose), pour qu’ils puissent entrer dans les voies de l’absorption. Voici une expérience facile à répéter, et qui montre bien la nécessité de cette transformation. Fermez deux tubes par des fragments de membranes animales. Placez dans ces deux tubes une dissolution d’albumine d’une densité analogue à celle du sang, ou le sérum du sang lui-même. Placez l’un de ces tubes dans un vase contenant de l’eau amidonnée, placez l’autre dans un vase contenant de l’eau amidonnée additionnée de diastase, et maintenez les deux appareils à une température de 40 degrés centigrades. Au bout de quelques hepres, le niveau du liquide des deux tubes se sera élevé par suite des phénomènes d’osmose qui se sont prononcés du côté de la dissolution albumineuse (Voy. § 74). Mais ce que nous voulons faire remarquer ici, c’est que, si l’on examine chimiquement les solutions albumineuses contenues dans chacun des tubes, on trouve qu’il a passé de la glycose dans celui de ces tubes qui était placé dans le vase contenant de l’amidon et de la diastase, tandis qu’il n’a passé que de l’eau dans l’autre tube : on n’y trouve pas un atome de fécule.
Imbibition. — Lorsqu’une membrane desséchée est mise dans l’eau, elle se gonfle et augmente de poids : elle a par conséquent de la tendance à s'imbiber de liquide.
L’imbibition varie d’énergie suivant les liquides. De tous les liquides, l’eau est celui qui entre le plus facilement dans les tissus. Lorsqu’à l’exemple de MM. Ludwig et Cloetta, on plonge un fragment de membrane animale dans une dissolution saline, on constate que la membrane se charge d’un liquide où l’eau prédomine, c’est-à-dire d’une solution moins concentrée que la dissolution ellemême. De même, quand on filtre une dissolution saline à l’aide d’une membrane animale, on trouve que la portion filtrée est moins chargée de sels que celle qui reste sur le filtre.
La pression facilite beaucoup l’imbibition ; elle peut même la déterminer quand le liquide a peu de tendance à mouiller les membranes. L’imbibition varie ençore suivant la nature du tissu organique, la température et la durée du contact.
Le phénomène d’imbibition précède, ainsi que nous l’avons vu, l’absorption
par la peau, dont l’épiderme, en rapport avec l’air atmosphérique, est plus ou moins sec. Les autres tissus étant constamment baignés de liquides dans l’état de vie, leur imbibition est en quelque sorte permanente.
L’imbibition des parties solides de l’organisme a des limites, et il ne faudrait pas comparer le corps d’un animal à une éponge. S’il en était ainsi, les liquides divers de l’économie, traversant de proche en proche les tissus environnants, arriveraient promptement au mélange. 11 se passe, il est vrai, quelque chose de semblable chez les animaux inférieurs, dont la substance parenchymateuse n’est point traversée par un système circulatoire distinct, et dont le fluide nourricier imbibe la masse du corps dans toute son épaisseur; mais dans les animaux à circulation et par conséquent chez l’homme, il n’en est plus de même. Le système circulatoire joue, sous ce rapport, un rôle des plus importants. Dans toute partie organisée, dans toute membrane, il y a une multitude innombrable de vaisseaux capillaires, sanguins ou lymphatiques. Or, le liquide contenu dans un réservoir naturel imbibe, il est vrai, les tuniques de ce réservoir, mais les courants sanguins et lymphatiques entraînent ce liquide d’imbibition à mesure que l’imbibition a lieu. Ainsi, la bile, par exemple, contenue dans la vésicule biliaire, n’a point de tendance à entrer par imbibition dans la cavité péritonéale, non plus que le liquide de la cavité péritonéale à pénétrer dans l’intérieur delà vésicule biliaire. C’est pour la même raison que le produit liquide de la digestion intestinale passe par absorption dans les vaisseaux qui circulent dans l’épaisseur de la membrane muqueuse de l’intestin, et qu’il ne traverse point de part en part l’intestin, comme cela a lieu chez les animaux qui n’ont point de vaisseaux. C’est pour la même raison que le liquide contenu dans une cavité séreuse ne passe point par imbibition dans le tissu cellulaire sous-jacent, et qu’une humeur enkystée ne se répand pas au dehors de sa membrane d’enveloppe, entourée de vaisseaux. Voilà aussi pourquoi, sur le cadavre, le courant sanguin étant suspendu^ les liquides contenus dans leurs réservoirs transsudent au travers des tuniques de ces réservoirs1.
L’imbibition prépare l’absorption. Quant à l’absorption proprement dite, elle consiste essentiellement dans le passage au travers des tuniques des vaisseaux, des liquides placés à leur surface extérieure. Mais comment se fait-il que le sang contenu dans les vaisseaux, à un état de tension permanente, déterminée par les contractions du cœur et entretenue par l’élasticité des parois artérielles, comment se fait-il, dis-je, que le système sanguin, toujours bandé , admette des liquides dans son intérieur ? Ici intervient une force nouvelle. Cette forcejparticulière, c’est celle que Bernoulli et Fischer avaient entrevue, et que M. Dutrochet a le premier décrite, sous le nom d’endosmose. Elle mérite de nous arrêter un instant.
Endosmose, — Exosmose. — fifcsffissâon. — Osmose. — Mettez dans un tube de verre renflé à son extrémité inférieure b (fig. 31) une dissolution de sucre, de sel, de gomme, d’albumine, etc. ; fermez ce tube par une membrane animale; plongez l’extrémité du tube ainsi fermé dans un vase a, qui contient de l'eau pure, de manière que le niveau de l’eau du vase et que le niveau du liquide
1 Sur le cadavre, les parties voisines du foie sont généralement teintées en vert par les matières colorantes de la bile qui transsude au travers de la vésicule.