EXTRAITS DE LA PRÉFACE
DE LA PttEMIÈRE ÉDITION
... La nécessité s’impose maintenant de présenter, dès le début d’un ouvrag-e de physiologie, les données physico-chimiques essentielles qui ressorten'). du fonctionnement de tous les éléments cellulaires et qui constituent par conséquent les phénomènes les plus g"énéraux et fondamentaux de la vie. Ce qui fait que cet ouvrag-e doit s’ouvrir sur une phijsioloqie cellulaire. Et ce qui fait aussi que, par un curieux mais logique retour, on est conduit pour l’étude de la physiologie spéciale à l’ordonnance des anciens traités ; de même, en effet, que les phénomènes de la physiologie cellulaire peuvent être répartis en deux groupes naturels, les échanges de matières et les transformations d’énergie, de même les fonctions des organismes supérieurs se divisent en fonctions de nutrition et fonctions de relation. Il convient, à la vérité, de ne pas oublier que toute classification est artificielle, et plus encore dans les sciences qui s’occupent des êtres vivants que dans les autres; mais on
est contraint de diviser les faits pour pouvoir les exposer
... On n’a pas pensé que la simplicité et la clarté de l’exposition dussent entraîner des simplifications systém.atiques. La physiologie n’est pas une science faite, mais une science en plein développement. A côté de la masse des faits solidement fixés et formant corps, il y en a qui paraissent moins sûrs ; il est aussi des théories hypothétiques, qui ne sont fondées que sur des expériences insuffisantes ou mal conduites; par contre, il est des faits qui, incomplètement démontrés encore, donnent pourtant à penser qu'ils amèneront la modification et quelquefois le renversement d’une théorie admise; ainsi, bien des questions qui ont pu paraître résolues se posent de nouveau, parce qu’une méthode nouvelle d’investigation ou un simple
perfectionnement de la technique ont fourni des résultats qui en offrent une idée plus complète ou même dillérente; et, d’autre part, frétjuemment surgissent des questions neuves. Comme l’on a observé des régions où la face de la mer se modifie peu à peu par un double travail, puisqu’il est des rivages d’où l’eau s’éloigne et d’autres dont elle rong-e les terres et qu’elle envahit, de même la figure de la science s’édifie lentement par un travail de construction et à la fois de désagTég:ation ; des traits nouveaux s’y ajoutent, des parties mal venues s’en effacent. Bref, il y a une partie mouvante de la science, et qui est plus étendue peut-être ici que dans les autres sciences de la nature, en raison de la complexité de l’objet à étudier. Il ne faut donc pas que la rédaction d’un traité même élémentaire soit telle que l’étudiant incline à considérer comme définitives toutes les notions qui lui sont présentées; il ne faut pas que, pour des raisons pédag’og-iques et sous prétexte de clarté, on passe par-dessus les questions vacillantes ou indécises. Il importe, au contraire, de faire remarquer les brumes qui enveloppent encore la vérité et dont on est assuré que celle-ci se dég-ag-era peu ù peu grâce au travail patient des chercheurs. Quiconque étudie doit prendre connaissance de cette accession progressive, lente, souvent tortueuse et pénible, de l’esprit à la vérité ; et puis doit se convaincre que la vérité ne saurait être tenue pour immuable, mais qu’elle s’offre toujours loyalement à la critique; rien n’est d’une plus saine discipline intellectuelle.
On n’a pas pensé non plus que la sécheresse fût une condition et une marque de précision ; le souci exagéré de la brièveté peut nuire à l’exactitude. On n’a pas craint, quand cela paraissait utile, d’expliquer les choses avec quelques détails. Un livre du genre de celui-ci n’est-il pas écrit pour être aisément compris de tous?
Il y a d’ailleurs une autre raison pour laquelle il a paru que ce livre ne saurait être un simple compendium des principaux faits classiques sur chaque question, mais devait montrer la signification de ces faits et aussi de quelques-uns de ceux qui, quoique moins bien établis, apparaissent pourtant déjà comme importants et les théories auxquelles ont conduit les uns et les autres, indiquer la valeur de ces théories et surtout les idées
g'énérales qui ressortent de l’cnseinlde des données acquises,, bref, devait contenir une partie critique et doctrinale. Et cette raison, c’est que, sortis de l’Université, la plupart des praticiens n’ont souvent point d'autre ouvrage à leur disposition que celui à l’aide duiiuel ils ont, à l’Université et en dehors des cours qu’ils y pouvaient suivre, appris la physiologie. Or les rapports de cette science avec la médecine pratique sont devenus et tendent à devenir de plus en plus étroits; ce ne sont point seulement, par exemple, les maladies du cœur et des vaisseaux, celles du système nerveux, etc., qu'on ne peut comprendre sans des notions physiologiques précises ; la diététique, qui dépend tout entière de nos connaissances sur les aliments et de la physiologie de la digestion, a pris une importance capitale dans le traitement des maladies de l’appareil digestif et d'une foule d’autres affections, et acquiert la même valeur dans l’hygiène et la prophylaxie générales; d’autre part, l’énergétique animale a déjà des lois devenues assez précises pour être appliquées à l’homme; on prévoit l’époque où le médecin apprendra à des •clients bien portants, et justement pour préserver leur santé^ à se nourrir et à travailler suivant les règles de la physiologie, «t non plus de la coutume, de la tradition et de la mode ou d’une économie privée ou sociale mal entendue. Il faut donc que le médecin puisse trouver dans le seul ouvrage de physiologie qu’il emportera de l’École les principes établis et les idées maîtresses de la science, à côté des renseignements positifs dont il aura besoin.
On a été sobre d’indications bibliographiques et de noms d’auteurs. Mais on n’est point tombé dans l’excès contraire de n’en point donner du tout. Les noms des physiologistes qui, dans chaque question de quelque importance, ont trouvé un fait essentiel ou dominateur, ont été cités. Dans les questions •controversées, on a jugé utile de donner parfois, outre le nom de l’auteur, l’indication du travail utilisé ; on a procédé de même quand il s’agissait d’une notion nouvelle, n’ayant pas encore été soumise à vérification ; les faits de ce genre, dont la place n’est pas tout de suite assurée dans la science, ne peuvent être présentés que sous les noms de ceux qui les ont découverts. La science, si elle est œuvre collective, n’est pas
œuvre anonyme. Laisser le lecteur, quand on expose la circulation du sang-, dans l’ignorance de ce qu’ont fait essentiellement Harvey, Chauveau et Marey, Claude Bernard, Ludwig, n’est-ce pas lui porter préjudice?...
On a indiqué la provenance des ligures. De même qu’on ne fait pas une citation sans en fournir l’origine, il semble qu’on ne doive jamais reproduire une figure sans l’attribuer à son auteur. Les schémas et les tracés qui ne portent point de mention d’origine sont personnels.
Pour la composition matérielle de ce livre, deux sortes de caractères ont été employés. Je m’empresse de dire, contrairement à ce qui se lit dans beaucoup de préfaces, que les parties imprimées en petit texte ne sont pas moins importantes que les autres; elles le sont même plus. Car ce sont les observations, les relations d’expériences, les discussions critiques. On les a imprimées en petit texte justement pour les bien distinguer et, par conséquent, pour en faciliter la lecture, en les séparant un peu du reste. Cet intérêt allait d’ailleurs de pair avec cet autre, qui est de maintenir un livre élémentaire dans des limites au delà desquelles il cesse d’être aisément maniable.
Je tiens à remercier ici mon collègue et ami, V. Pachon, maître de conférences à l’École des Hautes-Études^, des notes précieuses qu’il a bien voulu me remettre sur la mécanique de la circulation et sur la respiration.