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I. — Absorption digestive

On étudiera d’abord l’absorption digestive. Puis viendra l’exposé des autres formes d’absorption.

1° Mécanisme de l'absorption.

L’absorption intestinale n’est ni une simple diffusion et imbibition (voy. p. 52), ni une simple osmose (p. 54) ou diffusion à travers une membrane hémiperméable. Si les lois de l’osmose s’appliquaient à ce phénomène, les solutions hypotoniques au plasma sanguin seules traverseraient l’épithélium, ce qui n’est pas le cas; quelle que soit la tension osmotique d’une solution qui se trouve dans l’intestin, que cette solution soit hypertonique ou hypotonique au plasma sanguin,

1 équilibré osmotique s établit d abord avec ce liquide ; la solution est rendue isotonique; et par là et jusqu’ici les lois de l’osmose sont satisfaites. Mais les substances dissoutes des solutions isotoniques sont absorbées comme l’eau, elles colloïdes le sont comme les cnstalloïdes; s’il en était autrement, la nutrition ne serait point possible.

ABSORPTION

Ce qui a été dit (p. 72 et 80) de la perméabilité des éléments cellulaires en général s’applique d'une manière spéciale dans le cas présent, c est-à-direau passage des produits de la digestion à travers la paioi intestinale. Cette paroi, particulièrement dans le transport des colloïdes, manifeste une activité propre; elle joue un rôle. On ne sait pas encore en quoi consiste exactement ce rôle; il dépend probablement de telle ou telle propriété physique ou chimique (voy. p. 72-73) des constituants cellulaires; toujours est-il, on le verra tout à lheuie, que 1 épithélium intestinal laisse passer diverses substances protéiques et qu’il fait subir à d’autres substances, les acides ^ gras, une importante transformation.

On sait que 1 appareil absorbant, la muqueuse intestinale, forme de nombreux phs, les valvules connivejües, et des saillies, les villosités; cas dispositions assurent la mullipliciié des contacts avec les matières à absorber. Dans le tissu de la villosité se trouvent deux systèmes vasculaires: d une part, un lacis de vaisseaux sanguins placés dans toute l’épaisseur et arrivant si^ près de la superficie qu’il est presque en contact avec l’épitbélium; d autre part, un canal central qui est le vaisseau chylifère. Les ■vaisseaux sanguins sont donc aussi bien disposés pour l'absorption que les chylifères.

2° L’absorption des diverses substances alimentaires.

A. Absorption de l’c.an et des sels. — L’eau et les solutions de sels qui arrivent ou que l’on injecte dans l’intestin grêle passent rapidement dans le sang; on constate au bout de peu de temps leur

présence dans Iç.s urines ou quelquefois dans la bile ou dans la salive.

Dans l’estomac, cette absorption est très faible et lente; l’eau n’y est presque pas résorbée; une solution saline qu'on y introduit, après ligature du pylore, ne passe dans les urines qu’après un temps assez long, variable d’ailleurs suivant la nature du sel.

Dans le gros intestin 1 eau est parfaitement résorbée.

B. Absorption des sucres. — Les solutions sucrées paraissent être absorbées très vite; elles ne séjournent point dans l’intestin, puisqu’elles n’ont pas le temps de manifester leur action purgative. La glycose est résorbée au fur et à mesure de sa production, plus rapidement dans le duodénum et le jéjunum que dans l’iléon.

Les sucres sont également absorbés dans le gros intestin.

Ils ne le seraient pas dans l’estomac.

Fig. 33. — Chylifères d’un chien pendant la digestion (G. Coun

A, Chylifères du mésentère ;B, glandes ou ganglions mésentériques ; C, chylifères efférents; D, réservoir du chyle (citerne de l’FxguEx ü).

1. G. Colin (i825-i8o7), physiologiste français, fut professeur de physiologie à l’Ecole vétérinaire d’Alforl.

2. J. Pecouet, médecin français du milieu du xviii» siècle, natif de Dieppe. Il était étudiant à Montpellier lorsciu’il découvrit que les chylifères se rendent dans un confluent (citerne ou réservoir de Pecquet) qui est l’origine du canal thoraci<]ue.

ABSORPTION

C. Absorption des graisses. — Quand on sacrifie un animal en digestion, on trouve la muqueuse intestinale blanchejet transparente et on volt à l’œil nu (observation d’AsEr.ui) les chylifères intestinaux et mésentériques pleins d’un liquide laiteux (fig. 33), surtout si le repas était riche en graisse ; au microscope les cellules des villosités sont remplies de granulations graisseuses colorables en noir par 1 acide osmique et que l’on peut ainsi suivre aisément; c’est l’épithélium du sommet de la villosité qui se gonfle d’abord et devient blanchâtre, puis le corps se modifie à son tour. Ainsi l’épithélium se gorge en quelque sorte de la substance alimentaire.

On a cherché à pénétrer dans l’analyse des phénomènes par lesquels les cellules épithéliales des villosités ell'octuent l’absorption, La surface libre de ces cellules est munie d’un plateau strié; ce plateau strié est formé de bâtonnets placés parallèlement côte à côte, qui, d’après plusieurs histologistes, seraient des prolongements du protoplasma de la cellule. Ces prolongements, analogues à des cils vibi'atiles, présenteraient des mouvements très lents, activés par la présence de la bile, et grâce auxquels ils plongeraient dans le liquide intestinal en contact avec la villosité et s’y empareraient des substances à absorber, comme une amibe, avec ses pseudopodes, va à la recherche de ses aliments, s’en empare et les amène dans son corps protoplasmique par la rétraction de ses pseudopodes. C’est ainsi notammentque les fines gouttelettes de lagraisse émulsionnée seraient amenées dans le corps de la cellule épithéliale qui les transmettrait aux éléments anatomiques sous-jacents.

D’autres recherches, celles en particulier de A. Nicolas (1891), ont conduit à une interprétation différente, mais dans laquelle l'absorption est cependant due toujours à un travail spécial de la cellule. Cet auteur a observé, dans les cellules épithéliales de l’intestin du triton à jeun, la présence de boules ou enclaves qui joueraient un rôle essentiel dans l’absorption des graisses ; celles-ci pénétreraient dans les cellules épithéliales sous la forme de solution, après avoir été saponifiées dans la cavité intestinale, et se fixeraient sur les boules ou enclaves sus-indiquées ; c’est alors que la graisse apparaîtrait de nouveau sous forme de gouttelettes, la substance des enclaves en question agissant à la manière d’un véritable ferment qui opère la synthèse de la graisse. — 11 a été reconnu d’ailleurs que les autres substances absorbées ne sont pas plus que les graisses décelables dans la partie supérieure de la cellule intestinale et qu’elles n’apparaissent que dans les formations spéciales (mitochondries 2, par exemple) de la zone sous-basale, — La cellule absorbante se comporte donc comme une véritable cellule glandulaire, mais elle se distingue des autres en ce qu’elle tire les

1. Aselli (ou Asellio) (i58i-iG26), médecin italien, professeurà Pavie où, en 1622, ouvrant 1 abdomen d un chien en digestion, il vit le mésentère des cordonsblancs qu il prit d abord pour des nerfs; mais, ayant piqué un de ces cordons, il en vit sortir un liquide crémeux et comprit qu’il venait de faire une grande découverte.

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