FONCTION ANTITOXIQUE DU FOIE
Quant au mécanisme suivant lequel s’exerce l’action antitoxique du foie, il est également ignoré. D'après H. Kogeh (1887), il y aurait parallélisme entre l’énergie de cette action et la fonction glycogénique (mesurée par la richesse de l’organe en glycogène).
Ainsi le foie ne défend pas seulement l’organisme contre lui-même, par la destruction des poisons qui résultent de la désassimilation protéique, mais aussi contre les poisons venus du dehors^.
10“ Circulation hépatique.
La circulation dans le foie est soumise à des condition spéciales. Ce point examiné, il faudra chercher quels sont les rapports de la circulation intra-hépatique avec le fonctionnement de l’organe.
A. Conditious de la circulation hépatique. — L’artère hépatique fournit au foie le sang oxygéné nécessaire à sa nutrition. Le diamètre de cette artère étant à celui de la veine porte comme 1 est à 5, la plus grande partie du sang du foie est constituée par le sang veineux venu des capillaires du tube gastro-intestinal, du pancréas et de la rate. On a constaté dans des expériences de circulation artificielle que le système veineux donne un débit plus de 60 fois supé- • rieur à celui de l’artère, la pression à l’orifice d’afflux étant la même dans les deux systèmes. Aussi est-ce la circulation du sang veineux qui donne à la circulation intra-hépatique ses caractères particuliers.
Ces conditions sont d’ailleurs propres à la circulation dans tout organe pourvu d’un vaisseau ou d’un système porte (voy. p. 490), c’est-à-dire dans toute partie de l’appai'eil circulatoire dans laquelle le sang va des capillaires d’un organe vers les capillaires d’un autre organe. Quelles en sont les conséquences?
a. Pression ou sang dans la veine porte et dans les veines sus-hépatiques. — Cette pression dans la veine porte est en général de 7 millimètres de mercure environ, mais elle peut s’élever à 13 ou 20 millimètres. Elle dépend de la facilité avec laquelle le sang peut passer à travers le réseau artériel des viscères abdominaux et, d'autre part, de la résistance que le sang éprouve à traverser les capillaires hépatiques; elle est donc grandement influencée par les phénomènes vaso-moteurs qui se produisent dans les intestins, le pancréas et la rate, ainsi que par ceux qui ont lieu dans le foie lui-même, tant du côté des ramifications de la veine porte fvoy. p. 489) que du côté des rameaux artériels. Elle augmente au moment de l’inspiration, en raison de la compression des viscères abdominaux refoulés par la contraction du diaphragme. — Au contraire, dans les veines
1. A côté de cette fonction protectrice du foie, rappelons celle qu’exercent les leucocytes (vov. p. 12761348)-
NUTRITION
sus-hûpatiques, la pression du sang est souvent négative (elle peut descendre à — 7 ou —8 millimètres de mercure) ou s’élève à peine au-dessus de zéro, à cause de l’aspiration thoracique qui s’exerce constamment sur le contenu de ces veines, et d’autant plus aisément que celles-ci sont maintenues béantes par leur adhérence au tissu du foie. Et cette pression, diminue encore à, chaque inspiration, en raison du renforcement inspiratoire de l'aspiration thoraciciuo.
11 y a donc toujours une dill’érence de pression dans la veine porle et dans les veines sus-hépatiques d’environ 7 millimètres, de telle sorte que le passage du sang à travers le foie est toujours largement assuré à l’état normal.
b. Vitesse du sang et dubée de la cibcclation dans le foie. — La vitesse du sang dans le foie a été mesurée de la façon suivante. Du ferrocyanure de potassium injecté dans la veine porte commence à être décelé dans les veines sus-hépatiques (voy. p. 491) huit secondes après l’injection et cesse de l’être au bout d’une minute. On a calculé approximativement, d’après la longueur du trajet fait par la substance, que la vitesse du sang dans le système porte hépatique est d’environ 4 millimètres par seconde.
Quant à la durée de la circulation hépatique, évaluée par le procédé qui a été indiciué p. 491 (en comparant le temps mis par du ferrocyanure de potassium injecté dans une veine crurale à reparaître dans l’artère crurale au temps mis par la même substance injectée dans une branche^ de la veine porle à reparaître dans l’artère crurale, — étant supposé que la distance de cette racine de la veine porte au cœur et celle de la veine crurale au cœur sont les mêmes), elle a été trouvée de seize secondes. En d’autres termes, le sang met seize secondes à traverser tout le foie.
La circulation est donc ralentie par le passage du sang à travers le système porte. De ce ralentissement résulte une plus facile transsudation du plasma sanguin et une résorption plus active dans le foie.
c. Quantité de sang du foie. — Cotte quantité est considérable. On a calculé que, chez un chien de 10 kilogrammes, il passe 500 grammes de sang par minute dans le foie, ce qui fait 720 kilogrammes en vingt-quatre heures. En acceptant ces chiffres pour l’homme, il passerait dans le foie d’un homme de 70 kilogrammes 1750 grammes de sang par minute, soit près de 100 litres en une heure. Il est vrai que, d’après d'autres calculSr ces chiffres seraient un peu forts.
Quoi qu’il en soit, la quantité de sang que contient le foie est consi<léral)le. De là le l'ôle mécanique de cet organe dans la circulation, son action régulatrice sur cette fonction, en raison de l’extensibilité et de l’élasticité de son tissu. Celles-ci sont telles que le foie peut être considéré comme un réservoir veineux dans lequel, à l’occasion, se loge un excès de liquide. Cette action régulatrice s’exerce, par