Physiologiste italien contemporain
FONCTIONS D’EXCRÉTION
1 gramme d’urine anhydre; l’uiine d’un homme d’un poids moyen de 65 kilogrammes contiendra donc en moyenne 60 grammes de matériaux solides. Bien entendu, cette quantité peut varier énormément suivant l’alimentation.
Comment se répartissent ces matériaux solides? Pour 1 litre d’urine, pris dans le mélange des urines de vingt-(juatre heures, on trouve en moyenne 950 grammes d’eau et 50 grammes de matières solides, dont 20 de matières inorganiques et 30 de matières organiques.
a. Matières inorganiques de i.’uhine. — Leur quantité varie beaucoup; le tableau ci-dessous n’en donne que la teneur générale (pour ■vingt-quatre heures) :
Grammes.
Acide sulfurique (SOUP) 2,5
Acide phosphorique (coinplé en l‘2o5) 2,5
Chlore 7
Ammoniaque 0,7
Potassium 3
Sodium 11
Calcium o,3
Magnésium o,25
Fer et silice traces.
Les sels (les urines sont des ch’orures, des sulfates et phénylsulfates, des phos[)hates et des carbonates et bicarbonates.
Presque tout le chlore des urines est combiné au sodium il? gr. de chlorure de sodium environ par vingt-quatre heures) ; une petite partie cependant se trouve unie au potassium, au calcium et au magnésium. Le chlorure de sodium ui-inaire provient des aliments. Nous avons eu l’occasion à plusieurs reprises (voj. 79, 140 et 343) de signaler le nVle physiologique important de ce sel.
On a vu quelle est l’origine des sulfates et pliénysulfates urinaires (p. 138, 634, 691 et 693). 11 suflira de rappeler ici qu'une partie seulement de ces sulfates provient de ceux que contiennent les aliments et que l'autre partie provient de l’oxydation du soufre des albuminoïdes des aliments et des albuminoïdes des tissus. C’est pour cela que l’élimination du soufre est parallèle à celle de l’urée. — La quantité totale des sels d’acides sulfo-conjugués de l’urine (phénylsulfate, paracrésylsulfale, indoxylsulfate) ‘ pour vingtquatre heures est en moyenne de 0s'",3. — Il existe encore dans les urines un peu de soufre sous une troisième forme, c’est le soufre dit oxydable, qui provient de la cystine et delà
taurine (voy. p. 691).
Les phosphates proviennent des aliments et, pour une part, des
1. Toutes les causes qui augmentent la production de l’indol dans l'intestin (v'oy. p. 278), telles que séjour prolongé des malières dans cette partie du tube digestif, obstruction de 1 intestin grêle, eic., augmenlent l'excréLioD de l'indican.
L’URINE
combinaisons phospliorées de l’organisme, lécilhines (voy. p. 20) et nucléo-protéides (voy. p. 39). U y en a de deu.v sortes, ceux dans lesquels le phosphore est lié à des l>ases inorganiques et ceux où le phosphore est uni à des bases organicpies. Les premiers sont à base alcaline (potassium et sodium) ou terreuse (calcium et magnésium); mais il n’est pas possible de séparer avec exactitude les phosphates dits alcalins des phosphates terreux. — Quant au phosphore en combinaison organique, il constitue l’acide phospho-glycérique ou phosphore incomplètement oxydé ; la quantité est très faible et ne dépasse pas en vingt-quatre heures 0er,02.
Les carbonates proviennent des carbonates des aliments et, pour une pai'tie plus ou moins imiJoi tanle,des sels et acides organiques de divers aliments, comme les fruits, riches en malates, tartrates, etc., qui sont oxydés et donnent des carbonates et bicarbonates.
Quant à l’ammoniaque, elle est un résidu de la destruction des albuminoïdes alimentaires et des tissus, et on a vu (p. 139 et 686) quelle est sa signilication.
D’autre part, la soude, nous l’avons dit plus haut, suit la môme voie que le chlore. La potasse, au contraire, s’élimine surtout par les fèces. Il en est de même de la chaux, aussi bien de celle qu’apportent les aliments que decelle qui provient de la destruction des tissus. La magnésie aussi est excrétée de j)référence par l’intestin.
b. Matières ORG.AMQUES de l’erixe. — Ce sont les matériaux lesplus nombreux de l’urine, et le nombre s'en accroît avec les progrès de l’analvse. En voici la liste sommaire :
■' En 24 heures
(avec une alimentation niiite).
Grammes.
Urée 25 à 3o
Acide urique 0,7'
Bas.es .tanlhiqucs o,c3
Acide hippurique i>o
Créalinine UO
Acides aminés
Matières coloranles
Autres matières azotées (diastases, plomaïnes et leucomaïnes comprises)
Acide oxalique o,oa
Acides gras volalils
Hydrates de carbone et corps réducteurs (acide glycuronique compris ') (évalués en glycose, d’après le pouvoir réducteur de l'urine) i,5 à 5
Le plus important de ces corps est de beaucoup rurée (diamide de l’acide carbonique ou carbamide). Nous en connaissons l’origine (voy. p. 624 et suiv. et p. 686). Elus l’alimentation est riche en matières albuminoïdes, plus la teneur des urines on urée
1. Cet acide glycuronique est conjugué ; on le trouve en très petite quantité à l’état d acides phényl, indoxyl et scatoxyl glycuroniques.
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augmente (voy. p. G7Î)). Dans le jeûne complet, 1 urée diminue peu à peu, mais sans disparaître complètement ; elle tombe à un chifTre minimum de 5 à 6 grammes par jour. — Le travail musculaire n’augmente pas l’élimination de l’urée.
lia été parlé (p. G87) des bases xanthiques et de l’acide urique.
11 a été également parlé déjà de l’acide hippurique (voy. p. 9+ et 690).
L’crigine de la créatinine a été indiquée page G89.
Les matières colorantes de l’urine sont constituées surtout par rt^roc/irome (pigment jaune), matière azotée, amorphe, très soluble dans l’eau, par une petite quantité d’hémato-porphyrine, par de l’urobiline et peut-être aussi par quelques autres corps, plus ou moins analogues à l’urobiline. Cette dernière provient de la bilirubine (voy. p. 278 ; voy. aussi p. 751).
On trouve dans les urines quelques ferments digestifs, en petite quantité: amylase, pepsine, présure.
Nous n’avons pas à revenir sur les principaux composés aromatiques de l’urine (éthers sulfuriques des phénols), dont il a été parlé plus haut, à propos des sulfates. A ces corps s’ajoutent quelques acides aromatiques en très petite quantité (voy. p. 692).
Teneu7' de rurine en azote total. — L’azote de l’urée ne représente que 70 à 85 p. 100 environ de l’azote total que l’on trouve dans les urines. Aussi importe-t-il de doser' tout cet azote urinaire, quand on veut connaître la grandeur de la désassimilation des matières protéiques.
Du rapport qui existe entre l’azote de l’urée et l'azote total des urines de vingt-quatre heures, ou coefficient azoturique, on aurait tort, suivant que ce rapport se rapproche ou s’éloigne de l’unité, de tirer des conclusions fermes sur rutilisation plus ou moins parfaite des matières albuminoïdes. 11 convient en effet de ne pas oublier que, dans le dosage de l’azote total, l’azote de l’acide urique et des bases xanthiques est compris ; et on sait que cet azote ne provient pas de la désassimilation de l’albumine (voy. p. 687).
La quantité d’azote total excrété par jour varie de 12 à 15 gi-ammes. Le rapport azoturique varie de 85 (84 p. 100, d’après Gley et Hichet, 1887) à 90 p. 100.
Le « non-dosé » organique de l'urine. — Quand on détermine le poids des matières organiques d’une urine et qu’on dose les principaux des composés azotés qui s’y trouvent, urée et ammoniaque,
1. On le dose au moyen du proeédé du rhimisle danois Kjeldahl transformation des corps azolés en ammoniaque par l'aclion de 1 acide sullurujue concentré et bouillant et dosage de rammonia(iue ainsi produite; de la quantité d ammoniaque on déduit celle de l'azote).
L’URINE
acide urique, corps xanthiques, créatinine, en faisant simul anément
le dosage de l’azole total, on s’aperçoit qu’il y a une ditfeience beaucoup plus consiilérable qu’on ne pourrait le croire entre le pouls total des matières organiques et le poids des matières dosees ; et une ditTérence analogue entre la quantité d’azote total et la quantité de l’azote contenu dans les matières organiques dosées. Ce « non dose » or-anique (E. Lambling) varie de Cg^ 9 à 108^ 2,suivantles individus (nmyenne 12 grammes) (d’après les analyses de E. Lambuxg et C. DoxzÉ, 1903) ; c’est à peu près le quart du poids total des matières organiques, c’en est donc une fraction importante. Quant à la quantité d’azote non dosé, elle varie entre 0s^64 et l8^33 (moyenne Ok-,92) (d’après les mêmes analyses). Cet azote provient très vraisemblablement des acides aminés et de l’acide oxyprotéique. Mais ces corps ne peuvent constituer qu’une portion du « non dosé » organique. En effet, alors que le « non dosé « ne contient que de 3 a 10 p. 100 de l'azote total, il contient de 16 à 30 p. 100, en moyenne 37 p. 100, du carbone urinaire total, c’est-à-dire que le tiers enx iion de ce carbone total est engagé dans le « non dosé » organique (E. Lambuxg et G. DoxzÉ). 11 est donc à peu près certain qu’une bonne partie des corps constituant ce résidu consiste en hydrates de carbone (glycose [en petite quantité], isomaltose, gomme animale de LAXDWEiia'), les autres matériaux non azotés de l’urine, acides oxalique, giycuronique, glycéro-phosphorique, -acides gras volatils, étant en quantité négligeable.
Les analyses habituelles d’urine laissent donc de côté une portion importante des déchets qui s’éliminent par les reins. L’étude des variations de cette fraction, acides azotés complexes et hydrates de carbone, ne saurait manquer d’être intéressante.
G. Siî^nification physiologique des urines. — Non seulement les reins, parla sécrétion urinaire, débarrassent l’organisme des déchets inutiles ou môme, comme on va le voir, nuisibles, mais encore ils maintiennent la constance du milieu intérieur
(voy. p. 342). ....
Le rôle dépurateur et antitoxique des reins et par suite la signification physiologique des urines ressortent de deux importantes séries de faits.
a. ^boxiciTÉ DES URINES.— L’uHne normale injectée dans le sang (ces expériences se font habituellement sur le lapin) manifeste un pouvoir toxique plus ou moins grand.
Il faut en général injecter 50 centimètres cubes d’urine par kilogramme pour tuer l’animal sur lequel on expérimente. On a appelé uroloxk
i. A. LAXD\vEHR,cliitnisle pbysiologisLe alleioaiiii coulemporain.
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(Ch. Bouchaud) cette quantité d’urine nécessaire pour tuer un. kilogramme d’animal. Les accidents produits sont complexes; voici les principaux, dans 1 ordre à peu près où ils se succèdent d’ordinaire : rnyosis, diminution d’amplitude des mouvements respiratoires, accélération du cœur, sécrétion urinaire, liy[)Othermie, afTaiblissement graduel du système nerveux allant jusqu’au coma, convulsions; la mort arrive dans le coma ou après une attaque convulsive. — Cette toxicité n’est pas la même pour toutes les portions de l’urine des vingt-quatre heures ; les urines du sommeil sont moins toxiques (]uc celles de la veille.
Dans diverses maladies, la cirrhose atrophique et le cancer du l'oie, etc., la toxicité des urines augmente.
On ne peut attribuer la toxicité des urines à l’urée, qui, injectée dans les veines, se montre extrêmement peu toxique. Elle dépend de plusieurs substances, en partie des sels de potasse^(V. Feltz et E. Kitteu*], en partie des matières colorantes® (A. Maiuet et F.-.l. Bosc 'q, en partie de conqjosés azotés encore indéterminés (de nature alcalo'idique [Ch. Bouchard, 1883], peut-être des leucoma'ines de A. G.vutier). '
De plusieurs litres d’urine humaine on a extrait un substance (soluble dans l’alcool) qui augmente la pression artérielle et une autre substance (précipitée par l’alcool) qui a la propriété inverse (urohypertensine et urohypotensine de J.-E. Abelous et E. Bardier, 1908-1909, d’après leurs expériences sur le chien).
b. Effets de la suppression de la sécrétion urinaire. — La suppression de la sécrétion urinaire, qu’elle soit le résultat de la néphi-ectomie double ou de la ligature des deux uretères, ou, chez l’homme, d’altérations graves des reins (dégénérescence graisseuse ou amyloïde, néphrite interstitielle), amène rapidement la mort. Les animaux succombent aux accidents de l’urémie.
L’extirpation totale des reins est rapidement mortelle (expériences de Prévost et Dumas sur le chien, 1823, répétées bien souvent soit sur le chien, soit sur d’autres animaux). En général, les chiens meurent en deux, trois ou quatre jours, les lapins et les cobayes en un ou deux jours, — La succession des accidents est à peu près la suivante : hébétude et
1. Les urines du lapin, très riches en sels de potassium, sont plus toxiques que les urines de l'homme. On a calculé que la toxicité de ces urines doit être rapportée à la potasse pour 70 à 80 p. 100, tandis que celle des urines humaines ne serait attrihnahle à ces mêmes sels que pour /,5 p. 100. Ces sels provoquent les convulsions et l’arrêt du cœur, mais ne déterminent ni rnyosis, ni diurèse, ni hypothermie.
2. V. Fei Tz 'i8.3C i8()3), médecin français, fut professeur d'anatomie et d,e physiologie pathologiques à la Faculté de médecine de Nancy. — F. Ritter 1837i884), chimiste français, fut professeur de chimie à la Faculté de médecine de Nancy. — Feltz et Ritter ont publié en commun un ouvrage important sur V urémie expérimentale (Paris, 1881).
3. La toxicité des urines, après décoloration, diminue du tiers environ. ï! est vrai que le charbon relient aussi presque tous les corps alcalo'idiques.
4. Médecins français contemporains, professeurs à la Faculté de médecine de Montpellier.
L’URINE
somriolence survenant progressivement, perte de connaissance et coma, dyspnée, de temps en temps contractions musculaires, plus ou moins généralisées et même convulsions cloniques, arrêt de la respiration. On observe parfois de l’agitation et du délire, la respiration de Chevne- Stokes, de la cécité passagère, un alfaiblissement de l’ouïe, des vomissements et de la diarrhée.
La ligature des deux uretères donne lieu aux mômes accidents.
Entre ces troubles et ceux que causent les injections intra-veineuses d’urine, il n’y a pas identité, il n’y a qu’une ressemblance. En fait, on ne produit pas le syndrome urémique par injection des différents corps toxiques que contient l’urine. Remarquons cependant que L. Laxdois dit avoir déterminé tous les symptômes de l’urémie par application locale sur le cerveau de quelques-uns des sels de l’urine, phosphate acide de potassium, urates, et de créatinine et de créatine. Remarquons aussi que, suivant une réflexion judicieuse de Cii. Bolcuard, l’urémie est « une intoxication, non par l’urine, mais par ce qui devrait devenir de l’iirine ». C est là reconnaître aux reins eux-mêmes, en tant que glandes, un rôle dans la genèse des accidents. Cette question reparaîtra tout à 1 heure.
La néphrectomie unilatérale est bien supportée. Le rein laissé en place suffît à la sécrétion urinaire; il n’y a pas accumulation dans le sang de matières excrémentitielles, grâce à la suractivité de 1 organe restant, au bout de quelque temps cette suractivité amène une hypertrophie de cet organe, dite à bon droit compensatrice. — Les mêmes constatations ont été faites après l’extirpation d’un rein et d’une partie de l’autre; on peut enlever les deux tiers de l’appareil total sans que la mort s ensuive ; l’extirpation des trois quarts est mortelle (expériences sur des chiens).