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Résistance au chaud

La lutte de l’organisme contre l’excès de chaleur ne se fait que par un seul m'oyen, l’augmentation de la déperdition caloritiqne. L’organisme n’a pas la faculté de réduire ses combustions (voj. p. 790 et 793). Comment donc s’accroît cette déperdition?

A. Augmentation de la radiation calorili(|iie. — Un premier procédé consiste dans la suractivité de la circulation cutanée.

Quand la température extérieure s’élève, tout en restant au-dessous de la température du corps, ou si le milieu intérieur s’échauffe (par suite d'une marclie rapide, de mouvements violents, etc.), la peau rougit par dilatation de ses vaisseaux; elle reçoit donc une grande masse de sang; et celui-ci, refroidi au contact du milieu extérieur et retournant se mélanger au sang des organes internes, fait baisser la température. Selon une expression deFaEDERicQ, l’organisme est alors comi)arable à un appartement chauffé dont on ouvre les fenêtres ; l’air chaud de l’intérieur est remplacé par l’air froid venu du dehors; l’intérieur de l’appartement se refroidit.

Cette dilatation vasculaire est active, due à l’irritation des nerfs vasodilatateurs et non à la paralysie des vaso-constricteurs. En clfel, prenons un lapin ayant subi la section du sympathique cervical d'un coté, alors (jue ï’oreille présente la dilatalion vasculaire habituelle, et plaçons-le dans une étuve chauffée; l’oreille du côté non oj)éré ne tarde pas à préseater une

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vascularisation plus considérable et une température plus élevée que l’oreille paralysée.

Mais cette vaso-dilatation cutanée est-elle d'origine réflexe ou centrale ? Elle est à la l'ois réflexe et automatique, c'est-à-dire résultant de l'action directe de la chaleur (action du sang échaufl'é) sur les centres nerveux. En efîet, 1® l’immersion de la patte postérieure d’un animal (expériences sur des chiens et sur des lapins) dans l’eau chaude est suivie d’une dilatation vasculaire qui se montre aussi sur la patte non immergée; chez l’homme, l’application d’un vase métallique, rempli d’eau chaude, sur la j)cau de la cuisse provoque une hyperémie des membres inférieurs (accompagnée d’une transpiration plus ou moins abondante): et voilà des preuves du mécanisme réflexe; — 2» si l’on sectionne la moelle dorsale d'un jeune chat et, de plus, toutes les racines postérieures de l’arrière-train, il ne s’en produit pas moins dans les pattes postérieures une vaso-dilatation très marquée, chaque fois que l’on échauffe fortement le sang de l’animal ; sur l’homme, on a souvent constaté que l’exercice musculaire, le travail d’une digestion chargée, etc., amènent de la congestion cutanée, sans qu’il y ait dans ces cas la moindre excitation des nerfs sensibles de la peau ; et voilà des preuves du mécanisme automatique. — L’importance de ce dernier est très grande, du fait que la température centrale tend souvent à s’élever par exagération de la thermogenèse; c’est ce qui arrive dans les cas, si fréijucnts, de suractivité musculaire.

n. Auy:menta(ioii de révaporation d’eau. Séeréliori sudorale. Polypnée tlierinique. — Le moyen de défense contre le chaud que l’on vient de voir est efficace tant que la température extérieure n’arrive pas à égaler ou à dépasser* la température de l’animal. Dans le cas contraire, rare d’ailleurs dans les pays tempérés, la congestion cutanée, loin de refroidir le corps, contribue à réchauffer, puisque, par la suppression de toute différence entre la température du milieu et la température du corps, elle empêche la radiation calorifique. Il faut donc que, dans ce cas, entre en jeu un autre mécanisme qui permette à l’organisme de lutter contre réchauffement de son milieu intérieur. Ce mécanisme, c’est V augmentation de l'évaporation d'eau, soit à la surface de la peau, soit par la surface pulmonaire.

Dès quêta température extérieure s’élève aux environs de 30», ou bien quand la température centrale dépasse la normale, il survient une sudation plus ou moins abondante.

On a vu (p. 772) que celle-ci est d’origine réflexe ou (p. 772, expérience de Luchsinger) d’origine centrale.

C’est Bex.iamin Franklin qui, le premier (1758), a établi le rôle

1. En fait, dès que la température de l’air atteint-]- 25» ou -|- 3o», la température du corps tend à s’élever et s’élève effectivement de quelques dixièmes de degré (J. üavy).

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réfrigérant de l’évaporation de la sueur; les moissonneurs, disait-il, supportent sans souffrir les ardeurs du soleil, à condition de suer abondamment, de boire beaucoup et de s’éventer pour activer l’évaporation. Ce que l’on peut exprimer d’une façon plus scientifique en remarquant (Gwarret) «que l’évaporation est d’autant plus considérable que l'air ambiant est plus sec, plus agité et plus chaud et que la pression extérieure est plus faible ». Aussi dans un air sec supportet-on des températures très élevées, qui seraient intolérables dans un air humide. Par les journées chaudes cependant ou dans le cas de travail musculaire prolongé on est obligé de boire beaucoup plus que d’habitude et presque toute l’eau des boissons s’élimine par la peau.

Dans ces conditions le rôle réfrigérant de la sueur devient très important, comme nous l’avons montré p. 775.

Ce rôle de la sueur n’existe que chez l’homme et chez quelques animaux, cheval, âne, mulet, probablement aussi chez le singe. Chez les animaux qui ne suent pas, comme le chien, l’évaporation de l’eau se fait par la surface pulmonaire, en raison d’une accélération des mouvements respiratoires, dite polypnée thermique (Ch. Richet) (voy. pp. 535 et 541 .

Cette polypnée est d’origine réflexe ou centrale. Le chien dont il a été parlé p. 535 et qui, exposé au soleil, se met peu à peu à respirer de 150 à 300 fois par minute, ne s’échauffe pas. Il est très vraisemblable que c’est l’excitation de ses nerls cutanés qui agit sur les centres respiratoires. — Mais on peut aussi provoquer la polypnée, indépendamment de toute variation de la température extérieure, par élévation de la température du sang, et conséquemment par action directe du sang surchauffé, c’est-à-dire de la chaleur, sur les centres nerveux. C’est ce que l’on a vu dans des expériences sur le chien, simplement en échauGant le sang des carotides, ou bien en déterminant de violentes convulsions par électrisation de tout le corps (tétanos électrique) ou a« moyen d’un poison convulsivant, tel que la cocaïne ; dans ces deux derniers cas, quand la température rectale atteint 41°, 5-42°, à peu près à coup sûr le nombre des respirations s’élève subitement de 80 à 400 par minute.

La polypnée constitue un mécanisme réfrigérant très efficace. Il est facile de le prouver.

On laisse pendant quatorze heures, dans une étuve à 43<>, un chien dont la température était de 38»,5 ; à sa sortie de l’étuve, sa température était de 38°,8. Le même animal, après avoir été muselé (pour que la polypnée s’établisse, il faut que la respiration puisse se faire librement), est replacé dans la même étuve, sa température étant de 38”,9 ; à sa sortie, au bout de trois quarts d’heure seulement, il a une température de 43°,5. — Prenons deux chiens et exposons-les au soleil, mais en maintenant la respiration Gley. — Physiologie. kj

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de l’un d’eux à un rylhiue invariable; la température de ce dernier s’élèvera rapidement; celle du premier ne s'élèvera pas (voy. fig. 180). Rien d’étonnant qu’il en soit ainsi. Mesurons la perte d’eau qui se fait par cette évaporation pulmonaire très active. Pour un chien de petite taille exposé au soleil et en polypnée, on a trouvé une perte, par heure et

Fig. 180. — Effet de la chaleur sur la courbe thermique d'un chien normal et d'un chien

curarisé ((',1'. Hichetj.

Les deux chiens sont exposés au soleil. Le chien curari.sé, ayant par conséquent une respiration artificielle à rythme invariable, s'échauffe, tandis que le chien normal ne s'échauffe pas, et même se refroidit un peu, par suite de l’action réfrigérante de la polypnée.

par kilogramme, de 11 grammes. Or, la vaporisation deces 11 grammes exige, à 38“ (température de l’animal), environ 6 calories. Comme un chien de taille moyenne produit, par heure et par kilogramme, 3 calories environ, il peut donc perdre, grâce à la polypnée, en un temps donné, le double de la chaleur qu’il produit dans le même tenqis.

Ainsi « l’appareil de réfrigération diffère chez les animau.x qui ont de la sueur et les animaux qui n’en ont pas... Ceux qui n’ont pas de sueur perdent de l’eau parles poumons. Mais le principe physique de ce refroidissement est toujours le même ; c’est le passage à l’état gazeux d’une certaine quantité d’eau liquide, changement d’état qui absorbe de la chaleur «h

C. Limites de la résistance au chaud. — Ces limites dépendent de nombreuses conditions, non pas seulement de la température du milieu, mais aussi de l’état de sécheresse ou d’humiditéde ce milieu,

1. Ch. Richkt, art. Chaleur, in Dicl. de physiol., t. III. p. i85.

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du plus ou moins d’agitation de l’atmosphère, etc., et, d’autre part, du plus ou moins d’intensité de la réaction sudorale, condition qui peut varier beaucoup elle-même suivant divers facteurs. Tout ce que 1 on peut dire, c’est que, chez l’homme et un assez grand nombre d homéothermes, quand la température du corps atteint 43°, c’est-à dire dépasse de 5 à 6“ environ la température dite normale, la mort est en général fatale Cette faible résistance au chaud « fait contraste, comme l’a remarqué Chauveau, avec la merveilleuse aptitude de l’organisme à résister au froid ». Les Oiseaux aussi meurent quand leur température s’élève pendant assez longtemps de 5° environ au-dessus de leur température normale. — La mort résulte probablement d’une paralysie des muscles et notamment du muscle cardiaque, par coagulation de leurs matières albuminoïdes.

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