ABSORPTION DIGESTIVE
matériaux de sa sécrétion du milieu extérieur, du contenu intestinal (voy. p. 132), et non du milieu intérieur, du sang^.
Contre la théorie tout histologique de l’absorption des graisses s’est donc fait jour une théorie chimique-, ce sont les produits de la digestion des graisses, glycérine et acides gras ou savons, qui pénètrent, en tant que substances dissoutes, à travers les cellules épithéliales des villosités. De fait, on a vu que les graisses neutres, introduites dans l’intestin, sont dédoublées en leurs éléments constituants et que l’on trouve ceux-ci, acides gras et glycérine (p. 270), dans la cavité intestinale ; comme les fèces, au contraire, en contiennent très peu, force est de conclure que ces substances ont traversé les cellules des villosités ; et, comme on décèle dans ces cellules des gouttelettes graisseuses, force est aussi de conclure que dans ces éléments la graisse s’est reconstituée. — Réalisons l’expérience directe; on fait ingérer à un animal ou on introduit dans une anse intestinale isolée des acides gras et de la glycérine; les chylifères prennent l’aspect lactescent et l’on trouve dans leur contenu de la graisse neutre. La cellule absorbante a donc la propriété d’opérer la synthèse de la graisse. D’ailleurs, on peut, dans la ration d’entretien (expériences faites sur des chiens), substituer à une quantité donnée de graisse une quantité équivalente d’acides gras, il ne se produit aucune variation de poids de l’animal. — Voici une autre expérience directe qui a été effectuée sur l’homme. Dans un cas de fistule de la citerne de Pecquet chez une jeune fille, par où s’écoulait tout le chyle, I. Munk * (1890) a constaté qu’après ingestion de blanc de baleine (palmitate de cétyle) par la malade, le chyle contenait de la tripalmitine ; le blanc de baleine avait donc été saponifié et l’acide palmitique absorbé s’était combiné à la glycérine pour former de la palmitine. Inversement, la lanoline (combinaison d’acides gras avec la cholestérine, retirée du suint des moutons et fusible à 40-42“), qui s’émulsionne aisément, mais ne se saponifie pas dans l’intestin, se retrouve intégralement dans les fèces; elle n’est donc pas résorbée ; n’est-ce point justement parce qu’elle n’a pas été dédoublée ?
En somme, c’est à l’état d’acides gras surtout et de savons ® que sont absorbées les graisses.
t. La cellule inlesUnale « a une fonction double : d'une part, absorption ou sécrétion interne, au’sens de Ptliiger et d’autre part sécrétion externe du suc entérique... La partie supérieure de la cellule représente la partie qui puise les produits dans la lumière de l’intestin et les verse dans le sang, c'est le segment absorbant. Les produits élaborés par lui s’accumulent surtout dans le tiers supérieur de la cellule et sont excrétés latéralement dans les espaces intercellulaires. La partie inférieure de la cellule sert vraisemblablement à la sécrétion. Son appareil mitochondrial est disposé en effet comme celui d’une cellule glandulaire à sécrétion externe, comme celui des cellules à mucus par exemple. De cette façon nous pouvons nous expliquer cette polarité double de la cellule intestinale » (CiiB. Champy, Arch. d’anatomie microscopique, 1911, t. XIII).
2. I. Munk (i852-i9o3), physiologiste allemand, très connu par ses nombreuses recherches sur les échanges nutritifs. L’excellent Traité de diélélique qu’il a publié avec C.-A. Ewald a été traduit en français par J. -F. Heymans et P. Masoin (de Gand), Paris et Bruxelles, 1897.
3. Plusieurs faits déposent actuellement contre la possibilité de l’absorption des graisses à l’état de savons, celui-ci entre autres, que des solutions de savons
ABSORPTION
La résorption des graisses varie avec le point de fusion de ces corps. Les graisses qui fondent à une température inférieure à celle du corps (huile d’olive, graisses de porc, d’oie) sont absorbées presque complètement dans l’intestin (98-97 p. 100); la graisse de mouton, dont le point do fusion est plus élevé, laisse un résidu de 10 p. 100 environ; la tristéarine pure* un résidu de 15 p, 100.
En étudiant le rôle de la bile, on a vu (p. 260) l’influence de cette humeur sur l’absorption des graisses.
D. Absorption des matières protéiques. — On a longtemps admis que les matières albuminoïdes ne sont absorbables qu’à l’état d'albumoses et de peptones.
11 a été reconnu que diverses albuminoïdes naturelles, Védestine (albunhnoïde extraite des graines de chanvre), l’ovalbumine, la sérumalbumine, la sérumglobuline, etc., injectées dans une anse intestinale isolée, disparaissent en quelques heures, sans qu’on puisse
à aucun moment trouver d’albumoses dans ce segment d’intestin.
Cette absorption peut avoir lieu aussi dans le gros intestin.
Mais la plupart des albuminoïdes subissent des transformations que nous connaissons; elles ne sont absorbées qu’après ces transformations-. Est-ce à l’état d’albumoses et de peptones qu’elles le sont? On le croyait et d’autant plus que l’alimentation azotée des animaux et de l’homme peut être, au moins pendant quelque temps, entretenue avec des albumoses; mais, comme pendant la digestion on ne trouve point d albumoses dans le sang et que le sang de la veine porte n’en contient pas plus que celui de la carotide après un repas riche en albuminoïdes, on admettait que ces corps, durant leuz' passage à travers la muqueuse intestinale, sont retransformés par déshydratation en albuminoïdes de même espèce que celles qui existent dans le sang. Et il semblait que le pouvoir déshydratant de la cellule absorbe nte vis-à-vis des albumoses fût analogue à celui qu’elle manifeste dans la synthèse de la graisse, puisque les acides gras et la glycérine ne s’unissent pour former des graisses qu’en éliminant de l’eau. En réalité, ces suppositions dépassaient les faits. Si l’on ne trouve point de protéoses dans le sang, c’est qu’elles subissent ellesmêmes pour la plupart une dégradation dont la découverte de l’érepsine (voy. p. 268) nous a livré la connaissance. — Est-ce donc à l’état de produits de destruction plus avancés (produits érepsiniques) que
forme rapidement des acides gras; il suffit, de r lieu, de l’action de l’anhydride carbonique (expériences