‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 233 sur 510 · FORMATION DE LA LYMPHE · texte numérisé non relu

FORMATION DE LA LYMPHE

de la lymphe ne dépend pas d’une simple transsudation. Des phénomènes osmotiques modifient la composition du plasma sanguin.

Soit un exemple souvent cité. Le lait de vache contient par litre environ 2 grammes de chaux (ls^7), alors que la lymphe du canal thoi’acique, chez le même animal, n’en contient que 0“‘,2 (0g^l8). Les 25 litres de lait que donne journellement une vache contiennent donc 42 grammes de chaux environ. On a calculé qu’il ne faudrait pas moins de 236 litres de lymphe pour fournir au lait toute cette chaux. Or, la plus grande quantité de lymphe que l’on ait recueillie chez la vache en vingt-quatre heures ne s’élève qu’à 95 litres (voy. p. 298). Mais on fait observer qu’une quantité relativement grande de substances solides, cristalloïdes ou colloïdes, peut être transportée à travers l’endothélium des capillaires par une quantité relativement petite de liquide, si, à mesure que lesdites substances passent dans le plasma interstitiel, elles sont fixées par les cellules au contact desquelles elles arrivent; dans l’ex'emple cité, à mesure que les sels de chaux diffusent dans le plasma interstitiel, les cellules des glandes mammaires les retiennent; la diffusion delà chaux peut donc constamment se faire du liquide intracapillaire dans un liquide auquel les cellules glandulaires enlèvent sans cesse ce corps.

En généralisant ce cas, on peut dire que la diffusion des substances solides du sang dans le liquide 'interstitiel est réglée par les besoins fonctionnels des éléments cellulaires.

D’autre part, il règne un courant d’eau du sang vers les espaces interstitiels en vertu de la différence qui existe entre la concentration moléculaire du sang et celle de la lymphe, celle-ci étant supérieure à celle-là (voy. p. 79). Les substances que produit sans cesse l’activité cellulaire et qui diffusent sans cesse dans le liquide interstitiel maintiennent la concentration moléculaire de ce dernier à un niveau assez élevé. De là résulte un double phénomène, diffusion des produits de la désintégration albuminoïde vers le sang et courant d’eau (courant osmotique) du sang vers les espaces lymphatiques. Ce double courant rendrait la concentration moléculaire du sang égale à celle du liquide interstitiel et par suite l’équilibre entre la lymphe et le sang s’établirait, si la fonction rénale n’intervenait constamment pour éliminer du sang les produits des décompositions protéiques. Le courant d’eau du sang vers le liquide interstitiel persiste donc. Ce courant est d’autant plus intense que l’activité fonctionnelle des cellules est plus grande, aboutissant à la dislocation des substances constitutives de leur protoplasma en une plus forte quantité de composés à molécules plus petites qui, passant dans le liquide interstitiel, en augmentent la concentration moléculaire, puisque la tension osmotique d’un liquide augmente avec le nombre des molécules contenues dans un volume Gley. — Physiologie. 32

CIRCULATION LYMPHATIQUE

donné du liquide (voy. p. 60 et Ci). Aussi la quantité de liquide formée dans un organe est-elle en rapport avec l’activité même de cet organe [théorie de L. Asher, 1898); mais l’on voit que cette relation peut être considérée comme dépendant de phénomènes purement physico-chimiques. On a démontré pour un certain nombre d’organes, différents tnuscles, la glande sous-maxillaire, le foie, le pancréas, l’intestin, la glande thyroïde, que la lymphe formée dans ces organes augmente quand augmente leur activité, par le fait de la contraction de ces muscles ou de la sécrétion de ces glandes. Ainsi, que l’on provoque la sécrétion de la glande sous-maxillaire par l’excitation de la corde du tympan ou par une injection de pilocarpine, on observe une augmentation de la lymphe qui en provient.

Cette même explication de la production de la lymphe par des variations de la tension osmotique du plasma sanguin et respectivement du plasma interstitiel peut s’appliquer encore a l’action de tout un groupe de substances dites lymphagogues. Il s’agit là des lymphagogues cristalloïdes, solutions concentrées de sels neutres, de sucre ou d’urée [lymphagogues de la seconde classe de R. Heidexhain, 1891 ; voy. ci-dessous). L’injection intraveineuse de l’une de ces solutions augmente considérablement l’écoulement de la lymphe du canal thoracique. Cette lymphe, plus aqueuse, est plus pauvre en matières solides. Comme le sang devient aussi plus aqueux, c’est donc aux dépens de l’eau des tissus que s’est accru le courant lymphatique. Que s’est-il passé ? Dès que le cristalloïde pénètre dans le sang, le pouvoir osmotique de ce dernier augmente et l’eau de la lymphe est attirée dans les capillaires ; mais la paroi des capillaires n’est pas imperméable aux cristalloïdes ; ceu.x-ci la traversent et, à son tour, le pouvoir osmotique de la lymphe augmente et l’eau des tissus est attirée dans les lymphatiques. Le résultat est un accroissement de la quantité totale de lymphe qui passe en un temps donné dans le canal thoracique.

Parmi les faits relatifs à la formation de la lymphe, il en est cependant quelques-uns qui paraissent difficilement explicables par les causes que nous venons de voir en jeu. 11 a fallu, pour en rendre compte, recourir à une hypothèse et admettre que, sous diverses influences, la perméabilité des capillaires se modifie et que cette perméabilité varie d’ailleurs suivant les organes.

Ce sont surtout les expériences faites par R. Heidenhain sur l’action des lymphagogues qu’ïi a appelés delà première classe (1891) qui ont échappé à l’étreinte de la théorie mécanique de la lymphopoïèse. R. Heidenhain a

Page 1