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FORMATION DE LA LYMPHE

distingué (1891) deux sortes de substances lymphagogues, celles de la pre. mière classe, par l’action desquelles la quantité de lymphe est augmentée aux dépens du plasma sanguin ; — ce groupe comprend des colloïdes ü’ès divers et souvent de nature encore indéterminée, extrait de muscles d’écrevisses, extrait d'anodontes, de moules, de sangsues, solutions d’albumoses ou d'ovalbumine, plusieurs toxines microbiennes (toxines diphtéritique, pyocyanique, tuberculine, etc.), extrait de fraises, etc.*; — et celles de la seconde classe, par l’action desquelles la quantité de lymphe s’accroît aux dépens de l’eau des tissus; ce sont les cristalloïdes dont il a été parlé tout à l’heure.

L injection intraveineuse, chez le chien, d’un lymphagogue de la première classe détermine un écoulement plus ou moins abondant, quelquefois très abondant, suivant la substance injectée, et qui peut durer plus d’une heure, de la lymphe du canal thoraciques. Cette lymphe provient presque exclusivement du foie, car la ligature préalable des lymphatiques qui viennent de cet organe empêche l’action de ces lymphagogues. Elle est plus riche en substances albuminoïdes et conserve sa teneur normale en sels. Or, on remarque que toutes ces substances, bien loin d’augmenter la pression artérielle, la diminuent et que cette diminution est souvent très forte. D’autre part, si l’on a constaté que plusieurs de ces colloïdes, l’extrait de muscles d’écrevisses par exemple, élèvent la pression dans la veine porte et par suite dans les capillaires intra-hépatiques, cette élévation de pression dure beaucoup moins longtemps que l’accroissement du courant lymphatique. Enfin, il ne peut être question d’expliquer ce dernier par des phénomènes osmotiques, étant donnée la faible quantité de ces substances qu’il suffit d'injecter pour qu’elles produisent leur effet.

Pour ces raisons, puisque la quantité de lymphe produite paraît être indépendante de la pression sanguine et que sa composition paraît être soustraite, en partie au moins, aux lois de la diffusion, Heidemiain a pensé que la lymphopoïèse doit être rangée parmi les phénomènes de sécrétion. Les cellules endothéliales des capillaires seraient ici les cellules glandulaires. Et les lymphagogues devraient être considérés comme des excitants de ces cellules au même titre que les sialagogues sont des excitants de la cellule salivaire. Ainsi l’activité sécrétoire, facteur proprement physiologique, jouerait un rôle important dans la formation de la lymphe.

Il est vrai que l’on peut aussi bien expliquer l’action des lymphagogues en supposant que ces substances modifient la perméabilité des capillaires, qu’elles l’augmentent dans divers organes, ce qui amène une filtration plus considérable. Que la perméabilité des

1. Les substances lymphagogues de cette catégorie sont en même temns anti coagulantes (voy. P 359); et ces deux propriétés tiennent sans doute à leufacUon sur la cellule hépatique (rapprocher ce que nous disons plus bas à ce sujetdUe que nous a vous dit à la p. 359). i ce sujeiae ce

incof “ulablT beaucoup moins coagulable ou même

CIRCULATION LYMPHATIQUE

éléments cellulaires, des cellules endothéliales vasculaires commed’autres cellules, ne soit pas toujours et partout la même, cela peut être admis d’après quelques données. On a vu (p. 71) le principe et la possibilité de ces variations de la perméabilité des cellules en général. Pour le cas qui nous occupe, déjà, dans une expérience rapportée plus haut (p. 496), on ne comprend pas pourquoi l’écoulement lymphatique, qui persiste malgré l’obturation de l’aorte, ne dure qu’une heure environ. On a supposé que, dans ce cas, la perméabilité des capillaires, en raison peut-être de la suppression de la circulation artérielle, diminue peu à peu et finit par être nulle. D’autre part, la lymphe des membres est moins riche en matières albuminoïdes que celle de l’intestin et surtout que celle du foie. On ne peut guère attribuer ces différences qu’à des différences de perméabilité, les capillaires des membres laissent passer les albuminoïdes du plasma sanguin beaucoup plus difficilement. On a donc été amené à penser [théorie de E. H. Starling) que les lymphagogues de la première classe, qui agissent tous sur le foie, dont on a pu dire qu’ils sont des poisons du foie*, augmentent la perméabilité des capillaires de cet organe. Comme en même temps ils élèvent la pression dans la veine porte (E. H. Starling), c’est-à-dire dans les capillaires hépatiques, cette élévation de la pression peut déterminer une transsudation extrêmement active à travers les parois altérées, plus perméables, des capillaires.

Malgré leur caractère plausible, ces explications gardent quelquechose d’hypothétique, et c’est le fait même de la modification de perméabilité de la membrane filtrante, qui n’est pas directement prouvé. Et ainsi on est conduit à considérer la formation de la lymphe comme dépendant assurément de facteurs physico-chimiques, pression intracapillaire, tension osmotique, perméabilité des parois des capillaires, mais aussi de facteurs physiologiques, activité fonctionnelle des cellules, désintégration moléculaire, qui d’ailleurs se ramènent sans doute eux-mêmes à des causes mécaniques.

20 Rôle des ganglions lymphatiques.

Le rôle des ganglions lymphatiques dans la formation de la lymphe n’a été démontré que dans la production des éléments figurés de ce liquide ; ce sont des organes générateurs de lymphocytes (voy. p. 330). 11 se peut qu’ils modifient aussi en quelque mesure la composition chimique delà lymphe qui les traverse. Mais les documentsque l’on a sur ce sujet sont insuffisants.

1 Ils déterminent tous des altérations de la cellule hépatique.

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