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ACTION DU FOIE SUR LES MATIÈRES PROTÉIQUES

Mais est-elle utilisée clans le foie lui-même, ou est-elle de nouveau mobilisée ? Est-ce une réserve où l’organisme peut puiser pour ses besoins alimentaires? Les deux processus, d’ailleurs, pourraient coexister. Ainsi, pendant le sommeil hibernal, la graisse accumulée dans le loie des animaux hibernants disparaît peu à peu, tout comme le glycogène ; ces deux éléments remplacent le matériel alimentaire que les animaux ne se procurent plus. D’autre part, chez le nouveauné, dont le foie est surchargé de graisse (accumulée pendant la vie intra-utérine), celte graisse hépatic]ue disparaît en quelques jours, et l’on a constaté que le foie, déjà très riche en glycogène, s’enrichit encore. S agit-il là d’une d’une translormation in situ de la graisse en glycogène?

Des expériences directes montrent que la cellule hépatique peut manifester une action lipolyticiue.

Quand on injecte une quantité donnée de graisse neutre dans une branche de la veine porte (expériences de F. Ramond sur des chiens, 1904- 190o), le tissu hépatique de 1 animal sacrifié plus ou moins longtemps après l’injection manifeste une acidité très nette. — Cette décomposition intrahépatique de la graisse paraît due à l’action d’une lipase, car elle diminue par le chauffage du tissu.

Le toie agit aussi sur les acides gras. Aux dépens de ces acides se forment en effet dans cet organe les corps acétoniques, acide acétylacétique et acétone, auxquels il faut rattacher l’acide (3-oxybutyrique en raison de sa signification physiologique et quoique chimiquement il ne po.ssède pas la fonction cétonique. Les faits qui démontrent ce rôle du foie sont exposés p. 672. La même fonction cétogène du foie s’exerce sur divers acides aminés (voy. aussi p. 67.3),

5° Fixation et formation de matières protéiques par le foie.

Le loie agit-il aussi sur les matières protéiques ?

A. Le foie, organe fixateur de matières albiimino’ides. —

Nous retrouvons ici le même pouvoir de fixation constaté pour les sucres et pour les graisses. Sur ce point cependant les faits sont moins nombreux.

1° C’est peut-être dans une observation de Claude Bernard qu’il faudrait placer l’origine de nos connaissances à cet égard. En injectant de l’ovalbumine dans la veine jugulaire d’un lapin, l’illustre physiologiste vit cette substance passer dans l’urine ; mais en faisant l’injection dans la veine porte, il ne la retrouva pas dans l’urine ; elle avait donc été retenue et probablement ensuite modifiée par le foie.

NUTRITION

2» Des animaux, soumis d’abord au jeûne de façon qu’ils épuisent à peu près leur réserve de glycogène, sont nourris ensuite avec de l’albumine à peu près pure (chair de morue, qui est extrêmement pauvre en glycogène et en graisse [PplOger]); on constate, au bout de trois à quatre semaines, que le poids du foie a presque doublé, ainsi que la quantité des matières azotées du foie, tandis que le poids du corps n’a pas changé.

De nouvelles recherches seront nécessaires pour nous fournir des J renseignements plus copieux sur cette importante question de la fixation des albuminoïdes par le foie.

B. Le foie, organe formateur de matière fibrinogène.—

On a vu page 333 que c’est dans le foie que se produit le fibrinogène. On ne sait pas encore avec quelles substances et par quel mécanisme la cellule hépatique forme cette globuline.

G. Le foie, organe formateur de substances anticoagulantes. — Nous avons déjà étudié (voy. p. 358-360) la fonction anticoagulante du foie.

6° Fonction uréopoiétique du foie.

Parmi les produits de désassimilation des albuminoïdes, le principal, chez les Mammifères, est de beaucoup l’urée, puisque c’est sous cette forme que s’éliminent les 80 à 90 centièmes de l’azote de ces matières. Et comme la question de la désassimilation des albuminoïdes est une des plus importantes de la physiologie de la nutrition, il est manifeste que cette partie de la question qui concerne la formation de l’urée offre le plus grand intérêt. Or, l’urée est formée, sinon exclusivement, du moins pour la plus grande partie, par le foie.

11 y a longtemps que la question du rôle du foie dans la formation de l’urée a été posée. « 11 existe certainement, écrivait Bouchardat^ en 1846, dans son Annuaire de thérapeutique, une relation qu’on trouvera un jour entre les fonctions du foie et la production de l’urée. » Voyons d’abord comment on a démontré que le foie est le lieu de formation de l’urée, puis nous essaierons de déterminer le mécanisme de ce phénomène-

A. Formation de l’urée dans le foie. — Les preuves sont excellentes du rôle absolument prépondérant du foie dans la production de l’urée

1. A. Bouchardat (1809-1886), médecin français, fui professeur d’hygiène à la Faculté de médecine de Paris. ,

2. Nous laisserons de côté quelques faüsqui ont été souvent considéréscomme

FONCTION URÉOPOIÉTIQUE DU FOIE

1° En faisant passer à plusieurs reprises du sang défibriné à travers le foie séparé du corps (application de la méthode des circulations artificielles [voy. p. 346]), on a vu que ce sang devient de plus en plus riche en urée (expériences faites pour la première fois par E. de Gyon en 1870). Dans une expérience, le sang qui contenait Os*’, 08 d’urée par litre, en contenait, après un passage à travers le foie, 0s*',t4 et, après quatre passages, 0s*’,176, c’est-à-dire plus du double. Si, comparativement, on fait de semblables circulations artificielles à travers des muscles ou à travers les reins, on ne constate que des variations insignifiantes dans la proportion d’urée (Waldemar von Schrôder, 1882).

2<* La suppression de la fonction hépatique par ligature des vaisseaux do 1 organe diminue la quantité d’urée des urines (expériences de W. von Schrôder, 1882). Au contraire, l’extirpation des reins amène une accumulation durée dans le sang*, puisque cette substance ne peut plus s’éliminer , or, ce phénomène ne se produit plus, si on a préalablement lié les vaisseaux hépatiques ou extirpé le foie. Une modification intéressante de cette expérience est due à M. Kaüfmann (189i); par la ligature de 1 aorte et de la veine cave inférieure dans la poitrine, en avant du diaphragme, le foie et les reins sont simultanément supprimés ^ ; toutes les parties situées en avant de la ligature continuent naturellement à recevoir du sang ; mais ce sang, circulant exclusivement dans le train antérieur de 1 animal, ne peut se débarrasser de son urée ; les changements de sa teneur en cette substance ne proviendront donc que des tissus. Or, on constate qu après plus d une heure de circulation la proportion d'urée de ce sang n a presque pas augmenté. Il suit de là que la plus grande partie de l’urée est formée dans un organe situé en arrière de la ligature, c’est-à-dire dans le foie.

très probants à cet égard. Telle est l’observation de Heynsius’ (i85q) sur la moindre proportion d’urée dans le foie frais que dans le foie séparé du corns et conservé pendantquelque temps. Cette e.xpérience fut reprise et perfectionnée par Cil. Richet (18941 qui appliqua à la recherche de l’urée le procédé du foie iave: en lavant le loie d’un animal tué par hémorragie et faisant passer par la veine porte une solution stérilisée de chlorure de sodium, il y trouve une faible proportion d’urée, o'qa par kilogramme d’organe; mais plongeant un fra<^meiu de ce foie dans la paraffine à 100» pour détruire les germes extérieurs et refroi dissant très rapidement puis portant à l’étuve à 38», il trouve, au bout de quatre heures, o«q8 d urée par kilogramme de tissu hépatique. La formation d’urée se continuerait donc, clans ces conditions, dans les cellules hépatiques. Mais outre qu il se pourrait (lue le corps décelé et dosé ainsi dans le foie ne fût pas de l’urée ®P*'**® dérivant du glycocolle (d’après les recherches de O Loevi’ 1898), la production d uree, dans l’expérience de Cii. Richet, paraît être due à phénomène à aulolyse. Nous savons en effet aujourd’hui que beaucoup d oîganes contiennent des ferments protéolytiques qui manifestent leurs propriétés dès le« premiers moments qui suivent la mort {aalohjse), transformant les albumSdes de leurs cellules en produits de digestion, acides aminés, ammoniaque urée Et Richet lui-même, dans d autres recherches faites aussi en 1894 et (avec A C^ir» sevant) en 1897 et 1898, a extrait du foie une diaslase uréopoiélique

1. Chez les animaux néphrectoraisés, on trouve beaucoup plus d’urée dan, 1,. foie que dans n importe quel autre organe. Ce qui peut encore servir de preuve du rôle du foie dans la formation de ce corps. F*cuve au

a. Les chiens ne survivent pas plus d’une heure à cette opération.

* A. Heynsids (1831-1885), physiologiste hollandais.

Gi.ey. — Physiologie.

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3° Chez les animaux sur lesquels on a établi une fistule d’Eck^ ('oy^ fig. 139). c’est-à-dire pratiqué l’abouchement de la veine porte avec la. veine cave inférieure, après ligature de la veine porte contre le foie, de manière à empêcher tout accès du sang veineux à cet organe, la quantité d’urée de l’urine diminue beaucoup. Chez les mêmes animaux, sur lesquels on a ensuite lié l’artère hépatique, la diminution de l’urée est encore plus considérable. Chez ceux sur lesquels on pratique l’extirpation du foie- (un chien survit quatre heures environ à l’extirpation des 5/6 du foie), il en

Fig. 159. — A, schéma de la fistule d'EcK, B, mode d'abouchement des deux veines.

vc, veine cave inférieure ; — vp, veine porte ; — v/i, veines sus-hépatiques ; — l, ligaturede la veine porte contre le foie.

est de même. Ainsi, malgré la suppression de toute circulation hépatique, ce qui amène rapidement la quasi suppression des fonctions de 1 organe, ou malgré l'ablation même du foie, il se produit encore un peu d’urée ; cette production, à la vérité, est, dans ces deux conditions, extrêmement faible.

4° Dans les maladies du foie chez l’homme, dans celles du moins qui amènent une insuffisance fonctionnelle très marquée, l’hépatite interstitielle, la cirrhose atrophique, le cancer ou la dégénérescence amylo'ide, la dégénérescence graisseuse, la quantité d’urée des urines diminue toujourset souvent diminue beaucoup. Il est clair que ce phénomène doit varier, suivant que la destruction du tissu hépatique est plus ou moins étendue.

B. Modes de formation de l’urée. — Si la question du lieu de formation de l’urée est importante, celle de savoir avec quelles substances et par quels processus le foie forme ce corps ne l’est pas

1. C'est en 1877 que le médecin russe N. V. Eck imagina cette remarquable opération. Le physiologiste russe J. .L Stolnikov la répéta en 1882. Ces deux expérimentateurs 'purent conserver pendant plusieurs jours quelques-uns de leurs opérés (chiens) ; un des chiens opérés par Eck survécut même deux mois et demi. Mais les phénomènes présentés par ces animaux ne furent pas étudiés. On doit celle étude aux recherches méthodiques, patientes et sagaces de Nencki et Pavlov, aidés de leurs élèves M. Haun et V. Massen (1892) ou J. Zaleski (i8y4) et de Nencki et Pavlov (1897). Ce sont les résultats de ces recherches quenous résumons ci-dessus et un peu plus loin (voy. p. 629).

FONCTION URÉOPOIÉTIQUE DU FOIE

moins. C’est là un problème étroitement lié à celui de la dési-ntégration des matières albuminoïdes.

L’urée se produit dans le foie aux dépens de plusieurs substances, mais d’abord et principalement aux dépens des acides aminés et de l’ainmoniaque qui en provient.

a. Transformation des acides aminés et de l’ammomaque en urée dans LE foie. — La décomposition des albuminoïdes de l’alimentation ou des tissus commence par un dédoublement hydrolytique qui scinde la molécule en fragments nombreux (voy. p. 220 et 247), dont les principaux sont constitués par les acides aminés, tant monoaminés (leucine, tyrosine, alanine, etc.) que diaminés (lysine, arginine, histidine) ; c’est là la très grosse fraction des morceaux que donne le clivage de l’albumine. Par quel mécanisme les acides aminés fournissent-ils de l’urée ?

1. On a trouvé dans divers organes et notamment dans le foie des diastases qui séparent l’azote des acides aminés sous forme d’ammoniaque; cette « désamination »' dégage donc l’azote de l’amino-acide qui devient dès lors un simple acide gras dont la destinée se confond avec celle des acides gras et des graisses ; quant à l’ammoniaque produite, elle va engendrer l’urée, soit que l’organisme l’unisse directement à de l’acide carbonique :

^AzH2

2AzH3 + C02=.COC;a^jj2 + H20,

soit qu’il dérive l’urée de carbonate d’ammoniaque préalablement formé U

^OAzH4

^^--OAzHi

CO

^AzH2

'^AzH2

Dans les deux cas, il y a synthèse totale de l'urée avec déshydratation. 2. D’autre part, on a obtenu in vitro du carbamate d’ammoniaque

1. Ainsi l’alanine introduite dans l’organisme est transformée en acide lactique :

CH3 — CH-AzH2-COOII + H2Q - AzH3 + CH* - CHOU - COOH.

Alanine. Acide lactique.

Et celte réaction a été observée pour d’autres acides aminés. D'autre part, on a montré que la diastase « désaminante » du foie et d’autres organes sépare à l'état d’ammoniaque l’azote du glycocolle, de la leucine, de la tyrosine, etc. (S. Lang, 1904).

Le travail des bactéries de la putréfaction fournit de nombreux exemples de la réaction désaminante. . Notons, dit Lambling {Précis de Biochimie, Paris, 1911, p. 3oi), que les bactéries de la putréfaction combinent souvent la désamination avec une • décarboxylation », c’est-à-dire l'amputation d’un groupe CO-. C’est d ailleurs en ces deux procès, succédant au détloublement hvdrolvtique, que A. Gautier résumait, il y a vingt-cinq ans déjà, tout le travail de la putréfaction. »

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par cxyilaüon des acides aminés; il est donc possible que ceux-ci donnent par oxydation dans le foie du carbamate d’où provient ensuite l’urée par déshydratation ;

CO'

,o.Azir*

-AzH2

Il se pourrait aussi que sur le groupe :

AzII2

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