I. — Les excitants de l’odorat, les odeurs
Les excitants spécifiques de l’odorat sont les odeurs.
Nous ne savons pas à quoi est due la propriété d’un corps d’être odorant. Des substances de constitution chimique différente ont la même odeur et des corps chimiquement très voisins ont des odeurs tout à fait dissemblables. Cette simple remarque suffit à montrer combien il est actuellement difficile d’établir une relation entre la constitution chimique et l’odeur des corps. Aussi ne possède-t-on pas une classification naturelle des odeurs, fondée sur les caractères physiques ou chimiques aux(iuels est liée la sensation olfactive. Force est de classer les odeurs d’après les caractères mêmes de la sensation.
Sur ce point les recherches de Beaums (1884) et celle de J.vcques Passv* (1892) ont fourni des indications intéressantes.
Il faut remarquer d’abord que beaucoup de substances ont un très grand pouvoir odorcint, qui se définit par ceci, ([u il suffit d une cjuantité infinitésimale de ces corps pour provoquer une sensation; ainsi, un millionième de milligramme de musc et meme moins donne la sensation caractéristique. D’autre part, il est des odeurs plus ou moins fortes ou intenses; Vintensité, que J. I’assy a définie en disant que de deux odeurs en présence la plus intense est celle qui masque 1 autre, n est pas en rappoit avec la puissance; la benzine, dont l’odeur est vive et nettement perçue, est une odeur intense, tandis que la vanille est une odeur faible, mais à très grande puissance. Beaums a proposé de ranger les odeurs en deux grandes classes : 1° les parfums ou senteurs, qui ont une puissance considérable et dont le type serait le musc ; 2° les odeurs, ou substances odorantes à action intense, dont le type serait la menthe. Ce sont là les corps qui n’agissent que sur les nerfs olfactifs. Secondairement, Beaunis distingue : 3° des corps qui agissent à la fois sur les nerfs olfactifs et sur les nerfs tactiles de la muqueuse pituitaire, tels que l’acide acétique, et enfin : 4» des coî'ps qui n’agissent que sur les nerfs tactiles, tels que l’acide carbonique.
Ce n’est pas seulement par le pouvoir odorant et par l’intensité que les odeurs se distinguent les unes des autres, c’est aussi par la qualité. Cette propriété est, pour l’odorat, ce qu’est le timbre pour l’oreille, la couleur pour l’œil; c’est elle qui nous fait reconnaître la rose de la vanille ou du citron- Or, il est très intéressant de constater que dans une même série chimique la qualité est intimement liée à la structure moléculaire, parce
1. Psychologue et pUysiologiste français, né en i86i, mort en 1898.
FONCTIONS SENSORIELLES
^jüe les corps homologues ont, à doses atténuées, des odeurs extrêmement \oisines, témoins 1 acide butyri(jue et l’acide valérique normaux, l’alcool isobutyli(]ue et l’alcool isoamylique, etc. (.1. Pas.sv).
hncoie que le nombre de.s odeurs apparaisse presque comme illimité, il est cependant des corps inodores. .Mais il est possible que beaucouf) de ces derniers ne soient pas tels pour un appareil olfactif dill'éienl de celui de l’homme civilisé, pour celui du chien par e.xemple. Jacques Passy remarque avec raison à ce sujet que la grande différence enti‘e 1 odorat du chien et celui de l’homme ne consiste pas seulement en ce que le chien .sent des quantités d’odeurs beaucoup plus faibles, mais aussi et surtout en ce qu’il sent des odeurs que nous ne sentons pas ; « si le gibier était imprégné de musc, il ne nous serait pas absolument impossible de le suivre à la
^ En dehors des odeurs, il n’y a, comme excitants connus du sens de l’odorat, que l'électricité. Si l’on fait passer un courant à travers une solution salée isotonique à 38° remplissant le nez, il se produit une sensation olfactive à l’anode, à l’ouverture du courant, à la cathode, à la fermeture.
IVatui-e de l’impression olfactive. — Une propriété essentielle des corps odorants est d etre volatils, comme le prouv'e une ancienne e.xpérience de Bertiioi.lei h
Si, à 1 exemple de ce savant, 1 on place un morceau de camphre dans le \ide barométi ique, on observe apr 's quelque temps une dépression de la colonne mercurielle. Les particules qui se sont dégagées du camphre, se rassemblant dans la chambre barométrique, ont fini par y acquérir une tension suffisante pour faire baisser le mercure.
Ce fait a été confirmé par des expériences de J. Tv.nu.all 2 (1874), fondées sur ce piincipe, que la chaleur rayonnante traverse les espaces vides sans perdre de son intensité, mais (pie, si un gaz est placé sur le trajet des rayons émanant de la source calorifique, une partie de la chaleur rayonnante est absorbée. Ainsi, un tube rempli d’air desséché et privé d’acide carbonique absorbe une quantité déterminée de chaleur rayonnante, que l’on peut prendre comme unité; or, que l’on introduise dans ce tube une très petite quantité d’une substance odorante, on constate que ces molécules odorantes
de patchouli, par ex., interceptent 3o fois
1. Claude-Louis Bertuoi.let (1748-1822), très célèbre chimiste français, à qui sont dues les lois qui portent son nom, relatives aux doubles décompositions.