V. — SENS DE LA VUE
Le sens de la vue nous fait connaître les propriétés lumineuses des objets qui nous environnent, c’est-à-dire leur degré d’éclairement, leur couleur, leur forme et leur position.
L'œil ou organe de la vue (tig. 203) se compose de trois parties essentielles :
1° D'une membrane sensible, la réime, en rapport avec des ter-
Fig. 203. — Œil d'enfant (d'après F. I'iirhien *). Coupe méridienne. Grossissement,
3 diamètres.
e, cornée et sc, scléroti(|iie, formant l'enveloppe externe de l'œil, doublée en dedans de In choroïde, épaissie en avant au niveau du corps ciliaire, c. cil., et se continuant avec l'iris, i ; — cr, cristallin, maintenu en place par les fibres de la zonule z ; — v, corps vitré; — uo, nerf optique.
minaisons nerveuses et sur laquelle doivent se faire les impressions des rayons lumineux; cette membrane comprend une couche de cellules pigmentées ;
2° D’un appareil de dioptrique (organes de réfraction) qui amène 1. Ophtalmologiste français contemporain.
SENS DE LA VUE
et condense les rayons lumineux sur la réline, appareil constitué par les milieux réfringents de l’œil et par un muscle, le muscle ciliaire, par lequel le système dioptrique peut s'adapter aux diverses distances auxquelles il doit fonctionner; ce muscle est une dépendance de la choroïde ;
3“ D'un organe d’accommodation qui sert à régler la quantité de lumière qui arrive dans le fond de l’œil; c’est l’iris, partie de la choroïde. — Au globe oculaire, ainsi constitué, sont annexés des appareils accessoires servant soit à le mouvoir {muscles de l'œil, ou plus exactement du globe oculaire), soit à le protéger contre les injures extérieures (sclérotique et cornée, paupières et appareil lacrymal).
Avant d’examiner le fonctionnement de la partie essentielle de cet appareil compli((ué, c’est-à-dire delà membrane sensible, la rétine, il faut voir comment les rayons lumineux arrivent jusque sur cette membrane; on étudiera donc en premier lieu l’appareil dioptrique et les membranes destinées à en maintenir et à en modifier le fonctionnement, c’est-à-dire les organes d’accommodation; puis viendra l’étude de la rétine et enfin celle des annexes de l’œil.
1. — Transmission des rayons lumineux dans l’œil. Appareil de dioptrique oculaire. Diaphragme irien.
Les rayons lumineux arrivent jusqu’à la rétine après avoir traversé un diaphragme, l’iris, et plusieurs milieux réfringents.
1“ Milieux réfringents de l'œil.
Ce sont tous les milieux transparents que les rayons lumineux ont à traverser pour arriver jusqu’à la membrane sensible placée au fond de l’œil; ce sont donc, en allant d’avant en arrière : la cornée, l'humeur aqueuse, le cristallin et l'humeur vitrée ; la cornée qui, anatomiquement, constitue une des enveloppes de l’œil, fait donc partie des milieux au point de vue physiologique.
La cornée tî'ansparente , qui occupe le sixième antérieur du globe oculaire, est formée de lamelles de tissu conjonctif, disposées parallèlement entre deux couches épithéliales ; répithéliüm de la face postérieure est simple [membî'ane de Demours ou de Descemet); celui de la face antérieure est identique à l’épithélium de la muqueuse conjonctivale, qui elle-même est en continuité avec la peau et l’épiderme.
L’humeur aqueuse est comprise entre la face postérieure de la cornée et la face antérieure du cristallin, en un mot dans la chambre antérieure
FONCTIONS SENSORIELLES
(où nous étudierons plus tard une dépendance de la choroïde, l’iris). Sa quantité est minime ; il n’y en a guère que 40 à 45 centigrammes ; c’est un liquide très analogue à l’eau (il contient 98 p. 100 d’eau), tenant en dissolution une quantité trèslaible d’albumine etde chlorure de sodium, et qui est sécrété pax ta membrane de Demours [membrane de l’humeur aqueuse).
Le cristallin, dont la lorme est celle d’une lentille biconvexe et qui est
le plus réfringent des milieux de l’œil, se compose d’une membrane enveloppante, capsule du cris>allin, et d’un contenu ou corps du cristallin. La capsule est un tissu amorphe, très élastique, qui, incisé, tend à se rétracter en expulsant son contenu (comme dans l’opération de la cataracte) ; sa face interne est revêtue de cellules qui peuvent reproduire son contenu, ou corps du cristallin. En etfet, ce corps est formé d’éléments prismatiques en couches concentri(iues et à disposition très régulière (fig. 204), provenant de la métamorphose de cellules ; et l’embryologie nous montre que le boui’gcon primitif, f|ui a donné naissance au cristallin, est un bourgeon épidermique, d’abord en connexion avec l’épiderme, et qui flnit par rester isolé au milieu du globe oculaire. La couche de cellules tapissant la face interne de la capsule est donc l’analogue de la couche de Malpighi de la peau; c’est par elle que se fait la régénération du cristallin, lorsqu’on l’extirpe; mais cette régénération ne peut se produire que si l’extirpation a laissé subsister les cellules de la cristalloïde antérieure.
L’humeur vitrée ou hyaloïde occupe les deux tiers postérieurs de la cavité oculaire ; elle est formée de tissu conjonctif à l’état embryonnaire, d’autant plus analogue à la gélatine de Wbarton qu’on l’examine sur un sujet plus jeune ; c’est donc une substance gélatiniforme, homogène, filante ; sa transparence est complète. Sa composition est tout à fait analogue à celle de l’humeur aqueuse. Elle est contenue dans un sac très mince, anhiste et transparent, la membrane hyaldide.
Comment les rayons lumineux traversent-ils ces difîérents milieux de façon à arriver sur la rétine et à former une image des objets extérieurs ? Il y a là deux questions principales à résoudre, une question de fait à examiner et l’explication de ce fait à fournir.
A. .Marche des rayons lumineux dans l’œil. — Les rayons lumineux n’alteignent pas la rétine sur le prolongement de la direction suivant laquelle ils frappent la surface du globe oculaire. Pour
Fig. i'04. — Disposition des fibres du cristallin.
Celte figure montre la disposition régulière des prismes du cristallin, qui, sur chaque face, viennent se rejoindre par leurs extrcinitcs, de façon à constituer par l’ensemble de ces points de soudure une sorte d'étoile à trois branches ; aussi un cristallin que l'on fait durcir soit par la cuisson, soit par des réactifs chimiques, éclate-t-il en général selon des lignes en étoile, correspondant aux lignes indiquées.
SENS DE LA VUE
le comprendre, il n’y a qu’à se rappeler les phénomènes essentiels de la réfraction.
La lumière ne se propage en ligne droite que dans un milieu homogène. Des rayons passant d’un milieu dans un autre ne poursuivent leur marche suivant la ligne droite que s’ils tombent perpendiculairement sur la surface du milieu transparent, ou lorsque le milieu présente une rè.h’angibiiité semblable à celle du milieu d’où vient le rayon. Hormis ces deux cas, ils sont déviés de leur direction primitive ; ils se rapprochent de la perpendiculaire élevée à leur point d’incidence sur le nouveau milieu, quand celui-ci est plus réfrangible que celui d’où ils viennent; ils s’en éloignent si le milieu est moins réfrangible.
Or, en traversant les milieux réfringents de l’œil, les rayons lumineux y sont déviés : 1“ en passant du milieu aérien à travers la cornée et l’humeur aqueuse, la substance cornéenne étant plus réfringente que l’air et l’humeur aqueuse ayant à peu près le même indice de réfraction que la cornée; — 2° en passant ensuite à travers le cristallin qui est plus réfringent que la cornée ; — 3° en traversant enfin le corps vitré dont l’indice de réfraction est inférieur à celui du cristallin. — Voyons les conséquences de ces déviations successives. Tout rayon tombant sur la cornée, étant réfracté, se rapproche de l’axe antéro-postérieur de l’œil. On peut admettre que ce rayonne change pas de direction dans l’humeur aqueuse. Remarquons ici que tous les rayons qui traversent l’humeur aqueuse ne servent pas à la vision ; il y en a beaucoup qui sont réfléchis vers le dehors (qui retournent dans le milieu aérien) à la face antérieure de l’iris; l’iris ne laisse pénétrer dans l’œil que les rayons qui tombent dans son ouverture centrale. Le cristallin joue le même rôle convergent que la cornée et l’humeur aqueuse, mais plus marqué encore ; les rayons lumineux en le traversant se rapprochent donc encore davantage de l’axe antéro-postérieur de l’œil. Enfin les rayons passent dans le corps vitré, c’est-à-dire, au sortir du cristallin, d’un milieu plus réfrangible dans un milieu moins réfrangible; ils deviennent donc encore plus convergents. Et l’etfettotal, la résultante, de cette triple réfraction est de faire converger les rayons lumineux qui, partis d’un point extérieur, viennent tomber en divergeant sur la cornée, en un point situé à l’état normal sur la rétine. Rien de plus facile à constater, au moyen d’une ancienne e.xpéricnce de Magendie.
Un œil de lapin albinos étant énucléé, on l’enchlisse dans l'ouverture d’une chambre noire et on place au-devant de lui une bougie allumée ; à travers la sclérotique, on voit par transparence, au pôle postérieur de l’œil, une image renversée de la bougie et plus petite que cet objet. On. peut réussir la m-ême expérience avec un œil humain, en enlevant sur la partie postérieure du globe les membranes opaques, sans léser la rétine.
FONCTIONS SENSORIELLES
Ainsi les rayons lumineux, traversant les milieux transparents de l’œil et réfractés, donnent sur la rétine des images réelles et renversées des objets extérieurs (comme l’objectif d’un appareil photographique sur la plaque sensible). Notre vision des objets est due à la formation de ces images.
B. Conditions essentielles de la réfraction statique. —
Tel est le fait : c’est exactement sur la rétine que viennent converger les rayons lumineux. Mais pourquoi en est-il ainsi?
Étant donnés les indices de rél'racLion des divers milieux de l’œil, les rayons de courbure des surfaces réfringentes ‘ et les distances qui séparent ces surfaces, on démontre que les rayons lumineux qui traversent les milieux de l’œil et en particulier le cristallin dans sa position de repos, à l’état statique pour ainsi dire, vont frapper la rétine. D’après difl’érentes moyennes, Helmholtz a dressé le tableau suivant des indices de réfraction des milieux de l’œil.
Cornée i,.33o— i,3.ô7
Humeur aqueuse i,335 — 1,356
Cristallin2, face antérieure i, 338— 1,474
— couche moyenne 1,352—1,4/8
— noyau 1,390—1.481
Corps vitré 1, 336— 1, 357
Quant aux centres de courbure des surfaces réfringentes, ils se trouvent sur une même ligne droite, l’axe optique, et le foyer principal du système est à une distance de 15 millimètres environ de la face postérieure du cristallin, c’est-à-dire qu’il est situé justement sur la rétine. Bien entendu, les rayons de courbure des surfaces réfringentes et les distances qui séparent celles-ci les unes des autres ont été mesurés exactement. — Grâce à ces données, on peut déterminer non seulement la position des images rétiniennes, mais aussi leur grandeur.
Si on prend, les moyennes de toutes ces mesures des indices de réfraction, des rayons de courbure des surfaces réfringentes et des distances qui séparent celles-ci, on a un système dioptrique constituant ce que l’on appelle Vœil théorique ou schématique de Listing^. Cet œil est considéré comme disposé pour la vue des objets éloignés; c’est donc un œil dans lequel les courbures du cristallin sont supposées fixes ; en d’autres termes, c’est un œil non accommodé. La réfraction envisagée dans ce cas s’appelle la réfraction statique.
1. On sait que le pouvoir réfringent d’une lentille, c’est-à-dire l’intensité avec laquelle les rayons lumineux sont réfractés par cette lentille, est fonction directe de la courbure des surfaces sphériques et à la fois de l’indice de réfraction de la substance dont est faite la lentille.
2. Le cristallin n'est pas une lentille homogène, et les couches qui le con.stituenlonldes indices de réfraction différents ; ceux-ci augmentent jusqu’au noyau central. Celle disposition assure au cristallin un pouvoir réfringent plus élevé.