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Sensibilité thermique

Les sensations thermiques se distinguent qualitativement en sensations de chaud et sensations de froid. C’est surtout la peau qui ressent les impressions de chaud et de froid; les muqueuses des orifices naturels, la muqueuse buccale, celle particulièrement de la pointe de la langue y sont sensibles aussi; les autres muqueuses, y compris la cornée, et les organes viscéraux ne les éprouvent pas.

1° Excitation du sens thermique.

Tous les corps solides, liquides ou gazeux peuvent provoquer des impressions thermiques. On a admis longtemps que la peau éprouve la sensation de chaud ou de froid quand elle entre en contact avec un corps dont la température est supérieure ou inférieure à la sienne propre. De là, la conception de Hering, que la température de la peau représente en quelque sorte le zéro des sensations thermiques; chaque fois que la température cutanée est portée au-dessus de ce point, il y a sensation de chaud et, chaque fois qu’elle tombe au-dessous de cette limite, il y a sensation de froid. On ajoutait que ce zéro peut correspondre à des températures réelles très variables, suivant qu’on a séjourné quelque temps dans un milieu plus ou moins chaud ; ainsi la main, plongée dans de l’eau à 25“, ressent une sensation de chaud, si elle était d’abord dans de l’eau à 20° et, au contraire, une sensation de froid, si elle était d’abord dans de l’eau à 30°.

Depuis les recherches, dont les résultats vont être exposés, qui ont démontré dans la peau l’existence de points spéciaux pour le froid et pour le chaud, il parait bien difficile d’admettre la réalité d’un tel zéro. Mais des excitants divers déterminent l’élévation ou l’abaissement de la température propre d’un appareil nerveux spécial, produisant dans cet appareil un changement d’état, peutêtre une modification de l’équilibre chimique du protoplasma, à la suite de laquelle naît et se développe l’excitation physiologique qui, dans le cerveau, donne lieu à la sensation; par exemple, l’élévation thermique (un corps chaud) excite les appareils pour le chaud et l’abaissement thermique excite les appareils pour le froid. Mais des excitations électriques localisées ont le même effet. On comprend par là qu’une même température réelle puisse exciter ici un appareil thermique et là un autre appareil, c’est-à-dire que la même excitation puisse provoquer deux sensations différentes. On comprend aussi qu’il existe un rapport étroit entre la produc-

SENSIBILITÉ THERMIQUE

tion des sensations thermiques et l’état de la circulation cutanée; la température propre des appareils nerveux dont il s’agit et, par conséquent, leur irritabilité doivent en etïet varier beaucoupsuivant le sens des phénomènes vaso-moteurs qui se passent incessamment dans les diverses couches de la peau. Et réciproquement l’excitation des appareils nerveux thermiques commande à d’importantes réactions vaso-motrices et sécrétoires (sudorales) qui jouent le plus grand rAle clans la régulation de la température, chez les animaux à sang chaud (voy. pp. 797, 800 et 803).

2° Analyse des sensations thermiques.

Avant d’étudier les caractères propres de ces sensations, il est nécessaire d’indiquer les faits qui ont servi à séparer la sensibilité à la température des autres l'omLes de la sensibilité cutanée et à l’ériger en sens spécial.

A. Distinction de la sensibilité thermique et des autres modes de la sensibilité cutanée. — La sensation est qualitativement différente suivant que les excitants agissent sur des points de chaud ou sur des points de froid. Plusieurs séries d’expériences le démontrent.

1° Quand on touche la peau avec une pointe fine, on provoque, suivant les points, soit une sensation de contact, soit une sensation de froid, soit une sensation de chaud (voy. fig. 183, p. 813). Même résultat quand on promène a la surface de la main ou dans une autre région cutanée une électrode en forme de pointe, l’autre électrode plus large étant placée sur une autre partie de la peau.

Ainsi un même excitant, mécanique ou électrique, provoque des sensations très différentes, suivant qu’il agit sur telle ou telle catégorie d’appareils cutanés, et, appliqué au même point de la peau, il donne toujours lieu à la même sensation. Ce sont là des effets identiques à ceux de l’excitant électrique sur le nerf auditif ou sur le nerf optique, bref, sur tous les appareils sensoriels. Et ce sont des expériences de ce genre qui prouvent bien la loi de l’énergie spécifique des nerfs.

Avec les excitants thermiques proprement dits, le résultat est le même. Une pointe froide (tige de cuivre pointue, par exemple) promenée à la surface de la peau ne donne une sensation de froid que quand elle arrive sur des points déterminés et une pointe chaude (même tige de cuivre que ci-dessus chauffée légèrement) ne donne une sensation de chaud que quand elle rencontre d’autres points distincts des premiers; et, en d’autres points encore ou sur les points dits de pression, ni l’une ni l’autre ne provoque

de sensation thermique. Il y a plus, un point de froid touché par un objet au-dessus de 45» donne une sensation de froid.

C’est par ces méthodes d’exploration de la peau que l’on est parvenu à dresser (Goldscueider en particulier) pour ainsi dire la carte des diverses régions cutanées, par rapport aux points de froid et aux points de chaud. Voici (fig. 186) un exemple de ces sortes de cartes. On verra plus loin quelle est la sensibilité thermique des principales parties de la surface corporelle.

Os Espace Os Espace Os Espace Os Espace métac. V inter. IV niétac. IV inter. 111 métac. 111 inter. 11 mstac. 11 inter. 1

Os Espace Os Espace Os Espace Os Espace métac. V inter. IV métac. IV inter. 111 métac. 111 inter. 11 métac. II inter. I

Fig. 180. — Répartition de la sensibilité thermique dans la région moyenne du dos de la

main ^Goi.dschkidkr).

A, sensibilité au froid ; — B, sensibilité au chaud.

Les parties noires sont celles où la sensibilité est la plus vive ; les parties rayées, celles à sensibilité moyenne ; les parties pointillées celles k sensibilité faible et les endroits laissés en blanc sont insensibles au froid comme au chaud.

2® 11 y a des excitants chimiques qui ne provoquent jamais qu’une des deux sortes de sensation thermique suivant l’endroit excité. Ainsi, quand on frotte la peau de la tempe avec un crayon de menthol, il se produit une vive sensation de froid j celle-ei nest pas due à un refroidissement léel de la peau, comme on peut s en assurer en plaçant un thermomètre sur cette partie de la peau (expérience de Goldscheider). On a pensé que le menthol hyperesthésie les appareils nerveux pour le froid. Au contraire, l’excitation de la peau par l’acide carbonique donne lieu à une sensation de chaleur; c’est ce que l’on éprouve par exemple en plongeant la main dans un récipient contenant de l’anhydride carbonique, et, par comparaison, l’autre main dans un récipient plein d’arr.

SENSIBILITE THERMIQUE

3® La sensibilité thermique peut persister, tandis que les autres formes •de sensibilité cutanée sont abolies. Ainsi on a remarqué que, sur l’œil humain, insensibilisé par l’instillation de quelques gouttes d’une solution de cocaïne à 1 p. 100, les sensations de contact et de douleur ont disparu, alors que les sensations thermiques se produisent encore (expériences de H. Donaldson^, 1885). Sur l’œil du lapin anesthésié par l’ouabaïne ou par la strophantine*, Glev a constaté (1890) que la sensibilité au froid reparaît une ou deux heures avant que la sensibilité tactile soit redevenue normale.

4® Sous l’inlluence de lésions nerveuses diverses, on observe des dissociations de la sensibilité cutanée telles qu’il en faut bien conclure l’indépendance des diverses formes de cette sensibilité.

Lorsqu’un membre est engourdi par compression nerveuse, il devient insensible au froid, restant encore pendant quelque temps sensible à la chaleur, aux contacts et à la douleur (observations de A. IlEnzEV, 1883); ceci s’observe aisément sur l’homme, assis de telle façon que le nerf sciatique se trouve comprimé, ou bien dont on comprime un nerf cubital ; si, l’engourdissement du membre étant ainsi réalisé, on fait sur le sujet en expérience des applications d’objets froids et chauds, le sujet ne sent que ces derniers ; en même temps il sent encore les contacts et les excitations douloureuses ; plus tard, la sensibilité thei-mique disparaît complètement. — Ces observations ne peuvent guère se comprendre que dans l’hypothèse de fibres nerveuses différentes pour la conduction des diverses sortes d impressions cutanées; la propriété conductrice de ces fibres ne serait pas simultanément abolie par la compression du nerf mixte.

Comme conséquence de sections ou de lésions de différents nerfs périphériques, chez l’homme, on a observé aussi des dissociations très nettes de la sensibilité cutanée et qu’on ne peut expliquer qu’en admettant encore que les diverses sortes d’impressions reçues par la peau ne se transmettent pas aux centres par les mêmes conducteurs. Il y a là aussi une preuve de la spécificité des sensations. On voit sur la figure 187 un exemple de ces dissociations de la sensibilité par lésion nerveuse.

Dans une affection médullaire bien connue, la syringomyélie (moelle creusée en forme de tuyau, de dupty?, tuyau et [xvsXbç, moelle 3), il y a, outre de l’atrophie musculaire et des troubles trophiques, perte des sensibilités thermique et douloureuse avec conservation intégrale de la sensibilité tactile; les malades ressentent comme de simples contacts les impressions de froid ou de chaud 4, à tel point qu’il leur arrive maintes fois de se brûler sans en avoir conscience ; ils ne s’en aperçoivent que quand se produisent des phlyctênes. Ces phénomènes sont si nets qu’ils

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